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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300956

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300956

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2023, M. A B, représenté par

Me Compper-Gaudy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation " de toute urgence " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

M. B invoque la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1, 9-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis l'erreur manifeste d'appréciation.

Le 26 mai 2024, le préfet de la Guyane a présenté un mémoire en défense, qui n'a pas été communiqué.

Par un courrier du 2 mai 2024, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de ce qu'une annulation impliquerait la délivrance à

M. B, non seulement, comme le demande le requérant, d'une autorisation provisoire de séjour, mais également le renouvellement de son titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler sa carte pluriannuelle de séjour de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()".

3. Né le 29 mai 1970, M. B justifie, par les mentions de son carnet de vaccination, être entré en France en novembre 2003 à l'âge de trente-trois ans. Il n'établit, toutefois, la continuité de son séjour qu'à compter de l'année 2011. Il a bénéficié de plusieurs cartes de séjour successives pour la période du 6 février 2013 au 1er juin 2022. Père de deux filles de nationalité brésilienne nées en 2012 et en 2019 de sa relation avec une compatriote en situation régulière avec laquelle il ne vit pas, il produit plusieurs justificatifs de versements au cours des années 2020 à 2022, des factures d'achat à compter de l'année 2018, puis les attestations non dépourvues de valeur probante établies par la mère les 22 juin 2017 et

16 mai 2023, faisant état notamment de sa participation mensuelle de 150 euros à l'entretien de ses filles, à laquelle s'ajoutent des achats. Il a été employé à plusieurs reprises, notamment en qualité de manœuvre-électricien par l'entreprise Exanelec du 8 avril 2013 au 31 octobre 2015. A la date à laquelle le préfet a pris son arrêté, il était employé en qualité d'ouvrier d'exécution par la Sasu CGB à tout le moins depuis le 1er janvier 2023. Dans les circonstances de l'affaire, le refus de l'admettre au séjour porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions accessoires :

4. Il résulte des dispositions de l'article L.911-1 du code de justice administrative que lorsque sa décision implique nécessairement que l'administration prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction peut, même d'office, prescrire par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée implique la délivrance à M. B d'une autorisation provisoire de séjour, puis la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans des délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

5. Il y a lieu, en l'espèce, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros à payer à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté pris le 16 mars 2023 par le préfet de la Guyane à l'encontre de M. B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour, puis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans les délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1.200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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