jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2301083 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BALIMA |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 10 juin 2023 sous le n° 2301083,
Mme A E C, représentée par Me Balima, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, subsidiairement de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre des articles
L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme C soutient que :
- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;
- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont insuffisamment motivés et pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions des articles L.423-23 et L.435-1 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ils portent atteinte au droit à l'éducation garanti par le préambule de la Constitution ;
- le refus de séjour est fondé sur des faits matériellement inexacts ; le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;
- la mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un courrier du 7 juin 2024, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de ce que, compte tenu de l'abrogation implicite de la mesure d'éloignement par l'édiction d'une nouvelle mesure le 16 octobre 2023, les conclusions de la requête dirigées contre cette décision et celle fixant le pays de renvoi sont privées d'objet.
La requête a été communiquée le 12 juin 2023 au préfet de la Guyane, qui n'a pas produit d'observations.
II. Par une requête enregistrée le 23 avril 2024 sous le n° 2400507, Mme A E C, représentée par Me Balima, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, subsidiairement de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre des articles
L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme C soutient que :
- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;
- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi sont insuffisamment motivées ;
- l'obligation de quitter le territoire est fondée sur des faits matériellement inexacts et entachée d'incompétence négative ; elle est prise en méconnaissance des stipulations des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions des articles L.423-23 et L.435-1 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle porte atteinte au droit à l'éducation garanti par le préambule de la Constitution.
La requête a été communiquée le 23 avril 2024 au préfet de la Guyane, qui n'a pas produit d'observations.
Par un courrier du 24 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de ce que la demande d'annulation de la décision de rejet d'une demande d'admission au séjour, dirigée contre une décision inexistante, n'est pas recevable.
Le 26 avril 2024, le préfet de la Guyane a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Constitution, notamment son préambule ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux requêtes enregistrées sous les n°s 2301083 et 2400507, qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un seul jugement, Mme C, ressortissante haïtienne, conteste, d'une part, l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, d'autre part, l'arrêté du 16 octobre suivant par lequel le préfet a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur l'étendue du litige :
2. L'édiction d'une mesure d'éloignement a nécessairement pour effet d'emporter l'abrogation des mesures antérieurement prononcées à l'égard de la même personne. En l'espèce, l'arrêté du 16 octobre 2023 a implicitement mais nécessairement abrogé la mesure d'éloignement prononcée le 23 février 2023. Les conclusions dirigées contre cette décision et la décision fixant le pays de renvoi sont, dès lors, privées d'objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
3. L'arrêté du 16 octobre 2023, qui fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de renvoi, ne comporte aucune décision de rejet d'une demande d'admission au séjour. Il en résulte que les conclusions dirigées contre une décision inexistante, ne sont pas recevables.
Sur la légalité externe :
En ce qui concerne la compétence des signataires :
4. La signataire de l'arrêté du 23 février 2023, Mme B, directrice de l'immigration et de la citoyenneté, disposait, en vertu de l'article 1er de l'arrêté
n° R03-2023-01-24-00002 du 24 janvier 2023 d'une subdélégation de M. D, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, à l'effet de signer les refus de séjour et M. D disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-09-16-00004 du 16 septembre 2022, régulièrement publié. Le signataire de l'arrêté du 16 octobre 2023, M. D, disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par les articles 1er et 6 de l'arrêté n° R03-2023-08-23-00003 du 23 août 2023, régulièrement publié à l'effet de signer tous les actes relevant de ses attributions en prévoyant des exceptions, qui n'incluent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence des signataires manque en fait.
En ce qui concerne la motivation du refus de séjour opposé le 23 février 2023 :
5. Pour refuser d'admettre Mme C au séjour, le préfet a visé notamment les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis a mentionné la date de son entrée en France, l'irrégularité du séjour des membres de sa famille, puis la possibilité de poursuivre ses études hors de France. Cette motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
En ce qui concerne la motivation de l'arrêté du 16 octobre 2023 :
6. En vertu des dispositions du 1° du I de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire lorsque celui-ci ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le préfet, qui a reproduit ces dispositions, puis a relevé l'entrée irrégulière en France de l'intéressée et l'absence de titre de séjour, a suffisamment motivé la mesure d'éloignement au regard des prescriptions du premier alinéa de l'article L.613-1 du même code. Si la requérante invoque des erreurs et des omissions dans l'examen de sa situation, cette argumentation relative au bien-fondé de la mesure d'éloignement est sans incidence sur la régularité de cet acte.
7. Si la requérante fait valoir que le préfet s'est abstenu de fixer le pays de renvoi, les articles 1er et 2 de l'arrêté en cause prévoient son retour dans son pays d'origine ou dans tout autre pays dans lesquels elle établit être légalement admissible. En visant notamment les articles L.612-12, L.721-3 et L.721-4 du code, puis en mentionnant l'absence de risque de traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Haïti, le préfet a suffisamment motivé la décision fixant le pays de renvoi.
Sur la légalité interne :
8. En premier lieu, il ne ressort ni des mentions des arrêtés contestés, ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet se serait fondé sur des faits matériellement inexacts ou qu'il aurait méconnu l'étendue de sa compétence.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.
10. Née le 5 août 2001, Mme C est entrée irrégulièrement en France en août 2016 à l'âge de quinze ans. Si elle invoque la présence de son père, de sa mère et de son frère mineur, elle ne justifie ni même n'allègue de la régularité du séjour de ses parents. Ayant obtenu le brevet d'études professionnelles et le baccalauréat professionnel " accompagnement, soins et services à la personne, respectivement en 2019 et en 2020, elle préparait à la date à laquelle le préfet a pris ses arrêtés, la licence de langues étrangères appliquées à l'Université de Guyane. Toutefois, célibataire et sans enfants, elle peut poursuivre sa vie privée et familiale et ses études hors de France, notamment en Haïti. Dans les circonstances de l'affaire, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'ailleurs inopérantes à l'encontre du refus de séjour opposé le 23 février 2023, dès lors que le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur ce fondement.
11. En troisième lieu, l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la possibilité d'admission exceptionnelle au séjour de l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Ces dispositions, qui ne prévoient pas l'attribution d'un titre de séjour de plein droit, ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la mesure d'éloignement du 16 octobre 2023. Dès lors que les éléments exposés au point précédent ne constituent pas, par eux-mêmes ou dans leur ensemble, des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée de la situation de Mme C en refusant, par l'article 1er de l'arrêté du 23 février 2023, de l'admettre au séjour sur le fondement de ces dispositions.
12. En quatrième lieu, Mme C pouvant poursuivre ses études hors de France, aucune atteinte au principe d'égal accès à l'instruction garanti par le treizième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958, n'est caractérisée.
13. En dernier lieu, les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant respectivement le droit à la vie et le droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la mesure d'éloignement du 16 octobre 2023, qui n'a pas par elle-même pour effet de fixer le pays de renvoi.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est fondée à demander l'annulation ni du refus de séjour opposé par l'article 1er de l'arrêté du 23 février 2023, ni de l'arrêté du 16 octobre suivant. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme C dirigées contre la mesure d'éloignement et la décision fixant le pays de renvoi prises à son encontre le
23 février 2023 par le préfet de la Guyane.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E C et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Gillmann, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
M.T. LACAULe président,
Signé
O. GUISERIX
La greffière,
Signé
C. NICANOR
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
N°s 2301083, 2400507
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026