jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2301344 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MASCLAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 6 juillet 2023 et
30 août 2024, Mme B D, représentée par Me Masclaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, puis de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles
L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme D soutient que :
- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;
- le refus de séjour est insuffisamment motivé, fondé sur des faits matériellement inexacts, pris en méconnaissance des dispositions des articles L.425-9 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché d'erreur de droit ;
- le refus de séjour et la mesure d'éloignement sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire est prise en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions du 3° et du 9° de l'article L.611-1 ° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi est prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée le 6 juillet 2023 au préfet de la Guyane, qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lacau et les observations de Me Masclaux pour M. A ont été entendu au cours de l'audience publique, le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
2. En premier lieu, la signataire de l'arrêté contesté, Mme E, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté
n° R03-2022-11-21-00002 du 21 novembre 2022 publié le même jour, d'une subdélégation de M. C, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, à l'effet de signer les refus de séjour et les mesures d'éloignement en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F. Il n'est pas établi que cette dernière n'était pas absente ou empêchée et M. C disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-09-16-00004 du 16 septembre 2022, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.
3. En deuxième lieu, pour refuser d'admettre Mme D au séjour, le préfet a visé les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis a repris les termes de l'avis rendu le 8 septembre 2022 par le collège de médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), mentionnant la possibilité de voyager sans risques et de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Cette motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, si le préfet a fait état de la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié en Haïti et de voyager sans risque, ces mentions ne révèlent aucune erreur de fait. S'il n'a pas mentionné la présence en Guyane de la sœur aînée de Mme D, il résulte de l'instruction que compte tenu des fortes attaches de l'intéressée en Haïti, il aurait pris la même décision de refus d'admission au séjour.
5. En quatrième lieu, l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la délivrance d'une carte de séjour temporaire à l'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par ailleurs, les dispositions du 9° de l'article L.611-3 du même code font obstacle à l'éloignement de l'étranger qui remplit les conditions susmentionnées.
6. Mme D se borne à produire des certificats établis les 1er juillet 2021,
28 juin 2022 et 30 juin 2023 par des praticiens du centre hospitalier de Cayenne, faisant état sans autres précisions d'un suivi pour " une pathologique grave et chronique nécessitant des soins réguliers " et mentionnant que l'interruption de ce suivi pourrait compromettre son état de santé. Ni ces pièces, ni les considérations générales sur l'aggravation des difficultés d'accès aux soins et l'insécurité en Haïti ne permettent de remettre en cause le sens de l'avis émis le
8 septembre 2022 par le collège des médecins de l'OFII, relevant la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié en Haïti et de voyager sans risque. L'une des deux conditions requises par les articles L.425-9 et L.611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas remplie, le préfet n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()".
8. Si le moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est en principe inopérant à l'appui du recours formé contre une décision de refus d'admission au séjour en qualité d'étranger malade, en l'espèce, le préfet a visé ces stipulations et a relevé que l'intéressée pouvait poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine.
9. Née le 12 avril 1972, Mme D est entrée irrégulièrement en France en
décembre 2020 à l'âge de quarante-huit ans. Si elle invoque la présence de sa sœur en situation régulière, elle peut poursuivre sa vie privée et familiale hors de France, notamment en Haïti, où résident ses deux enfants et ses parents et où elle a elle-même vécu l'essentiel de sa vie. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu, en outre, des conditions de séjour de l'intéressée, qui s'est maintenue en France en dépit du rejet de sa demande d'asile en juin 2021 et n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement prononcée en 2021, l'obligation de quitter le territoire ne porte pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En sixième lieu, si la requérante soutient que le refus de séjour et la mesure d'éloignement la privent d'un accès effectif aux aides de l'État pour la prise en charge de sa pathologie, dans les circonstances exposées aux points 6 et 9, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle.
11. En septième lieu, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 3° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire lorsqu'il s'est vu, comme en l'espèce, refuser la délivrance d'un titre de séjour.
12. En huitième lieu, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant le droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la mesure d'éloignement, qui n'a pas par elle-même pour effet de renvoyer l'intéressée dans son pays d'origine. Si le moyen est opérant à l'encontre de la décision distincte fixant le pays de renvoi, Mme D, qui se borne à invoquer l'impossibilité de bénéficier en Haïti d'un traitement adapté à sa pathologie, ne justifie pas qu'à la date à laquelle le préfet a pris son arrêté, elle se trouvait personnellement exposée, dans ce pays, à des risques de traitements inhumains et dégradants au sens des stipulations précitées.
13. En dernier lieu, l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la possibilité d'admission exceptionnelle au séjour de l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. La requérante ne peut utilement invoquer ces dispositions à l'encontre du refus de l'admettre au séjour, dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur ce fondement. En s'abstenant d'examiner d'office la possibilité d'une admission exceptionnelle au séjour, le préfet, saisi d'une demande en qualité d'étranger malade, n'a pas commis d'erreur de droit.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2022. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
Mme Schor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
M.T. LACAULe président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026