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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300755

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300755

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBALIMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2023, M. E C, représenté par Me Balima, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative:

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à défaut d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen et jusqu'à la prise d'une nouvelle décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- plusieurs moyens sont susceptibles de faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, à savoir, l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire, du refus de départ volontaire, de l'interdiction de retour sur le territoire et de la décision fixant le pays de retour, l'erreur de droit, la violation des stipulation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, violation des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Guyane fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par une décision du 3 mars 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2300754.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Metellus, greffière d'audience le rapport de M. Martin ;

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été fixée le 16 mai 2023 à 15 h 20

, à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. M. C, ressortissant haïtien né en 1998, est, selon ses déclarations, entré en France en 2017. M. C a fait l'objet d'une interpellation le 17 janvier 2023 alors qu'il était dépourvu de tout titre de séjour. Par un arrêté du 17 janvier 2023, le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté.

4. M. C se prévaut de l'ancienneté de son séjour sur le territoire depuis 2017, de la présence de membre de sa famille et de la circonstance qu'il vit en couple avec une compatriote bénéficiant de la protection subsidiaire. Si le requérant soutient vivre avec Mme D depuis le 4 mai 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier que la réalité d'une vie commune stable et ancienne ne peut être regardée comme établie. En outre, le requérant ne fait état d'aucun élément permettant de justifier d'une insertion sociale et économique sur le territoire. Dans ces conditions, compte tenu en outre de la délégation dont bénéficie M. A B, de la motivation suffisante de l'arrêté en toutes ses décisions, aucun des moyens invoqués, tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

5. Dès lors, sans qu'il soit besoin pour le juge de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de la requête de M. C demandant la suspension de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de destination ne peuvent qu'être rejetées.

7. Par ailleurs, la décision de refus de délai de départ volontaire ne produit par elle-même aucun effet tant que le requérant n'a pas été éloigné. Elle ne préjudicie pas de manière grave et immédiate à sa situation. Il en va de même de l'interdiction de retour, qui pouvant être abrogée à tout moment sur demande de l'étranger résidant hors de France et ne produisant par elle-même aucun effet tant que celui-ci n'a pas été éloigné, ne préjudicie pas de manière grave et immédiate à sa situation. La condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui s'apprécie concrètement, n'est donc pas remplie en ce qui concerne ces deux décisions.

6. Dès lors, la requête de M. C ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et de versement des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E C et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 17 mai 2023.

Le juge des référés,

Signé

L. MARTIN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

N°2300755

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