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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301405

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301405

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEFEBURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023, M. A B, représenté par

Me Lefebure, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2023 par laquelle le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Guyane a décidé de son placement à l'isolement pour la période du 4 juillet au 4 octobre 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au

20 novembre 2023 à 12 heures 00.

Par une décision du 14 août 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deleplancque ;

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est détenu au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly depuis le

18 novembre 2014. Par une décision du 4 juillet 2023, le chef d'établissement du

centre pénitentiaire a décidé de prononcer, en urgence, le placement provisoire de l'intéressé à l'isolement pour une période conservatoire ne pouvant excéder cinq jours. Par une décision du 7 juillet suivant, le chef d'établissement a pris la décision, dite initiale, portant placement de l'intéressé à l'isolement pour une période courant jusqu'au 4 octobre 2023. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de la décision du 7 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initiale ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. () / Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé par elle. () ".

3. M. B soutient qu'il a formulé des observations orales qui n'ont pas fait l'objet d'un compte rendu écrit et signé par lui-même. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les observations de l'intéressé et de son avocat ont été retranscrites à l'écrit et que ces dernières figurent sur le même document que la décision en litige qu'il a signé au moment de la notification. En tout état de cause, la circonstance qu'il n'ait pas rédigé lui-même et signé le compte rendu, alors qu'il ne fait état d'aucun élément précis qui aurait été mal repris ou non retranscrit, ne saurait être regardée comme ayant été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision en litige et privé l'intéressé d'une garantie. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites () ". Aux termes de l'article R. 213-17 de ce code : " () Les personnes condamnées peuvent être placées à l'isolement par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article R. 213-30 du même code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé () ".

5. Saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.

6. En l'espèce, pour décider de placer M. B à l'isolement, le directeur du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly s'est fondé sur la circonstance selon laquelle l'intéressé est à l'origine de nombreux incidents générant des troubles à l'ordre et portant atteinte à la sécurité de l'établissement. A cet égard, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la fiche pénale de l'intéressé ainsi que de la liste des incidents disciplinaires recensés à son encontre, qu'il a été condamné en novembre 2022 pour " remise ou sortie irrégulière de correspondance, somme d'argent ou objet de détenu " et " prise du nom d'un tiers ", puis à nouveau en mars 2023 pour " outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique " avec récidive et qu'il a fait l'objet de plusieurs poursuites entre les mois de novembre 2022 et

juin 2023 compte tenu de la présence de substances illicites dans sa cellule et d'agressions verbales envers des surveillants. De même, le 21 avril 2023, M. B a menacé de bloquer la cour de l'établissement en raison d'une agression physique qu'il aurait subie au parloir de la part d'un surveillant et, le 5 mai 2023, il s'est à nouveau montré virulent envers un agent du centre pénitentiaire. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que le requérant se présente comme " écrivain public autoproclamé " en rédigeant des courriers pour des codétenus, sur lesquels il lui est reproché d'exercer une influence. Dans ces conditions, et alors que M. B se borne à soutenir qu'aucune disposition ne lui interdit de rédiger des courriers pour ses camarades détenus et reproche à l'autorité judiciaire d'avoir communiqué des courriers confidentiels au centre pénitentiaire, son comportement, révélé par de précédents incidents, a pu être de nature à faire peser des risques sur la sécurité et le bon ordre au sein du centre pénitentiaire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le directeur du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Un tel moyen doit donc être écarté.

7. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles évoquées au point précédent, et alors qu'il ne dispose d'aucun droit particulier à se proclamer écrivain public, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porterait gravement atteinte à sa vie privée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

8. Il résulte de tout de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux,

ministre de la justice.

Copie sera adressée à la directrice du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. DELEPLANCQUE

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

S. PROSPER

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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