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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301644

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301644

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSEMONIN CLEO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2023, Mme C A, représentée par Me Renoult, demande au juge des référés, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner le comité du tourisme de la Guyane à lui verser la somme de 10 000 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

2°) de mettre à la charge du comité du tourisme de la Guyane la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient qu'elle est fondée à solliciter le versement d'une indemnité complémentaire réparant ses préjudices patrimoniaux et personnels même en l'absence de faute de l'administration dès lors que son accident a été reconnu imputable au service.

Par un mémoire en observation, enregistré le 29 septembre 2023, la caisse générale de sécurité sociale de la Guyane demande au juge des référés de lui donner acte des réserves qu'elle formule au titre des prestations non encore comptabilisées ou de celles qu'elle pourrait devoir verser à raison des mêmes faits en vertu des dispositions légales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2023, le comité du tourisme de la Guyane, représenté par Me Sémonin, conclut :

1°) à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la provision à valoir au titre des préjudices temporaires non inclus dans la rente soit fixée à la somme totale de 6 666,25 euros ;

3°) en tout état de cause, au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Le comité du tourisme fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la demande indemnitaire dès lors qu'il a proposé à Mme A une indemnisation à hauteur de 6 666,25 euros pour l'ensemble des préjudices confondus ;

- il ne conteste pas le quantum de la demande formulée pour l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire ; le quantum des créances relatives au préjudice esthétique temporaire, aux souffrances endurées et au recours à une tierce personne doit être ramené respectivement à 800 euros, 1 000 euros et 2 800 euros ;

- la créance relative aux frais d'expertise est sérieusement contestable dès lors qu'ils ont été mis à sa charge par une ordonnance de taxe du 12 juin 2023.

La requête a été communiquée à la collectivité territoriale de Guyane qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, attachée territoriale affectée au comité du tourisme de la Guyane, a été victime d'un accident survenu le 7 décembre 2021 qui a été reconnu imputable au service par une décision du 28 janvier 2022. Par une lettre recommandée avec accusé de réception du 8 juin 2023, notifiée le 15 juin 2023, Mme A a présenté une demande indemnitaire préalable au comité du tourisme de la Guyane. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés de condamner le comité du tourisme de la Guyane à lui verser la somme de 10 000 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur la demande de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du même code : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne l'exception de non-lieu opposée en défense :

3. Le comité du tourisme de la Guyane fait valoir que les conclusions tendant à sa condamnation à verser une somme à Mme A à titre de provision seraient privées d'objet dès lors qu'il lui a proposé, en réponse à sa demande indemnitaire préalable, une indemnisation à hauteur de 6 666,25 euros pour l'ensemble des préjudices confondus. Toutefois, s'il est constant que le comité du tourisme a, postérieurement à l'introduction de la requête, notifié à Mme A son intention de l'indemniser, au titre des préjudices temporaires non inclus dans la rente, à hauteur de 6 666,25 euros, il n'établit pas avoir procédé effectivement au versement de cette somme dont le montant recouvrait, en tout état de cause, partiellement la demande de Mme A. Il s'ensuit que l'exception de non-lieu opposée par le comité du tourisme de la Guyane doit être écartée.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité du comité du tourisme de la Guyane :

4. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

5. Il est constant que l'accident dont Mme A a été victime le 7 décembre 2021 a été reconnu imputable au service par une décision du 28 janvier 2022 du comité du tourisme de la Guyane. Dès lors, l'obligation dont se prévaut Mme A au titre de la responsabilité sans faute du comité du tourisme de la Guyane du fait des conséquences personnelles de cet accident n'apparaît pas, dans son principe, sérieusement contestable.

En ce qui concerne le montant de la provision :

6. Il ressort du rapport d'expertise établi par le docteur B le 23 mai 2023 que l'état de santé de Mme A n'était pas encore consolidé.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'expert désigné par le tribunal administratif de la Guyane évalue le déficit fonctionnel temporaire partiel de Mme A à hauteur de 35 % pour la période allant du 7 décembre 2021 au 7 janvier 2022 et 25 % pour la période du 8 janvier 2022 au 24 avril 2023. Le comité du tourisme ne conteste ni l'existence ni le quantum de la somme demandée par Mme A. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner le comité du tourisme de la Guyane à verser à Mme A la somme de 2 066,25 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation de son déficit fonctionnel temporaire.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le docteur B, expert désigné par le tribunal administratif de la Guyane, a retenu l'existence d'un préjudice esthétique temporaire de 1,5/7 pendant un mois et de 1/7 en cours, avant consolidation. L'existence de ce poste de préjudice n'est pas contestée par le comité du tourisme de la Guyane qui se borne à solliciter la réduction du quantum de la créance. Il sera fait une juste appréciation du préjudice non sérieusement contestable subi après l'accident par Mme A en l'évaluant à 800 euros.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que l'expert désigné par le tribunal a évalué les souffrances endurées par Mme A à 2 sur une échelle d'évaluation chiffrée de 0 à 7 par l'expert judiciaire. En l'état de l'instruction, il y a lieu de condamner le comité du tourisme de la Guyane à verser à Mme A la somme de 1 800 euros à titre de provision à valoir sur son préjudice résultant des souffrances endurées pour sa part non sérieusement contestable.

10. En quatrième lieu, l'expert a relevé dans ses conclusions que Mme A nécessite l'aide d'une tierce personne à raison de trois heures par semaine. En l'état de l'instruction, les frais ainsi supportés, qui constituent un préjudice patrimonial n'ayant pas été réparé forfaitairement, doivent être regardés comme indemnisables. Dans les circonstances de l'espèces, il sera fait une juste appréciation de ces dommages en évaluant à 2 800 euros la fraction non sérieusement contestable de la somme destinée à les réparer.

11. En dernier lieu, Mme A sollicite la condamnation du comité du tourisme de la Guyane à lui verser la somme de 1 000 euros à titre de provision à valoir sur le remboursement des frais d'expertise. Toutefois, d'une part, Mme A n'établit pas ni même n'allègue avoir procédé au paiement d'une somme de 1 000 euros à l'expert désigné par le tribunal. D'autre part, le comité du tourisme fait valoir, sans être contesté, que les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur B par l'ordonnance du président tribunal administratif de la Guyane ont été mis à sa charge par une ordonnance du 12 juin 2023. Dans ces conditions, la créance dont se prévaut Mme A ne présente pas un caractère non sérieusement contestable. Par suite, cette demande ne peut qu'être rejetée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la provision due par le comité du tourisme de la Guyane présente un caractère non sérieusement contestable à hauteur de la somme totale de 7 466,25 euros.

Sur le surplus des conclusions de la caisse générale de sécurité sociale :

13. La caisse générale de sécurité sociale de la Guyane, qui a été appelée à la cause par la juridiction, demande au juge des référés de lui donner acte des réserves qu'elle formule au titre des prestations non encore comptabilisées ou de celles qu'elle pourrait devoir verser à raison des mêmes faits en vertu des dispositions légales. Il n'appartient toutefois pas au juge des référés de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du comité du tourisme de la Guyane la somme de 1 500 euros que Mme A demande à ce titre.

O R D O N N E :

Article 1er : Le comité du tourisme de la Guyane est condamné à verser à Mme A la somme provisionnelle de 7 466,25 euros.

Article 2 : Le comité du tourisme de la Guyane versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, au comité du tourisme de la Guyane et à la collectivité territoriale de Guyane.

Copie, pour information, en sera adressée à la caisse générale de sécurité sociale de la Guyane.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le juge des référés,

Signé

O. GUISERIX

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. PAUILLAC

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