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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300567

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300567

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 12 avril, 25 avril et

6 juin 2023, M. F C D, représenté par Me Pépin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision prise en octobre 2019 par laquelle un agent de la préfecture de la Guyane a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de son titre de séjour expirant le 19 octobre 2019 et a implicitement rejeté cette demande ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui remettre dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, puis de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, puis de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative.

M. C D soutient que les décisions sont entachées d'incompétence, puis qu'elles sont prises en méconnaissance des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistrés le 5 juin 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Par un courrier du 1er mars 2024, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur les moyens d'ordre public tirés, d'une part, de ce que les conclusions à l'encontre du refus de séjour opposé en octobre 2019 sont dirigées contre une décision inexistante, d'autre part, de ce que les conclusions dirigées contre le refus d'enregistrement de la demande sont privées d'objet.

Le 1er mars 2024, le préfet de la Guyane a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant brésilien, conteste, d'une part, la décision qu'il qualifie de " refus de guichet ", prise en octobre 2019, par laquelle un agent de la préfecture de la Guyane aurait refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle expirant le 19 octobre 2019 et aurait implicitement rejeté cette demande, d'autre part, l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet a refusé de l'admettre au séjour.

2. M. C D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 12 décembre 2023, ses conclusions tendant à son admission à cette aide à titre provisoire sont privées d'objet.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions prises en octobre 2019 :

3. M. C D ne justifie de l'existence d'aucune décision, même verbale, par laquelle le préfet ou son représentant lui aurait opposé un refus de séjour en octobre 2019. Aucun refus ne peut intervenir en l'absence d'enregistrement et d'instruction de la demande ou de naissance d'une décision implicite de rejet dans les conditions prévues par les articles

R.432-1 et R.432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, les conclusions de M. C D, dirigées contre une décision inexistante, ne sont pas recevables.

4. L'existence d'une décision de refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour opposée au cours du mois d'octobre 2019 n'est pas davantage établie par le requérant, qui ne produit aucune pièce, pas même une convocation à un rendez-vous. En tout état de cause, compte tenu de l'édiction de l'arrêté du 13 décembre 2022, antérieurement à l'enregistrement de la requête, les conclusions dirigées contre le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour, à le supposer établi, sont privées d'objet et, partant, irrecevables.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 13 décembre 2022 :

5. En premier lieu, la signataire de l'arrêté contesté, Mme B, adjointe au chef de bureau de l'éloignement et du contentieux, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté

n° R03-2022-11-21-00002 du 21 novembre 2022, régulièrement publié, d'une subdélégation de M. A, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, à l'effet de signer notamment les refus de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement de

Mmes E et Schmidt. Il n'est pas établi que ces dernières n'étaient pas absentes ou empêchées et M. A disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-09-16-00004 du 16 septembre 2022, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.

7. Né le 27 novembre 1969, M. C D allègue être entré en France en 1987, mais n'en justifie pas. Il se borne à produire des pièces justifiant de sa présence de 1993 à 1996, en juin 2003, date à laquelle lui a été délivré un visa, en 2010 et en 2011, puis à compter de l'année 2014 au cours de laquelle il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire renouvelée jusqu'au 19 octobre 2019. Eu égard notamment à la proximité du Brésil, pays limitrophe, l'ancienneté de son séjour n'est pas établie et s'il indique résider en France de manière continue depuis l'année 2010, il ne justifie de la continuité de son séjour qu'à compter de l'année 2014. S'il invoque la présence en métropole de sa fille majeure de nationalité française et d'une sœur, puis la présence en Guyane d'une sœur en situation régulière, il peut poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment au Brésil, où il n'allègue pas être dépourvu de toute attache.

M. C D se prévaut, enfin, de son activité salariée de peintre et de maçon de mai à décembre 2016 et d'octobre à mars 2019, puis de la promesse d'embauche pour un emploi d'ouvrier du bâtiment établie le 16 février 2023, postérieurement à l'arrêté contesté, dont la légalité s'apprécie à la date de son édiction. Dans les circonstances de l'affaire, le refus de l'admettre au séjour n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 à 7, M. C D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2022.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C D doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C D et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

L. MAYEN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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