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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300753

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300753

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPIALOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 mai et le 11 juillet 2023,

Mme C B, représentée par Me Pialou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis défavorable du médecin conseiller technique du recteur de l'académie de Guyane à sa demande de bonification pour enfant handicapé ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux contre cet avis ;

2°) d'annuler le barème retenu par le recteur de l'académie de Guyane pour sa mobilité ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux contre ce barème ;

3°) d'annuler la décision du 7 mars 2023 par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a rejeté sa demande de mutation de la Guyane à la Réunion ;

4°) d'enjoindre, à titre principal, au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports de prononcer cette mutation pour la rentrée 2023/2024 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard

5°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au médecin conseiller technique du recteur de l'académie de Guyane de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir puis au ministre de l'éducation nationale de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard pour chacun ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de fait car elles ont été prises au regard de l'absence de handicap de la requérante, alors que c'était le handicap de sa fille qu'il convenait de prendre en compte ;

- elles méconnaissent l'article L. 512-19 du code général de la fonction publique et les lignes directrices de gestion relatives à la mobilité des personnels du ministère de l'éducation nationale ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2023, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que tant l'avis rendu par le

médecin-conseiller technique que le barème utilisé par le recteur de l'académie de Guyane ne sont que des mesures préparatoires insusceptibles de recours et que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- les lignes directrices de gestion relatives à la mobilité des personnels du ministère de l'éducation nationale du 25 octobre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor ;

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, titulaire dans le corps des enseignants du second degré, professeur de lycée professionnel en économie gestion, en poste en Guyane depuis le 1er septembre 2018, a participé au mouvement inter-académique de 2023 et a sollicité une mutation pour l'académie de

La Réunion. Afin d'obtenir 1 000 points supplémentaires à son barème, Mme B a demandé le 9 décembre 2022 une bonification de points au titre du handicap de sa fille A, née le 10 octobre 2008. Le médecin conseiller technique du recteur de l'académie de Guyane a émis un avis défavorable à sa demande de bonification, puis le 7 mars 2023, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a rejeté sa demande de mutation dans l'académie de La Réunion. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'avis du médecin conseiller technique, du barème retenu par le recteur de l'académie de Guyane et de la décision du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports rejetant sa demande de mutation.

Sur les conclusions à fin d'annulation du barème retenu par le recteur de l'académie de Guyane d'une part et de l'avis défavorable du médecin conseiller technique du recteur de l'académie de Guyane d'autre part :

2. Aux termes de l'article R.412-1 du code de justice administrative. " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / Cet acte ou cette pièce doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagné d'une copie. ".

3. Mme B a produit d'une part le formulaire de demande de correction de barème qu'elle a elle-même établi le 14 janvier 2023 et adressé au recteur de la région académique de la Guyane pour demander une bonification de 1000 points au titre du handicap de sa fille et d'autre part un mail d'un agent de ce rectorat, l'informant que le médecin conseiller technique du recteur de l'académie de Guyane a rendu un avis défavorable à la bonification qu'elle avait sollicitée mais ni le barème que le recteur aurait utilisé ni l'avis du médecin dont elle demande l'annulation.

Mme B n'a pas produit les décisions dont elle demande l'annulation dans le délai imparti ni justifié de l'impossibilité de le faire en dépit de la demande de régularisation qui lui a été notifiée le 4 septembre 2023. Ses conclusions à fin d'annulation du barème retenu par le recteur de l'académie de Guyane d'une part et de l'avis défavorable du médecin conseiller technique du recteur de l'académie de Guyane d'autre part sont donc irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 mars 2023 :

4. Aux termes de l'article L. 512-19 du code général de la fonction publique : " Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées au chapitre II du titre IV du livre IV, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. / Les demandes de mutation sont examinées en donnant priorité aux fonctionnaires de l'Etat relevant de l'une des situations suivantes : / 1° Etre séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles ou séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; / 2° Etre en situation de handicap relevant de l'une des catégories mentionnées à l'article L. 131-8 ; () ". Aux termes de l'article L. 131-8 du même code : " Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des personnes en situation de handicap, les employeurs publics mentionnés à l'article L. 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux personnes relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de développer un parcours professionnel et d'accéder à des fonctions de niveau supérieur ou pour qu'une formation adaptée à leurs besoins leur soit dispensée tout au long de leur vie professionnelle. ". Aux termes du point 2.1.2.2.1 " Demandes formulées au titre du handicap " des lignes directrices de gestion ministérielles relatives à la mobilité des personnels du ministère de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports du 25 octobre 2021 : " () dans le cadre de la politique d'accompagnement de la mobilité, les agents, leur conjoint (marié, pacsé ou concubin avec enfant) bénéficiaire de l'obligation d'emploi, ou leur enfant à charge, âgé de moins de 20 ans le 31 août n, handicapé ou dans une situation médicale grave, peuvent prétendre à cette priorité de mutation (bonification 2). / bonification 2 : allouée par les inspectrices et inspecteurs d'académie-directrices et directeurs académiques des services de l'éducation nationale après avoir pris connaissance de l'avis du médecin de prévention ". Aux termes du point 3.3.2.1.1 des mêmes lignes directrices : " () Par ailleurs, dans le cadre de la politique d'accompagnement de la mobilité, les agents dont le conjoint ou l'enfant à charge âgé de moins de 20 ans au 31 août n est en situation de handicap peuvent, sous conditions détaillées ci-dessous, également prétendre à cette même priorité de mutation. " et aux termes du point 3.3.2.1.2. : " Les recteurs, après avoir pris connaissance de l'avis de leur

médecin-conseiller technique, attribuent éventuellement la bonification spécifique dans le respect des orientations exposées dans la circulaire DGRH n° 2016-0077. " . Aux termes du point 3.3.2.1.3 " Bonification(s) " : " () 1 000 points de bonification spécifique peuvent être attribués par les recteurs sur l'académie (ou exceptionnellement les académies) dans laquelle la mutation demandée améliorera la situation de l'agent, de son conjoint ou de l'enfant handicapés. () ".

5. En premier lieu, Mme B produit un courriel émanant d'un agent du bureau de la gestion collective du rectorat de l'académie de Guyane et indiquant que " le médecin conseil a émis un avis défavorable concernant votre demande de bonification au titre du handicap. / Vous n'avez pas la RQTH ". Ce courriel, qui n'est qu'une interprétation de l'avis du médecin conseiller technique, ne permet pas d'établir que la demande de bonification faite par Mme B en raison du handicap dont est affecté sa fille et non-elle même a été à tort examinée au regard d'un handicap dont souffrirait la requérante, alors que ce médecin disposait du dossier complet de la fille de la requérante. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait et le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées que le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a la faculté mais non l'obligation d'attribuer une bonification de 1000 points à un agent dont l'enfant est handicapé. Par suite, s'il est constant que l'enfant de la requérante est handicapée, en n'attribuant pas de bonification à sa mère, le ministre n'a méconnu les dispositions ni de l'article L. 512-19 du code général de la fonction publique ni des lignes directrices de gestion ministérielles relatives à la mobilité des personnels du ministère de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports du 25 octobre 2021 et le moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant A a bénéficié de l'éducation et des soins appropriés à son état de santé en Guyane, alors que, préalablement à son arrivée dans ce département en 2018, elle n'aurait pas été correctement prise en charge, selon la requérante.

Mme B précise que, selon elle, le département de La Réunion est le seul département de France où l'enfant A pourrait poursuivre la scolarité à laquelle elle aspire, c'est-à-dire en filière technologique pour préparer un baccalauréat Sciences et Techniques du Design et des Arts appliqués, tout en poursuivant sa formation théâtrale et en bénéficiant du suivi médical que son état de santé nécessite. Elle n'établit toutefois pas que ce département serait le seul proposant cette filière éducative pour son enfant, et ne conteste pas les éléments contraires du recteur de l'académie de la Guyane, qui fait valoir que cet enseignement est dispensé dans une centaine d'établissements scolaires, notamment en Ile-de-France, dans les Hauts-de-France, en Bretagne, dans le Grand Est, en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie, en Auvergne-Rhône-Alpes, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, en Martinique ou en Guadeloupe. Dans ces conditions, Mme B n'établit pas que la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant et le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 mars 2023 rejetant sa demande de mutation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports et au recteur de l'académie de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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