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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300617

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300617

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantPEPIN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2023, M. B A, représenté par Me Pépin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 février 2023 par laquelle le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire avec délai de trente jours, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer, dans un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande d'annulation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Pépin, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, charge pour l'avocat de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- il est entré en France en septembre 2012 ; sa demande d'asile a été rejetée ; il a occupé un poste de maçon d'avril 2019 à octobre 2021 ; il a obtenu sa carte d'identification professionnelle BTP le 29 juillet 2019 et une promesse d'embauche le 19 septembre 2022, sous condition qu'il présente un titre de séjour l'autorisant à travailler ;

- l'urgence est présumée établie en raison de l'absence de caractère suspensif du recours contre les obligations de quitter le territoire français prononcées en Guyane ;

- les moyens tirés de l'incompétence du signataire, de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont susceptibles de faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que :

- M. A, ressortissant de Guinée-Bissau, est célibataire et père d'un enfant âgé de cinq ans qui réside durablement dans son pays d'origine ;

- la condition d'urgence est présumée ;

- aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par une décision du 5 avril 2023, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 avril 2023 sous le numéro 2300597 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision dont il demande la suspension dans la présente instance.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience,

- le rapport de M. Martin,

- les observations de Me Pépin, pour M. A, qui a repris la substance de ses conclusions écrites et a précisé, notamment, que M. A réside en Guyane depuis 2012, qu'il travaille dans le bâtiment en qualité de maçon et démontre une intégration certaine par le travail ;

- le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.

La clôture de l'instruction a été fixée au 3 mai 2023 à 10 heures 09 mn à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision d'aide juridictionnelle produite dans la requête introductive d'instance que, antérieurement à l'enregistrement de la requête, par une décision du 5 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour la procédure de référé suspension contre la décision du 13 février 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français avec délai de départ. Dans ces conditions, les conditions de la requête tendant à l'admission de M. A au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

5. M. A, ressortissant bissau-guinéen né en 1986, demande au juge des référés de suspendre l'exécution, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, de l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français.

6. D'une part, la condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Compte tenu du caractère non suspensif d'un recours pour excès de pouvoir contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de cette mesure caractérise une situation d'urgence.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français le 17 septembre 2012. Pour justifier de la continuité de son séjour depuis lors, l'intéressé produit des analyses médicales réalisées en octobre 2012, un test médical réalisé en avril 2013, un certificat médical établi le 18 juillet 2013 attestant de son suivi médical régulier depuis le 15 janvier 2013, des relevés bancaires indiquant des retraits en distributeur automatique ou en guichet à Cayenne en juin 2014, avril 2015, juin et juillet 2016, mars 2017 et mars 2018, des avis d'impôt sur les revenus au titre des années 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017 indiquant un revenu fiscal de référence à zéro euros, des bulletins de paie pour la période allant du 11 avril 2019 au 30 juin 2020, un certificat médical établi le 1er juin 2020 indiquant un suivi à la Croix-Rouge depuis le 5 octobre 2012, des bulletins de paie pour la période allant du 1er septembre 2020 au 30 octobre 2021, des factures des mois de juin et août 2021, un certificat de vaccination contre la Covid-19 réalisé à Cayenne le 28 août 2021, trois récépissés de demande de titre de séjour couvrant la période du 21 mars 2022 au 18 mars 2023. Si, M. A, qui ne conteste pas être célibataire et conserver des attaches familiales dans son pays d'origine, ne justifie ni même d'allègue d'aucun lien personnel et familial intense et stable sur le territoire français, il démontre, par la production de quatorze bulletins de paie pour la période allant du 11 avril 2019 au 30 juin 2020, de treize bulletins de paie pour la période allant du 1er septembre 2020 au 30 octobre 2021, pour avoir exercé en qualité de maçon durant ces périodes, et d'une promesse d'embauche du 19 septembre 2022, d'une insertion professionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'obligation de quitter le territoire français.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du préfet de la Guyane du 13 février 2023 portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La suspension de l'exécution de la décision du 13 février 2023 implique seulement que le préfet de la Guyane délivre à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision contestée. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane de procéder à cette délivrance dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

10. Le requérant a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que Me Pépin, son avocate, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de celui-ci le versement à Me Pépin de la somme de 900 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 13 février 2023 du préfet de la Guyane faisant obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision contestée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pépin une somme de 900 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pépin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.

Le juge des référés

Signé

L. MARTIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. PAUILLAC

N°2200617

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