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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301460

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301460

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMARCIGUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2023, M. D B, représenté par Me Marciguey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros au titre des articles

L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- le refus de séjour est insuffisamment motivé, pris sans avoir été précédé d'un examen particulier, entaché d'erreurs de fait et pris en méconnaissance des dispositions des articles L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour et la mesure d'éloignement ont été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.612-1 du même code et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est fondée sur une mesure d'éloignement illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. En premier lieu, la signataire de l'arrêté contesté, Mme A, directrice de l'immigration et de la citoyenneté, disposait, en vertu de l'article 1er de l'arrêté

n° R03-2023-01-24-00002 du 24 janvier 2023, régulièrement publié, d'une subdélégation de M. C, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, à l'effet de signer les refus de séjour et les mesures d'éloignement et M. C disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-09-16-00004 du

16 septembre 2022, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

3. En deuxième lieu, pour refuser d'admettre M. B au séjour, le préfet a mentionné sa demande présentée sur le fondement des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis a fait état notamment de la date de son entrée en France, de la présence en Guyane de sa sœur en situation irrégulière, de ses attaches en Haïti, puis de l'absence d'emploi et de ressources. Cette motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, si le préfet n'a pas fait état des diplômes de M. B, de sa promesse d'embauche et de sa vie maritale avec une Française, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision de refus d'admission au séjour s'il s'était fondé sur ces motifs. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué que ces éléments auraient été portés à la connaissance du préfet à la date à laquelle il a pris son arrêté, le refus de séjour ne peut être regardé comme entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". Né le 3 janvier 2001, M. B est entré irrégulièrement en France en septembre 2016 à l'âge de quinze ans. S'il vit maritalement à Kourou depuis l'année 2022 avec une Française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité enregistré le 22 juin 2023, postérieurement à l'arrêté contesté, il ne justifie ni de l'ancienneté, ni de la stabilité de cette relation, dont l'existence n'est établie par une domiciliation commune qu'à compter du mois de janvier 2022. Selon les mentions non contestées de l'arrêté en cause, la seule autre attache familiale de l'intéressé en France est sa sœur, en situation irrégulière. M. B, sans enfants, peut poursuivre sa vie privée et familiale hors de France, notamment en Haïti, où résident à tout le moins ses parents. Le requérant se prévaut enfin de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle de monteur en installations sanitaires en 2021, du suivi de formations en accompagnement numérique, de son inscription à la Mission Locale Guyane depuis le mois de février 2023 et de l'engagement dans plusieurs dispositifs de formation et d'insertion, de sa qualité de bénévole dans des associations, puis de la promesse d'embauche du 1er février 2023 pour un emploi d'agent polyvalent au sein Lycée Elie Castor. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu notamment du caractère relativement récent de la vie maritale de M. B et de ses fortes attaches en Haïti, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En cinquième lieu, l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la possibilité d'admission exceptionnelle au séjour de l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Aucun des éléments exposés au point précédent ne constituent, par eux-mêmes ou dans leur ensemble, des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Le préfet ne s'est donc pas livré à une appréciation manifestement erronée de la situation de l'intéressé en refusant de l'admettre au séjour sur ce fondement.

7. En sixième lieu, dans les circonstances exposées au point 5, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences du refus de séjour et de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. B.

8. En septième lieu, les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent utilement invoquées à l'encontre du refus de séjour, dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur ce fondement.

9. En huitième lieu, aux termes de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ()". Les éléments exposés au point 5 ne révèlent aucune circonstance particulière justifiant que soit accordé, à titre exceptionnel, un délai supérieur au délai de droit commun de trente jours prévu par les dispositions précitées. Dès lors, en s'abstenant d'accorder ce délai, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée de la situation de M. B.

10. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la mesure d'éloignement invoquée à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écartée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2023. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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