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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301060

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301060

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVIOLETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 9 juin 2023, 26 septembre 2023 et 21 mai 2024, M. C A, représenté par Me Violette, demande au tribunal d'annuler l'arrêté n° R03-2022-12-23-00001 du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a retiré son habilitation sanitaire délivrée le 11 juin 2019 pour une durée de cinq ans, puis de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.400 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations sur la mesure envisagée, puis que cette mesure est entachée d'erreur de droit et fondée sur des faits matériellement inexacts.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacau,

- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public,

- puis les observations de M. A et celles de M. B pour le préfet de la Guyane.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L.203-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les interventions auxquelles un détenteur d'animaux ou un responsable de rassemblement temporaire ou permanent d'animaux est tenu de faire procéder par un vétérinaire () ne peuvent être exécutées que par une personne (), habilitée à cet effet par l'autorité administrative. Le titulaire de cette habilitation est dénommé " vétérinaire sanitaire " ". Aux termes de l'article R.203-5 du même code : " L'habilitation est délivrée pour une durée de cinq ans () ". Aux termes du II de l'article R.203-15 dudit code : " L'autorité administrative () peut suspendre ou retirer tout ou partie de l'habilitation dans les cas suivants : () 4° En cas de non-respect, par le vétérinaire sanitaire : a) Des conditions d'exercice de son activité définies aux articles R. 203-8 à R. 203-11 et par son habilitation ; ( ) ".

2. M. A, affecté en qualité de vétérinaire à l'abattoir municipal de Rémire-Montjoly, a bénéficié d'une habilitation sanitaire délivrée le 25 août 2014 par le préfet de la Région Lorraine. Par un arrêté du 11 juin 2019, le préfet de la Guyane lui a accordé une habilitation d'une durée de cinq ans pour exercer des missions vétérinaires au sein de l'association Protection animale de Guyane à Macouria. M. A conteste l'arrêté n° R03-2022-12-23-00001 du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a retiré cette habilitation en se fondant sur l'absence de suivi des formations vétérinaires sanitaires de 2019 à 2022, le défaut d'information de sa hiérarchie, le cumul d'activités non déclaré, l'absence de loyauté, puis l'absence de missions nécessitant une habilitation sanitaire.

3. Aux termes du III de l'article R.203-15 du code rural et de la pêche maritime : Préalablement à l'exécution des mesures mentionnées aux I et II du présent article, sauf en cas d'urgence, l'intéressé est mis à même de présenter ses observations ".

4. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par ces dispositions constitue une garantie pour le titulaire de l'habilitation qu'elle entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.

5. Le préfet fait valoir que, par un courriel du 10 août 2022, la directrice générale adjointe de l'administration a proposé un entretien à M. A, dont ce dernier a sollicité le report. Il ressort, toutefois, de ce courriel qu'il proposait à l'intéressé deux dates de rendez-vous, en lui indiquant " Je tiens à souligner la nécessité de maintenir une relation continue avec l'administration afin de résoudre les difficultés que soulèvent tant pour vous que pour l'administration votre situation administrative. Vous voudrez bien m'indiquer votre disponibilité dans de brefs délais. ". Ni ce courriel, ni les précédents courriels des 22, 25 et 27 juillet 2022 adressés sous l'intitulé " urgent : votre situation administrative ", sollicitant des précisions, d'une part, sur le dossier d'accident du travail de M. A, d'autre part sur ses activités annexes, n'informent l'intéressé de la mesure de retrait envisagée. M. A, qui ne peut, dans ces conditions, être regardé comme ayant été mis à même de présenter ses observations sur cette mesure, a été effectivement privé d'une garantie. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 décembre 2022, comme intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'affaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros à verser à M. A au titre de l'article L.761-1 du code justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° R03-2022-12-23-00001 pris le 23 décembre 2022 par le préfet de la Guyane à l'encontre de M. A est annulé.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1.200 euros à M. A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Une copie en sera adressée au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULa présidente,

Signé

E. ROLINLa greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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