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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301609

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301609

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 août et 4 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Khiter, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de délivrer une autorisation provisoire de séjour en application des dispositions de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

- le refus de séjour et la mesure d'éloignement sont insuffisamment motivés ;

- le refus de séjour est pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions des articles L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est prise en méconnaissance des stipulations des articles 3-1 et 7-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et des dispositions du 2° de l'article L.611-3 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi est fondée sur une mesure d'éloignement illégale et prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant surinamais, conteste l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler sa carte de séjour temporaire et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Né le 22 décembre 1986, M. A est entré en France en juillet 1997 à l'âge de dix ans. Scolarisé en septembre 1997, il établit la continuité de son séjour depuis près de vingt-six ans à la date à laquelle le préfet a pris son arrêté. Ayant bénéficié de plusieurs cartes de séjour pour les périodes du 7 décembre 2006 au 6 décembre 2017, du 7 décembre 2019 au 6 décembre 2020, puis du 17 août 2021 au 16 août 2022, il justifie d'un séjour d'une quinzaine d'années en situation régulière. Il vit à Kourou avec son père, quatre membres de sa fratrie en situation régulière ou de nationalité française et son fils de nationalité française né le 17 aout 2010, dont la résidence a été fixée à son domicile en vertu d'un jugement rendu le 10 avril 2017 par le juge aux affaires familiales. M. A indique sans être sérieusement contredit sur ce point être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Ayant obtenu en 2007 le certificat d'aptitude professionnelle de menuisier, il était employé à la date de l'arrêté contesté, depuis le 3 juillet 2020 en qualité d'ouvrier de production par l'association ADAPEI Guyane. Il est vrai que M. A s'est vu reprocher en 2014 des faits de conduite en état d'ivresse et de rébellion qui ont donné lieu à une amende, en 2016, des faits de violence avec usage d'une arme ayant donné lieu à une peine d'emprisonnement de quatre mois avec sursis, puis en 2021, des faits de détention d'une arme en dépit d'une interdiction judiciaire, de port sans motif légitime d'artifice non détonant et d'usage de faux en écriture et recel de bien ayant donné lieu à une amende et à un rappel à la loi. Toutefois, dans les circonstances de l'affaire, compte tenu de la durée du séjour régulier de M. A, de son jeune âge lors de son entrée en France et de sa situation familiale, le refus de séjour et la mesure d'éloignement portent une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de ces décisions.

4. Si le requérant demande qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour par application des dispositions de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce texte n'est, en vertu de l'article L.651-4 du même code, pas applicable en Guyane. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée implique nécessairement, eu égard au motif qui en constitue le soutien et sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, la délivrance à M. A d'une autorisation provisoire de séjour, puis d'un titre de séjour. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet d'y procéder dans des délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

5. Alors que la possibilité d'obtenir le versement d'une somme sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique est réservée à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué que le requérant ou son conseil auraient sollicité le bénéfice de cette aide pour la présente instance. Les conclusions présentées sur le seul fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent, dès lors, être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté pris le 6 juin 2023 par le préfet de la Guyane à l'encontre de M. A est annulé.

Article 2 : Sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour, puis un titre de séjour, dans les délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULa présidente,

Signé

E. ROLINLa greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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