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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300604

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300604

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTSHEFU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 17 avril et 2 mai 2023, M. B A, représenté par Me Fettler, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que

- le refus de séjour est contraire au principe Non bis in idem et aux stipulations de l'article 4 du protocole n° 7 à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; compte tenu de l'ancienneté de sa condamnation, qui n'avait pas fait obstacle à la délivrance d'un premier titre de séjour, de ses efforts de formation et d'insertion, de sa demande de naturalisation, puis de l'absence de nouvelle condamnation, il ne représente aucune menace pour l'ordre public ;

- le refus de séjour et la mesure d'éloignement ont été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'a pas pris en compte sa situation personnelle ;

- la mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance des dispositions des articles 24 de la loi du 12 avril 2000 et L.511-4 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense et une pièce enregistrés les 5 et 13 juin 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau, été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu de l'article L.423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an.

2. Sur le fondement de ces dispositions, M. A, ressortissant haïtien, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour la période du 25 mai 2020 au 24 mai 2021. Il conteste l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane, estimant qu'il représentait une menace pour l'ordre public, a refusé de renouveler ce titre et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.

4. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L.412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement, notamment, de sa carte de séjour temporaire. Le juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, exerce un contrôle normal sur la réserve d'ordre public opposée à un étranger qui peut prétendre à la délivrance d'une carte de séjour temporaire.

5. Pour refuser d'admettre M. A au séjour, le préfet a estimé que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. Si le requérant invoque l'ancienneté de sa condamnation, qui n'avait pas fait obstacle à la délivrance d'un premier titre de séjour, ses efforts de formation et d'insertion, sa demande de naturalisation, au demeurant postérieure à l'arrêté contesté, puis l'absence de nouvelle condamnation, il ressort du bulletin n° 2 de son casier judiciaire qu'il a été condamné, le 13 mars 2015, par le tribunal correctionnel de Cayenne à une peine de deux ans d'emprisonnement pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme commis le 16 décembre 2014. Le bulletin mentionne, en outre, d'une part, des faits de détention non autorisée de stupéfiants le 29 juillet 2017, d'autre part, des faits de violence sur mineur de quinze ans le 13 septembre 2022. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu notamment de la nature et du caractère très récent de la dernière infraction relevée, le préfet a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que M. A représentait une menace pour l'ordre public et refuser de l'admettre au séjour.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du protocole n° 7 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement par des juridictions du même Etat en raison d'une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné par un jugement définitif conformément à la loi et à la procédure pénale de cet Etat ". Toutefois, le principe " non bis in idem ", garanti par ces stipulations n'étant applicable qu'aux poursuites en matière pénale, M. A ne peut utilement s'en prévaloir à l'encontre du refus de l'admettre au séjour, qui constitue une mesure de police administrative.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()".

8. Né le 9 octobre 1996, M. A est entré en France à l'automne 2004. Il établit y avoir été scolarisé jusqu'en juillet 2008, puis de l'année 2011 à l'année 2013. Célibataire, sans charges de famille, il invoque la présence de sa fratrie de nationalité française, mais se borne à produire les actes de naissance de ses deux demi-frères nés en 2003 et 2005. Il ne justifie ni même n'allègue disposer d'autres attaches familiales en France. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu en particulier des conditions du séjour de M. A rappelées au point 5 et en dépit de la durée de ce séjour, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, si le requérant invoque l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions étaient, à la date de l'arrêté contesté, abrogées et reprises par celles de l'article L.423-23 en vertu duquel la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Ces dispositions ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre du refus de séjour dès lors que le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur ce fondement.

Sur la mesure d'éloignement :

10. Les dispositions invoquées de l'article L.511-4 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogées à la date de l'arrêté contesté, ont été reprises par celles du 2° de l'article L.611-3 du même code, faisant obstacle à l'éloignement de l'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans.

11. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu protéger de l'éloignement les étrangers qui sont en France depuis l'enfance, à raison de leur âge d'entrée et d'établissement sur le territoire. D'ailleurs, cette protection, en ce qui les concerne, vaut aussi à l'égard des mesures d'expulsion en application du 1° de l'article L.631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve de comportements particulièrement graves que cet article énumère limitativement. Dans ce cadre, les éventuelles périodes d'incarcération en France, si elles ne peuvent être prises en compte dans le calcul d'une durée de résidence, ne sont pas de nature à remettre en cause la continuité de la résidence habituelle en France depuis au plus l'âge de treize ans, alors même qu'elles emportent, pour une partie de la période de présence sur le territoire, une obligation de résidence, pour l'intéressé, ne résultant pas d'un choix délibéré de sa part.

12. Ainsi qu'il a été dit au point 8, M. A est entré en France en 2004 à l'âge de huit ans. Toutefois, en l'absence de pièces justificatives pour les années 2009 et 2010, il n'établit la continuité de son séjour qu'à compter de l'année 2011. Il ne peut, dès lors, être regardé comme établissant sa résidence habituelle en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Le préfet n'a donc pas fait une inexacte application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2023. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

L. MAYEN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR1

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