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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300859

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300859

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2023, Mme C A E, représentée par Me El Allaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lebel a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E, ressortissante brésilienne née le 18 mai 1993, est entrée en France le 23 août 2007. L'intéressée a sollicité son admission au séjour, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 avril 2023, le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour. Par sa requête,

Mme A E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. La signataire de l'arrêté contesté, Mme B, directrice de l'immigration et de la citoyenneté, disposait, en vertu de l'article 1er de l'arrêté

n° R03-2023-03-23-00001 du 23 mars 2023, régulièrement publié, d'une subdélégation de

M. D, directeur général de la sécurité, de la réglementation et des contrôles, à l'effet de signer les refus de séjour et M. D disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-09-16-00004 du 16 septembre 2022, publié le

19 septembre suivant, qui n'a été abrogé qu'à compter de la publication de l'arrêté

n° R03-2023-08-23-00003 du 23 août 2023. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort des termes mêmes de la décision portant refus de titre de séjour, qui n'est pas stéréotypée, que celle-ci mentionne l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et notamment la référence au parcours de l'intéressée et à sa situation personnelle. Le préfet vise en particulier l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que Mme A E ne remplit pas les conditions posées par cet article, ne présentant aucune preuve de vie commune avec son compagnon, ni aucune preuve de la contribution à l'entretien et la contribution de leur enfant français par ce dernier, enfin, qu'elle n'a pas présenté de jugement du juge aux affaires familiales. Le préfet fait, ensuite référence à la situation personnelle de l'intéressée et indique, notamment, qu'elle est entrée irrégulièrement sur le territoire en 2007 sans démontrer la continuité de son séjour depuis lors, qu'elle est célibataire, mère de trois enfants mineurs, sans ressources propres et sans emploi et que la circonstance que sa mère réside régulièrement sur le territoire n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Par suite, et dès lors que le préfet n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances propres à sa situation, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté doit être écarté.

Sur la légalité interne :

5. En premier lieu, Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A E est la mère d'une enfant française, née le 21 février 2011, qui a été reconnue le 2 mars 2011 par un ressortissant français et qui réside en France. Toutefois, si Mme A E disposait effectivement de revenus à la date de l'arrêté attaqué, elle ne démontre pas contribuer à l'entretien et l'éducation de leur enfant, alors qu'il ressort de sa requête déposée devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Cayenne le 17 mai 2023 que l'enfant réside chez son père et que l'intéressée ne vit pas avec eux. En outre, Mme A E ne produit aucun justificatif permettant d'établir que la personne de nationalité française ayant reconnu sa fille contribuerait également de quelque manière que ce soit à son entretien et à son éducation ni qu'il entretiendrait des liens avec elle. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 5 du présent jugement doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Il résulte également des dispositions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 5 qu'il appartenait au préfet de la Guyane d'apprécier le droit au séjour de la requérante au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant.

10. En l'espèce, d'une part, s'il ressort des pièces du dossier, notamment des pièces relatives à sa scolarité et ses formations, que Mme A E est entrée en France en 2007 et y a résidé de 2007 à 2009 puis de 2012 à 2014 et de 2022 à 2023, elle ne démontre, par les pièces produites, la continuité de son séjour concernant les années 2010 à 2011 et 2014 à 2021. Par ailleurs, si elle démontre que sa mère et que ses deux sœurs et son frère sont présents en France, tous en situation régulière, elle n'établit pas entretenir des liens avec eux et n'allègue pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine. En outre, si elle justifie être la mère d'une enfant française, il résulte de ce qui a été dit au point 7 qu'elle ne justifie pas contribuer à son entretien et à son éducation, alors que cette dernière réside chez son père, avec qui elle ne vit pas. Enfin, si la requérante démontre exercer un emploi, en contrat à durée déterminée du 7 novembre 2022 au 6 mai 2024, cette seule circonstance n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Il en résulte que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en décidant de prendre à son encontre l'arrêté contesté, le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste du préfet dans son appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle de l'intéressée.

11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'enfant de la requérante réside chez son père et il est constant que l'arrêté portant refus de séjour n'a pas pour effet, en lui-même, de la séparer de sa fille alors, au demeurant, qu'elle n'établit pas l'impossibilité pour elle de la suivre hors de France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A E à fin d'annulation de l'arrêté du 20 avril 2023 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A E et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Topsi, conseillère,

Mme Lebel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La rapporteure,

Signé

I. LEBEL

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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