jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2301701 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 septembre 2023, M. C B A, représenté par Me Polycarpe, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L.423-7 et L.423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile subsidiairement de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
M. B A invoque sa participation à l'entretien et à l'éducation de ses deux fils au sens des dispositions de l'article 371-2 du code civil.
La requête a été communiquée le 8 septembre 2023 au préfet de la Guyane, qui n'a pas produit d'observations.
Par un courrier du 23 septembre 2024, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de ce que le requérant n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L.423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant la condition de contribution du parent de nationalité française à l'entretien et à l'éducation de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant brésilien, conteste l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour en qualité de parent d'un enfant français.
2. L'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la délivrance de plein droit, sauf en cas de menace pour l'ordre public, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au parent d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans.
3. Aux termes de l'article L.423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L.423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Ces dispositions prévoyant la condition de contribution du parent de nationalité française sont inapplicables en l'espèce. Toutefois, la décision contestée aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement des seules dispositions de l'article L.423-7, qui offraient à l'intéressé les mêmes garanties que l'application des dispositions combinées des articles L.423-7 et L.423-8.
4. M. B A a un fils de nationalité française né le 9 octobre 2009 à Cayenne, qui vit avec sa mère dans le département du Gard depuis l'année 2022. En se bornant à produire onze reçus justifiant du versement en 2014 des montants mensuels de 100 à
340 euros à titre de pension alimentaire, le carnet de vaccination de l'enfant, un justificatif du versement de 150 euros effectué le 7 juillet 2023, postérieurement à l'arrêté en cause dont la légalité s'apprécie à la date de son édiction, puis une attestation non circonstanciée établie le
2 septembre 2023 par la mère selon laquelle " le père nous aide depuis que nous avons quitté la Guyane et ne peut nous rejoindre par défaut de carte de séjour ", le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans. Le préfet n'a donc pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 2 de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Si le requérant invoque, en outre, sans assortir ces éléments de fait d'aucun moyen de droit, la présence en Guyane de son fils aîné né en 2007, cet enfant, dont la mère vit au Brésil, peut repartir avec lui.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2023. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rolin, présidente,
Mme Lacau, première conseillère,
Mme Schor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
M.T. LACAULa présidente,
Signé
E. ROLIN
La greffière,
Signé
R. DELMESTRE-GALPE
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
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