jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2301557 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 août et 9 novembre 2023, Mme B C A demande au tribunal de lui accorder la possibilité de recalculer le montant du trop-perçu de 11.395,22 euros au titre de l'allocation de retour à l'emploi, mis à sa charge par la contrainte délivrée le 10 juillet 2023 par la directrice de la plateforme de production de Pôle emploi Guyane.
Mme A soutient qu'elle n'a jamais reçu de mise en demeure, que l'administration a commis une erreur matérielle concernant le nom de l'employeur, puis qu'elle avait droit au cumul de son activité professionnelle et de tout ou partie de l'allocation, en application des dispositions des articles 28 et 30 à 32 bis du règlement général annexé à la convention relative à l'assurance chômage et R.5422-2 du code du travail.
Par des mémoires en défense enregistrés les 11 octobre 2023 et 22 février 2024, le directeur régional de Pôle emploi Guyane conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce que le tribunal constate l'intention frauduleuse et l'exacte application des dispositions des articles R.5411-6 et R.5411-7 -12 du code du travail.
Par une décision du 28 septembre 2023, le président du tribunal a désigné Mme Lacau, premier conseiller, pour statuer notamment sur les litiges visés par l'article R.222-13 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
En application des dispositions de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative, le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. L'article L.5426-8-2 du code du travail prévoit que Pôle emploi peut, pour obtenir le remboursement d'allocations, aides ou autres prestations indûment versées, délivrer au débiteur, après mise en demeure, une contrainte qui, à défaut d'opposition de celui-ci devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement. Les articles R.5426-18 et suivants du même code précisent le régime de cette contrainte. Aux termes du premier alinéa de l'article R.5426-22 dudit code : " Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ". Il entre dans l'office du juge de l'opposition à contrainte d'apprécier tant la régularité que le bien-fondé de la contrainte.
2. Mme A a été réadmise au bénéfice de l'allocation de retour à l'emploi (ARE) à compter du 28 octobre 2020, pour un montant net journalier de 41,07 euros et une durée de trois-cent-cinquante-neuf jours. Elle a repris une activité professionnelle d'employée polyvalente au sein de la société LS restauration du 10 octobre 2020 au 22 octobre 2021, tout en continuant à percevoir l'ARE.
3. En vertu des dispositions combinées des articles L.5411-2, R.5411-6 et R.5411-7 du code du travail, l'exercice de toute activité professionnelle, quelle que soit sa durée, doit être portée à la connaissance de Pôle emploi dans un délai de soixante-douze heures. La requérante ne conteste pas s'être abstenue d'informer les services de Pôle emploi Guyane de son changement de situation, alors qu'il lui appartenait de le faire. Au surplus, elle a indiqué lors des actualisations mensuelles n'avoir pas exercé d'activité professionnelle ou perçu de rémunération. Une contrainte a été décernée le 10 juillet 2023 par la directrice de la plateforme de production de Pôle emploi Guyane, signifiée à Mme A par voie d'huissier le 24 juillet suivant pour le recouvrement d'un trop-perçu d'ARE d'un montant de 11.314,50 euros pour la période du 1er novembre 2020 au 21 octobre 2021.
4. Mme A, qui indique ne pas être opposée au remboursement du trop-perçu et demande au tribunal, dans ses dernières écritures, de lui accorder la possibilité d'en recalculer le montant, peut être regardée comme formant opposition à la contrainte émise par Pôle emploi.
5. L'article R.5426-20 du code du travail prévoit que le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L.5426-8-2 après avoir mis en demeure le débiteur de rembourser la prestation indue, par un courrier adressé sous pli recommandé et si cette mise en demeure est restée sans effet à l'expiration du délai d'un mois à compter de sa notification. Cette mise en demeure comporte le motif, la nature et le montant des sommes réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement.
6. Le défendeur se prévaut d'un courrier de notification de trop-perçu qu'il allègue avoir remis en main propres à l'intéressée le 31 mai 2022, mais ne justifie pas de la remise de ce courrier qu'il s'abstient d'ailleurs de produire. Il verse au dossier une copie d'écran faisant état d'une mise en demeure du 9 août 2022, mais s'abstient également de produire ce courrier et de justifier de sa notification. Il produit, enfin, une lettre de relance du 4 juillet 2022, lue par Mme A sur son espace personnel le 4 octobre suivant selon les mentions de la capture d'écran versée au dossier, puis fait valoir que celle-ci a disposé d'un délai de près de dix mois entre la lecture de ce courrier et la signification de la contrainte, ayant ainsi été mise à même d'obtenir une information détaillée sur le calcul de la somme indûment versée. Toutefois, à supposer même qu'elle pourrait être regardée comme valant mise en demeure au sens des dispositions de l'article R.5426-20 du code du travail, la lettre de relance du 4 juillet 2022 se borne à mentionner un versement indu de 11.314,50 euros et à se référer au courrier du 31 mai 2022, dont la notification n'est pas établie. À défaut de précisions sur le montant des sommes réclamées et les dates des versements indus, ce courrier ne comporte pas l'ensemble des mentions prévues par les dispositions de l'article R.5426-20. Dans ces conditions, faute d'avoir été régulièrement mise en demeure de rembourser les versements indus, Mme A ne pouvait régulièrement se voir délivrer la contrainte litigieuse. Elle est, par suite, fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de cette contrainte et la décharge de l'obligation de payer la somme de 11.314,50 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La contrainte délivrée le 10 juillet 2023 par le directeur de Pôle emploi Guyane à Mme A est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A et à Pôle emploi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
M.T. LACAULa greffière
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
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