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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300899

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300899

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGAY JÉROME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2023, M. B A, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, puis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- la mesure d'éloignement et l'interdiction de retour sont insuffisamment motivées et prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure d'éloignement est fondée sur des faits matériellement inexacts ; elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L.423-23, R.531-35 et R.531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour est fondée sur une mesure d'éloignement illégale.

Le 26 mai 2024, le préfet de la Guyane a présenté un mémoire en défense, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

2. Il résulte des articles L.541-1 et L.541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le demandeur d'asile bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. En vertu de l'article L.531-41 du même code, constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée suite à une décision définitive sur une demande antérieure. En vertu de l'article R.531-35 dudit code, les demandes de réexamen donnent lieu à une nouvelle demande d'enregistrement auprès du préfet compétent.

3. Alors que le requérant se borne à produire une attestation d'hébergement postérieure à l'arrêté contesté, le préfet, qui a opposé à M. A l'absence de justification de sa vie maritale avec une compatriote en séjour régulier, n'a commis sur ce point aucune erreur de fait. Toutefois, par une ordonnance du 12 février 2021, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours de M. A contre la décision de rejet de sa demande d'asile. Si l'arrêté contesté mentionne que l'intéressé ne justifie pas avoir présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 13 février 2023, il avait été convoqué le 24 mars suivant au guichet unique " asile " de la préfecture pour l'enregistrement de sa première demande de réexamen. Le préfet a, en outre, relevé qu'il n'établissait pas être entré en France le 30 octobre 2020, alors qu'il en justifie par une attestation de la Croix-Rouge. Ainsi, l'arrêté en litige est fondé sur des faits matériellement inexacts. Alors que le requérant invoquait sa demande de réexamen au titre de l'asile, la présence de ses deux frères en situation régulière, puis sa vie maritale avec une compatriote en situation régulière, il ne résulte pas de l'instruction que s'il n'avait pas retenu les motifs erronés, le préfet aurait pris la même mesure d'éloignement. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de cette mesure et, par voie de conséquence, des décisions fixant le pays de renvoi et refusant d'accorder un délai de départ volontaire. L'interdiction de retour, fondée sur les dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant, sous réserve de considérations humanitaires, que toute obligation de quitter sans délai le territoire français est assortie d'une telle mesure, doit également être annulée par voie de conséquence.

4. Eu égard à ses motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A ne peuvent, dès lors, être accueillies.

5. Il y a lieu, en l'espèce, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros à payer à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté pris le 29 mars 2023 par le préfet de la Guyane à l'encontre de

M. A est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1.200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guyane.

Une copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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