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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301655

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301655

lundi 11 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMASCLAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 août 2023, Mme C B, représentée par Me Masclaux, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, puis de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient, d'une part, que la mesure d'éloignement peut être mise en œuvre à tout moment, ce qui caractérise l'urgence, d'autre part, que plusieurs moyens sont susceptibles de faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées, l'incompétence de la signataire, l'insuffisante motivation, l'erreur de fait, la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions des articles L.423-23, L.435-1 et L.611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'exception d'illégalité du refus de séjour, puis l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus de séjour, de la mesure d'éloignement et de la décision fixant un délai de départ de trente jours sur sa situation personnelle.

Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés les 29 août et 7 septembre 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête en opposant le défaut d'urgence, la tardiveté de la requête au principal, puis l'absence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de ses décisions.

Par une décision du 1er septembre 2023, le président du tribunal a désigné Mme Lacau, premier conseiller, pour statuer notamment sur les requêtes en référé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2301509 ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Lacau, les observations de Me Masclaux pour Mme B, qui invoque, en outre, le moyen tiré du défaut d'examen de sa demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis les observations de Mme B, le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction, fixée au 8 septembre 2023 à l'issue de l'audience, a, sur le fondement de l'article R.522-8 du code de justice administrative, été reportée au 11 septembre à 10 heures.

Mme B a présenté une pièce le 8 septembre 2023 à 12 heures 30.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte du premier alinéa de l'article L.521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sur le fondement de ces dispositions, Mme B, ressortissante haïtienne, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Compte tenu du caractère non suspensif du recours pour excès de pouvoir contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de cette mesure caractérise une situation d'urgence.

3. Si les conclusions tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée sont irrecevables, aucun des moyens présentés sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de cet acte. En l'espèce, en l'absence de preuve de la date de notification de la décision d'aide juridictionnelle sollicitée dans le délai de recours contentieux et accordée le 14 avril 2023, la requête au principal enregistrée le 25 juillet suivant ne peut, contrairement à ce que fait valoir le préfet de la Guyane, être regardée comme tardive.

4. Le préfet a statué sur une demande d'admission au séjour portant la mention " étudiant ", sur le fondement des dispositions de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, Mme B, qui produit le formulaire de demande de titre de séjour visé par la préfecture le 31 mars 2020, établit avoir sollicité son admission au séjour sur le seul fondement des dispositions alors en vigueur de l'article L.313-11 7° du code, désormais reprises par l'article L.423-23. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de Mme B est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité du refus de séjour et, par voie de conséquence, sur la légalité de la mesure d'éloignement et de la décision fixant le pays de renvoi.

5. Les deux conditions prévues par l'article L.521-1 du code de justice administrative étant réunies, Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 mars 2023, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.

6. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement la délivrance à Mme B d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet au préfet de la Guyane d'y procéder dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, compte tenu du fondement de la demande de titre de séjour, ni l'article R.431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant non invoqué, établissant la liste des titres de séjour dont le récépissé autorise le titulaire à travailler, ni aucun autre texte ne font obligation au préfet d'assortir ce récépissé d'une autorisation de travail.

7. La requérante ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 14 avril 2023, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à payer à Me Masclaux, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté pris à l'encontre de Mme B par le préfet de la Guyane le 2 mars 2023 est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à Mme B, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente décision, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond.

Article 3 : L'Etat versera à Me Masclaux la somme de 900 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au préfet de la Guyane. Une copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2023.

Le juge des référés,

signé

M. A LACAU

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef

Ou par délégation le greffier,

signé

J. LEBOURG

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