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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301108

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301108

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Guyane sur sa demande déposée le 5 mai 2023, tendant à la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de renouveler ce titre et de lui délivrer sans délai un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

Mme A invoque le défaut de motivation, la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que des dispositions des articles L.423-7 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Le préfet de la Guyane a présenté une pièce le 31 mai 2024.

Par un courrier du 7 juin 2024, les parties ont été informées, par application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur les moyens d'ordre public tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet née le 5 juin 2023, qui ne modifie pas l'ordonnancement juridique et ne fait pas grief, seul pouvant être contesté le refus implicite de renouvellement de la carte pluriannuelle de séjour, d'autre part, de ce que, compte tenu de la délivrance d'une carte de séjour temporaire, les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction sont devenues sans objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle pour la période du 26 juin 2018 au 27 juin 2020. Suite à l'enregistrement de sa demande de renouvellement de ce titre, elle s'est vu délivrer plusieurs récépissés, dont le dernier expirait le 8 juin 2023. Par un courrier du 4 mai 2023 reçu le lendemain, elle a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour. Elle conteste la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Guyane sur sa demande présentée le 5 mai 2023.

Sur l'étendue du litige :

2. Les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet, ayant pour seul objet la communication des motifs d'une décision, sans effets sur l'ordonnancement juridique et qui ne fait pas grief, ne sont pas recevables. Toutefois, eu égard à l'argumentation développée, les conclusions de Mme A peuvent être regardées comme dirigées contre le rejet implicite de sa demande de renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour.

3. Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision ayant rejeté une demande de titre de séjour lorsque, postérieurement à la saisine de la juridiction, l'autorité administrative a délivré le titre sollicité ou un titre de séjour emportant des effets équivalents à ceux du titre demandé. En l'espèce, si, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet de la Guyane a délivré à Mme A une carte de séjour temporaire pour la période du 5 septembre 2023 au 4 septembre 2024, cette décision n'a pas eu pour effet d'abroger la décision implicite rejetant la demande de l'intéressée tendant au renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour. Ainsi, Mme A ne peut être regardée comme ayant obtenu satisfaction en cours d'instance et sa requête n'a perdu ni son objet, ni son intérêt.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de rejet de la demande de renouvellement de la carte pluriannuelle de séjour de Mme A :

4. En vertu des dispositions combinées des articles R.432-1 et R.431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé pendant plus de quatre mois sur une demande de titre de séjour vaut décision implicite de rejet. En l'espèce. Une décision implicite de rejet est née à l'encontre de Mme A dans un délai de quatre mois suivant l'enregistrement de sa demande. En l'absence d'accusé de réception de cette demande comportant la mention des voies et délais de recours, le délai de recours contentieux de deux mois prévu par le premier alinéa de l'article R.421-1 du code de justice administrative n'a pu courir. Pour le calcul du délai raisonnable d'un an applicable en vertu du principe de sécurité juridique, Mme A doit être regardée comme ayant eu connaissance de la décision implicite de rejet de sa demande au plus tard à compter du 5 mars 2023, date à laquelle elle a sollicité les motifs de cette décision.

5. Dans ses écritures en défense, le préfet de la Guyane, qui ne conteste pas l'existence de cette décision de refus de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle de Mme A, fait valoir que le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté dès lors que la demande a été rejetée au motif que l'intéressée " ne satisfait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour ".

6. Si un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie et s'il appartient au juge administratif d'écarter un moyen tiré d'un vice de procédure qui, au regard de ce principe, ne lui paraît pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée, il n'en va pas de même de la méconnaissance de l'obligation de motivation d'une décision, qui justifie dans tous les cas l'annulation de cette décision. Dans les circonstances exposées au point 1, en l'absence de réponse au courrier adressé au préfet le 5 mai 2023, avant l'expiration du délai de recours contentieux, Mme A ne peut être regardée comme ayant été mise à même de connaître l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement du refus de renouveler sa carte de séjour. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, elle est fondée à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions accessoires :

7. Mme A bénéficie d'une carte de séjour temporaire pour la période du

5 septembre 2023 au 4 septembre 2024. Dès lors, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ne peuvent être accueillies. L'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement le réexamen de sa demande tendant au renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

8. Il y a lieu, en l'espèce, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros à payer à

Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née du silence gardé par le préfet de la Guyane sur la demande de Mme A tendant au renouvellement de sa carte de de séjour pluriannuelle est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1.200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. NICANOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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