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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300973

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300973

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMASCLAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2023, M. E C, représenté par Me Masclaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention

" vie privée et familiale ", subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, puis de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles

L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. C soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- le refus de séjour est insuffisamment motivé, fondé sur des faits matériellement inexacts et pris en méconnaissance des dispositions des articles L.425-9 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour et la mesure d'éloignement ont été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire est prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau et les observations de Me Masclaux pour M. C ont été entendu au cours de l'audience publique, le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour en qualité d'étranger malade et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours

2. En premier lieu, la signataire de l'arrêté contesté, Mme D, chef du bureau de l'éloignement de du contentieux, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté

n° R03-2022-05-13-00001 du 13 mai 2022, régulièrement publié, d'une subdélégation de

M. A, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, à l'effet de signer les refus de séjour et les mesures d'éloignement. Il n'est pas établi que M. B n'était pas absent ou empêché et M. A disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté

n° R03-2022-04-08-00008 du 8 avril 2022, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

3. En deuxième lieu, pour refuser d'admettre M. C au séjour, le préfet a visé les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est référé à l'avis émis le 8 avril 2022 par le collège de médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), puis a notamment mentionné la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié en Haïti et de voyager sans risques. N'étant tenu ni d'annexer cet avis à son arrêté, ni d'apporter davantage de précisions sur l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé haïtien, il a ainsi suffisamment motivé sa décision au regard des prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, si le préfet a fait état de la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié en Haïti et de voyager sans risque, ces mentions ne révèlent aucune erreur de fait. S'il a mentionné que l'ensemble de la fratrie de M. C résidait en Haïti, alors que ses deux sœurs résident en France, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision refusant de l'admettre au séjour s'il ne s'était pas fondé sur ce motif erroné.

5. En quatrième lieu, l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la délivrance d'une carte de séjour temporaire à l'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par ailleurs, les dispositions du 9° de l'article L.611-3 du même code font obstacle à l'éloignement de l'étranger qui remplit les conditions susmentionnées.

6. Le requérant, qui a subi une amputation partielle de la jambe gauche suite à un accident survenu en Haïti, est équipé d'une prothèse et s'est vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé le 19 mai 2021. Il bénéficie d'un suivi médical à Kourou, d'une prise en charge par une clinique orthopédique à Cayenne et d'un accompagnement par le Centre Intercommunal de l'Action Sociale des Savanes et la Maison Départementales des Personnes Handicapées. Toutefois, ni ces éléments, ni les considérations générales sur le système de santé et l'insécurité en Haïti ne permettent de remettre en cause le sens de l'avis émis le 8 avril 2022 par le collège des médecins de l'OFII, relevant que le défaut de prise en charge médicale de

M. C ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. L'une des deux conditions requises par les articles L.425-9 et L.611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas remplie, le préfet n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()".

8. Si les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent en principe être utilement invoquées à l'appui du recours formé contre une décision de refus d'admission au séjour en qualité d'étranger malade, en l'espèce, le préfet a visé ce texte et a relevé que l'intéressé pouvait poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine.

9. Né le 29 novembre 1993, entré irrégulièrement en France en décembre 2019 à l'âge de vingt-six ans, M. C invoque la présence en Guyane d'une de ses sœurs en situation régulière, de deux nièces et d'un neveu, la présence en métropole d'une autre sœur également en situation régulière, puis sa qualité de membre actif de plusieurs associations. Toutefois, célibataire, sans enfants, il peut poursuivre sa vie privée et familiale hors de France, notamment en Haïti, alors même qu'il n'y disposerait d'aucune attache depuis le décès de ses parents. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu, en outre, des conditions de séjour de l'intéressé, qui s'est maintenu en France en dépit du rejet de sa demande d'asile et n'a pas déféré à la précédente mesure d'éloignement prononcée le 24 août 2020, le refus de l'admettre au séjour et la mesure d'éloignement ne portent pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En sixième lieu, dans les circonstances exposées aux points 5 et 8, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences du refus de séjour et de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. C.

11. En septième lieu, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant le droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la mesure d'éloignement, qui n'a pas par elle-même pour effet de renvoyer l'intéressé dans son pays d'origine.

12. Enfin, le requérant ne peut davantage utilement se prévaloir des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre du refus de l'admettre au séjour, dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur ce fondement.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2022. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles

L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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