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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301581

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301581

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFERNANDEZ-BEGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 8 et 14 août 2023, la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG), représentée par son président, demande, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés du tribunal administratif de la Guyane, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel la directrice générale de l'Agence régionale de santé (ARS) Guyane a placé l'institut médico-éducatif départemental (IMED) Léopold Héder sous administration provisoire pour une période de six mois à compter du 12 juin 2023.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie, le placement sous administration provisoire de l'IMED portant gravement et immédiatement atteinte aux intérêts qu'elle entend défendre dès lors, qu'elle se trouve privée de la présidence du conseil d'administration depuis le 12 juin 2023, que l'annulation de l'arrêté en litige postérieurement à la cessation définitive d'activité, dont la date prévisionnelle est fixée au 1er janvier 2024, serait de nature à entraîner de graves difficultés à son égard et que l'arrêté en litige menace d'entraîner la disparition juridique de l'IMED ;

- l'arrêté en litige a été adopté à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il a été pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-17 du code de l'action sociale et des familles sans l'intervention préalable d'une décision de cessation définitive d'activité ;

- il méconnaît le principe du contradictoire dès lors que la lettre d'injonction a été adressée à la directrice par intérim de l'IMED le 8 juin 2023, soit le même jour que l'arrêté en litige, et qu'il a, par conséquent, été privé d'une garantie ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de procédure contradictoire ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles dès lors que l'IMED n'a pas bénéficié d'un délai raisonnable et adapté afin de répondre aux injonctions adressées par l'ARS ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 313-16, L. 313-17 et L. 313-18 du code de l'action sociale et des familles ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, l'Agence régionale de santé Guyane, représentée par Me Fernandez-Begault conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la CTG sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que l'arrêté ne prononce pas la cessation définitive de l'IMED et que la CTG ne justifie d'aucune qualité ni d'aucun intérêt à agir ;

- les conclusions de la requête tendant à la communication de documents sont irrecevables ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le président de la CTG conserve la qualité de président du conseil d'administration malgré la mesure de placement sous administration provisoire, la procédure de sélection invoquée est indépendante de l'arrêté en litige, ce dernier ne conditionnant pas la cessation de l'activité et le transfert d'autorisation, il ne porte aucune atteinte aux intérêts administratifs, juridiques ou financiers de la requérante et, enfin, un intérêt public s'attache au maintien des effets de l'arrêté en litige afin de remédier à des manquements graves et récurrents et d'assurer la continuité de la prise en charge des enfants et adolescents de l'institut dans des conditions adéquates de sécurité ;

- l'arrêté n'a pas été adopté à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il se fonde sur les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles et qu'il lui était loisible de désigner un administrateur provisoire indépendamment de l'existence d'une décision portant cessation définitive de l'activité de l'IMED ;

- l'arrêté en litige ne prononce ni la cessation définitive de l'activité de l'IMED ni le transfert de l'autorisation conférée à l'établissement ;

- le principe du contradictoire n'a pas été méconnu dès lors qu'elle a informé l'IMED de la réalisation d'une inspection par un courrier du 11 mai 2023, que le rapport d'inspection lui a été communiqué par une lettre du 22 mai 2023 mentionnant l'ensemble des injonctions et que la directrice par intérim de l'institut a formulé des observations par un courrier réceptionné le

5 juin 2023 ;

- la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent utilement être invoquée ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles n'est pas fondé dès lors que le courrier du 22 mai 2023 invitait l'IMED à présenter des observations dans un délai de trois semaines ;

- les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 313-16, L. 313-17 et L. 313-18 du code de l'action sociale et des familles ne sont pas fondés ;

- le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

Vu les autres pièces du dossier, et notamment la requête n° 2301580, enregistrée le

8 août 2023.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Deleplancque, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 16 août 2023 à 9 heures 00, en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Deleplancque ;

- les observations de M. A, représentant la CTG, qui reprend ses écritures et précise notamment que la situation s'améliore au sein de l'institut, que la CTG souhaite prendre son temps afin de remédier aux problèmes, dont la résolution n'est pas insurmontable, et qu'en cas de suspension de l'arrêté en litige elle demandera des explications à l'EPNAK et fera en sorte de travailler en commun avec l'ensemble des acteurs pour garantir la continuité de la prise en charge des enfants et adolescents de l'IMED ;

- les observations de Me Fernandez-Begault, représentant l'ARS Guyane qui reprend ses écritures et précise notamment que l'arrêté en litige porte uniquement sur le placement sous administration provisoire de l'IMED sans prononcer de cessation définitive de son activité.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. L'IMED Léopold Héder, établissement public départemental dont la gouvernance est assurée par un conseil d'administration présidé par le président de la CTG, a pour activité l'accueil d'enfants et d'adolescents handicapés atteints de déficience intellectuelle. La gestion l'institut a été confiée à l'établissement public national Antoine Koenigswarter (EPNAK) par un mandat du 9 décembre 2021, prolongé par avenant. Par un arrêté du 8 juin 2023, la directrice générale de l'ARS a décidé de placer l'IMED Léopold Héder sous administration provisoire pour une période de six mois à compter du 12 juin 2023 et de charger l'administrateur provisoire d'accomplir les mesures nécessaires à la continuité de la prise en charge des personnes accueillies. Par la présente requête, la CTG demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

4. Pour justifier de l'urgence à ce qu'il soit fait droit à sa demande tendant à la suspension de l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel la directrice générale de l'ARS Guyane a placé l'IMED Léopold Héder sous administration provisoire pour une durée de six mois, la CTG soutient que cette décision la prive de son pouvoir d'intervention au sein du conseil d'administration ainsi que d'une partie de sa compétence en matière de mise en œuvre de la politique d'action sociale, qu'une annulation de l'arrêté litigieux qui interviendrait après la cessation définitive d'activité et transfert d'agrément entraînerait de graves difficultés pour cette dernière et, enfin, que l'arrêté en litige menace d'entraîner la disparition de l'IMED.

5. Toutefois, à supposer même qu'elle ait entendu prononcer la cessation définitive de l'activité de l'IMED Léopold Héder et procéder au transfert de l'autorisation, menaçant ainsi d'entraîner la disparition de ce dernier, l'ARS fait valoir, en défense, afin de contester l'urgence alléguée, de la nécessité d'assurer une prise en charge des enfants et adolescents dans des conditions adéquates de sécurité. A cet égard, il résulte de l'instruction que l'IMED fait face, depuis plusieurs années, à de graves dysfonctionnements ayant conduit l'ancien président de la CTG à alerter l'ARS de la difficulté de poursuivre l'activité. Malgré de précédentes mesures de fermeture provisoire, de mise sous administration provisoire et de changements de direction prises à son égard, le dernier rapport d'inspection réalisé le 12 mai 2023 fait état de la persistance d'une exposition aux risques de maltraitance sur l'ensemble de l'établissement compte tenu notamment de " l'inadaptation de l'encadrement () l'effectif non conforme à l'autorisation () les défauts de surveillance () les locaux inadaptés () ". En outre, il résulte de l'instruction que l'IMED est financé en totalité par l'Etat, que son personnel relève du statut de la fonction publique hospitalière et que la continuité de son fonctionnement est assurée pendant la période de placement sous administration provisoire. Ainsi, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la sécurité des enfants et adolescents pris en charge au sein de l'institut, et alors que la CTG, intervenant au sein du conseil d'administration de l'IMED, dont la gestion a été au demeurant déléguée à l'EPNAK, ne démontre aucune atteinte grave et immédiate aux intérêts qu'elle entend défendre, à l'exception de la privation de son pouvoir d'intervention au sein dudit conseil, il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction que l'urgence justifie la suspension de l'exécution de l'arrêté du 8 juin 2023 portant mise sous administration provisoire de l'IMED Léopold Héder pour une durée de six mois.

6. La condition d'urgence n'étant pas remplie, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 8 juin 2023 doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête et sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la CTG la somme demandée par l'ARS Guyane au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la Collectivité territoriale de Guyane est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Agence régionale de santé Guyane au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au président de la Collectivité territoriale de Guyane et au directeur général de l'Agence régionale de santé Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 17 août 2023.

Le juge des référés,

Signé

C. DELEPLANCQUE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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