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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301575

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301575

jeudi 10 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301575
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 7, 8 et 9 août 2023, M. D A doit être regardé comme demandant au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 août 2023 par lequel le préfet de la Guyane a émis à son encontre une interdiction d'embarquer à bord d'un aéronef au départ de l'aéroport de Cayenne Félix Eboué pour une durée de cinq jours.

Il soutient que l'arrêté litigieux porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête. Il fait valoir, en premier lieu, que la requête est irrecevable, en deuxième lieu, que les conclusions aux fins de suspension n'ont aucune portée utile, en troisième lieu, que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et, en dernier lieu, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Le président du tribunal a désigné M. Hégésippe, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 9 août 2023 à 09 heures 15, en présence de Mme Delmestre Galpe, greffière, M. Hégésippe a donné lecture de son rapport et entendu :

- les observations de M. A assisté de son partenaire M. C. Il a été soutenu que M. A a fait l'objet d'un même contrôle et d'une même interdiction en novembre 2022, qu'il est demandé au juge des référés d'intervenir afin d'éviter que l'administration ne persiste à s'opposer au départ de l'intéressé, qu'il a des obligations sociales à remplir dans l'Hexagone où il a été déclaré éligible à " l'aide au retour à l'emploi " et que l'arrêté litigieux engendre des coûts financiers importants. M. C a évoqué son état de santé en insistant sur son besoin d'être accompagné par son partenaire avant d'évoquer le contrôle, subi par M. A, ainsi que les motifs de leur voyage.

- et, les observations de M. B, représentant le préfet de la Guyane, qui a conclu, par les mêmes motifs, aux mêmes fins que le mémoire en défense.

En application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, le juge des référés a différé la clôture de l'instruction au 9 août 2023 à 12 heures 00 et, dans son dernier état, au même jour à 12 heures 30.

Le préfet de la Guyane a produit un mémoire enregistré le 9 août 2023 à 11 heures 45.

M. A a produit des pièces enregistrées le 9 août 2023 à 11 heures 49.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ".

2. M. A, ressortissant surinamais né en 1999, s'est rendu, le 6 août 2023, à l'aéroport de Cayenne Félix Eboué afin d'embarquer sur le vol AF 889 à destination de l'aéroport Paris-Orly. Il a fait l'objet d'un contrôle administratif conduit dans le cadre des opérations de lutte contre le trafic de stupéfiants entre la Guyane et l'Hexagone. A l'issue de ce contrôle, le préfet de la Guyane a émis à son encontre un arrêté, daté du même jour, portant interdiction d'embarquer à bord d'un aéronef au départ de l'aéroport de Cayenne Félix Eboué pour une durée de cinq jours. Par la présente instance, M. A sollicite du juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il ordonne la suspension de l'exécution de cet arrêté.

3. En premier lieu, les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ont pour objet de permettre au juge des référés de paralyser les effets d'une décision ou d'un agissement de l'administration qui serait constitutif d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Cependant, le juge des référés ne saurait, sans méconnaître son office, s'abstenir de prononcer un non-lieu s'il constate, à la date à laquelle il statue, qu'il n'est plus en mesure d'intervenir utilement. En l'espèce, à la date de la présente ordonnance, l'interdiction d'embarquer, d'une durée de cinq jours courant jusqu'au 12 août 2023, n'a pas produit l'intégralité de ses effets. Dans ces conditions, il est loisible de statuer utilement sur les conclusions de la requête.

4. En deuxième lieu, hors le cas où il est fait application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, l'instruction d'une demande de référé présentée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative comporte une phase d'instruction écrite suivie d'une audience publique au cours de laquelle il est loisible aux parties d'invoquer tout moyen de droit ou de fait.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la requête, qu'il convient d'interpréter en tenant compte notamment de l'absence du ministère d'avocat, satisfait aux exigences de forme prévues par les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et réitérées à l'article R. 522-1 du même code. Ainsi, il est fait mention du nom et du domicile du requérant. La requête contient un exposé suffisamment intelligible des faits, de la liberté fondamentale en débat et des prétentions du requérant. Dès lors que tous ces éléments ont été précisés au cours de l'audience où la condition d'urgence a été expressément débattue, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête doit être écartée.

6. En troisième lieu, les mesures de police que peut édicter le représentant de l'Etat en Guyane, dans le cadre de la lutte menée contre le trafic de stupéfiants au départ de l'aéroport de Cayenne Félix Eboué, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées au regard des seules nécessités de l'ordre public, telles qu'elles découlent des circonstances de temps et de lieu. Ainsi, il n'appartient pas à l'autorité administrative de se fonder sur d'autres considérations et les restrictions qu'elle apporte aux libertés doivent être justifiées par des risques avérés d'atteinte à l'ordre public. Enfin, il appartient au juge des référés de s'assurer, en l'état de l'instruction devant lui, que l'autorité administrative, opérant la conciliation nécessaire entre le respect des libertés et la sauvegarde de l'ordre public, n'a pas porté d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction et des échanges survenues au cours de l'audience que M. A est arrivé en Guyane le 14 juillet 2023 aux côtés de M. C, ressortissant français, avec lequel il a contracté un pacte civil de solidarité, le 21 décembre 2020, à la mairie de Saint-Laurent du Maroni. Le requérant, titulaire d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, soutient, sans être contredit, que sa présence s'inscrivait dans le cadre de vacances et qu'il avait l'intention de retourner dans l'Hexagone, où il a emménagé, avant d'être intercepté par les services de la police aux frontières. De fait, bien que l'intéressé, dont le français n'est pas la langue maternelle, n'ait pas été en mesure de fournir des renseignements sur sa destination, il justifie de sa nouvelle domiciliation, en Ile-de-France, par la production d'une facture téléphonique, d'un avis d'impôt, d'un relevé d'identité bancaire, d'une inscription à Pôle emploi et de droits s'y rapportant. Parallèlement, il résulte de l'instruction, notamment d'un mail envoyé par M. Baures, commissaire de police, chef du service territorial de la police aux frontières de la Guyane, que M. A est inconnu des fichiers permettant de recenser les personnes en lien avec le trafic de stupéfiants. Dans ces conditions, tenant à l'absence d'élément pouvant révéler une forte probabilité de transport par l'intéressé de produits stupéfiants et, ce faisant, de risque avéré d'atteinte à l'ordre public, le préfet de la Guyane, en prenant l'arrêté en cause, a porté une atteinte grave et manifestement illégale à liberté d'aller et venir de M. A.

8. En dernier lieu, pour justifier de l'urgence à ce qu'il soit fait droit à sa demande, M. A se prévaut de la nécessité de retourner dans l'Hexagone, aux côtés de son partenaire dont la qualité de travailleur handicapé a été reconnue, de ses obligations envers Pôle emploi et des conséquences financières du séjour involontairement prolongé. Si ces éléments sont contestés en défense, les restrictions injustifiées à la liberté d'aller et venir du requérant caractérisent, en l'espèce, la nécessité qu'il soit fait usage, à très bref délai, des pouvoirs que le juge des référés tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de l'arrêté du 6 août 2023 pris à l'encontre de M. A doit être suspendue.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 6 août 2023 pris à l'encontre de M. A, portant interdiction d'embarquer à bord d'un aéronef, au départ de l'aérodrome de Cayenne Félix Eboué, pendant cinq jours est suspendue.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au préfet de la Guyane.

Copie pour information sera adressée au service territorial de la police aux frontières.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 10 août 2023.

Le juge des référés,

Signé

D. HEGESIPPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

R. DELMESTRE GALPE

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