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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300945

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300945

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mai 2023, M. D C E, représenté par Me El Allaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'ordonner la communication les éléments de la procédure de la prise de décision de l'avis des médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade, subsidiairement de lui délivrer un récépissé ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3.000 euros au titre de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

M. C E invoque l'incompétence de la signataire, le défaut de motivation du refus de séjour, l'irrégularité de l'avis de l'OFII, la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus de séjour sur sa situation personnelle.

Le préfet de la Guyane a produit une pièce le 2 mai 2024.

Le 28 mai 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, le préfet de la Guyane a présenté un mémoire en défense, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles

R.313-22, R.313-23 et R.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L.313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau et les observations de Me El Allaoui ont été entendus au cours de l'audience publique, le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant brésilien, conteste l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour en qualité d'étranger malade et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, la signataire de l'arrêté contesté, Mme A, directrice de l'immigration et de la citoyenneté, disposait, en vertu de l'article 1er de l'arrêté

n° R03-2023-01-24-00002 du 24 janvier 2023 d'une subdélégation de M. B, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, à l'effet de signer les refus de séjour et les mesures d'éloignement et M. B disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-09-16-00004 du 16 septembre 2022, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

3. En deuxième lieu, pour refuser d'admettre M. C E au séjour, le préfet a visé notamment les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est référé à l'avis émis le 6 février 2023 par le collège de médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), puis a mentionné, en s'appropriant les termes de cet avis, la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié au Brésil et de voyager sans risques. Il a ainsi suffisamment motivé sa décision au regard des prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles R.425-11 à R.425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour l'application de l'article L.425-9 du même code, un collège à compétence nationale de trois médecins de l'OFII, dont la composition est fixée par décision du directeur général, émet un avis au vu, notamment, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office, qui ne siège pas au sein du collège, à partir d'un certificat médical établi par le médecin traitant du demandeur ou un praticien hospitalier. Alors que le requérant se borne à soutenir, sans autres précisions que " rien n'indique dans la rédaction de l'arrêté litigieux que la procédure ait été respectée ", il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'avis émis le 6 février 2023, suite à la délibération du collège de trois médecins de l'OFII, suite au rapport médical établi le 23 janvier 2023 par un autre médecin, ne serait pas conforme aux prescriptions des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

7. En quatrième lieu, l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la délivrance d'une carte de séjour temporaire à l'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

8. Le requérant produit un certificat médical établi le 20 janvier 2023 par un médecin généraliste, faisant état d'un suivi depuis le 12 décembre 2019 pour des pathologies ophtalmologique, cardio-vasculaire et ostéo-articulaire, un certificat établi le 23 juillet 2023, postérieurement à l'arrêté contesté, par un spécialiste en gastroentérologie faisant état sans autres précisions d'un " suivi de longue durée " et d'un état de santé nécessitant une prise en charge complémentaire, un compte-rendu d'hospitalisation en décembre 2020 pour un décollement de rétine, puis des prescriptions médicales établies au cours des années 2019, 2021 et 2022. Il fait valoir qu'en l'absence de traitement, il risque une cécité des deux yeux et produit un devis établi le 21 avril 2023 par le cabinet de chirurgie brésilien Primare pour une opération de la cataracte et du glaucome d'un coût total de 127.350 réals payable en cinq fois sans intérêts, représentant, à la date de l'arrêté contesté, un montant de 22.553,69 euros. Toutefois, en l'absence de précisions tant sur ses revenus et sur son patrimoine que sur les caractéristiques du système de santé au Brésil, alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il ne pourrait pas y bénéficier d'aides sociales et familiales, M. C E n'apporte aucun élément qui permettrait de remettre en cause le sens de l'avis du collège des médecins de l'OFII, relevant la possibilité pour lui de bénéficier d'un traitement approprié au Brésil et de voyager sans risques. Dès lors, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()".

10. Si les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent en principe être utilement invoquées à l'appui du recours formé contre une décision de refus d'admission au séjour en qualité d'étranger malade, en l'espèce, le préfet a visé ce texte et a relevé que l'intéressé pouvait poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine.

11. Né le 5 janvier 1959, le requérant indique être entré en France muni d'un visa C le 20 novembre 2002, mais n'en justifie pas. Il n'établit la réalité de son séjour qu'à compter du mois de mars 2018. Célibataire, sans enfants, il n'allègue pas disposer d'attaches familiales en France. Il n'allègue pas davantage être dépourvu de tout lien au Brésil où il a vécu l'essentiel de sa vie jusqu'à l'âge de cinquante-neuf ans. Dans ces conditions, le refus de l'admettre au séjour ne porte pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, dans les circonstances exposées aux points 8 et 11, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences du refus d'admettre M. C E au séjour sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2023. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C E et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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