jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2301153 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 juin 2023 et 30 août 2024, M. B A, représenté par Me Masclaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, puis de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;
- le refus de séjour est insuffisamment motivé, fondé sur des faits matériellement inexacts et pris en méconnaissance des dispositions des articles L.425-9 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de séjour et la mesure d'éloignement ont été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire est prise en méconnaissance des dispositions du 3° et du 9° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est prise en méconnaissances des dispositions de l'article L.612-1 du même code ;
- la décision fixant le pays de renvoi a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés les 24 et 25 juillet 2023 et le 26 avril 2024, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, conteste l'arrêté du 2 février 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
2. En premier lieu, la signataire de l'arrêté contesté, Mme C, chef du bureau de l'immigration, des sécurités et des polices administratives de la sous-préfecture de Saint-Laurent du Maroni, disposait, en vertu de l'article 6 de l'arrêté n° R03-2023-001-18-00007 du 18 janvier 2023, régulièrement publié, d'une délégation du préfet de la Guyane à l'effet de signer notamment les refus d'admission au séjour et les mesures d'éloignement dans le ressort de l'arrondissement. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.
3. En deuxième lieu, pour refuser d'admettre M. A au séjour, le préfet a visé les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis a repris les termes de l'avis rendu le 26 avril 2022 par le collège de médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), mentionnant la possibilité de voyager sans risques et de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Cette motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, si le préfet a fait état de la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire et de voyager sans risque, ces mentions ne révèlent aucune erreur de fait. S'il n'a pas mentionné la vie maritale de l'intéressé avec une Française, il résulte de l'instruction qu'en l'absence de justification de la réalité de cette relation, il aurait pris la même décision de refus d'admission au séjour s'il avait retenu ce motif.
5. En quatrième lieu, l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la délivrance d'une carte de séjour temporaire à l'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par ailleurs, les dispositions du 9° de l'article L.611-3 du même code font obstacle à l'éloignement de l'étranger qui remplit les conditions susmentionnées.
6. Le requérant produit un certificat médical établi le 5 janvier 2022 par un praticien hospitalier, selon lequel son hépatite B, pouvant donner lieu à une cirrhose du foie, ne peut être prise en charge " efficacement " dans son pays d'origine. Toutefois, ni cet élément, ni les considérations générales sur le faible indice de développement humain de 0.538 calculé en 2019 par le Programme des Nations Unies pour le développement pour la Côte d'Ivoire, classée au 162ème rang parmi 189 Etats, ni l'article publié le 9 août 2022 par les Annales Africaines de Médecine sur les aspects socio-économiques de la prise en charge des hépatites virales chroniques en Côte-d'Ivoire ne permettent de remettre en cause le sens de l'avis émis le 26 avril 2022 par le collège des médecins de l'OFII, relevant la possibilité de voyager sans risques et de bénéficier d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire. L'une des deux conditions requises par les articles L.425-9 et L.611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas remplie, le préfet n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()".
8. Si le moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est en principe inopérant à l'appui du recours formé contre une décision de refus d'admission au séjour en qualité d'étranger malade, en l'espèce, le préfet a visé ces stipulations et a relevé que l'intéressé pouvait poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine.
9. Né le 1er janvier 1989, M. A est entré irrégulièrement en France en juillet 2015 à l'âge de vingt-six ans. Célibataire, sans enfants, il invoque sa vie maritale avec une Française, mais ne justifie ni de l'ancienneté, ni même de la réalité de cette relation. Dans ces conditions, il peut poursuivre sa vie privée et familiale hors de France, notamment en Côte d'Ivoire, où il a vécu l'essentiel de sa vie. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu, en outre, des conditions de séjour de l'intéressé, qui s'est maintenu en France en dépit du rejet de sa demande d'asile, le refus de l'admettre au séjour et la mesure d'éloignement ne portent pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En sixième lieu, dans les circonstances exposées aux points 6 et 9, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences du refus de séjour et de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. A.
11. En septième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre du refus de l'admettre au séjour, dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur ce fondement.
12. En huitième lieu, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 3° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire lorsqu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour.
13. En neuvième lieu, aux termes de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ()". Aucun des éléments exposés aux points 6 et 9 ne constituent par eux-mêmes ou dans leur ensemble des circonstances particulières justifiant que soit accordé, à titre exceptionnel, un délai supérieur au délai de droit commun de trente jours prévu par les dispositions précitées. Dès lors, en s'abstenant d'accorder ce délai, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée de la situation de M. A.
14. En dernier lieu, si à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, le requérant invoque les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant respectivement le droit à la vie et le droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, il se borne à faire état des défaillances du système de santé en Côte d'Ivoire. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, ce moyen ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 février 2023. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
Mme Schor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024
La rapporteure,
Signé
M.T. LACAULe président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026