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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301709

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301709

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2023, Mme A C B, représentée par Me Pépin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui remettre, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, puis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B invoque l'incompétence du signataire, puis la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée le 14 septembre 2023 au préfet de la Guyane, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Née le 5 décembre 1974, Mme B justifie, par les mentions de son carnet de vaccination, être entrée en France en juin 2008 à l'âge de trente-trois ans. Elle établit la continuité de son séjour depuis près de quinze ans à la date à laquelle le préfet a pris son arrêté. Ayant bénéficié d'un récépissé le 7 janvier 2011, puis, à compter du 1er février 2012, d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, renouvelée jusqu'au 31 janvier 2018, enfin, d'une carte pluriannuelle de deux ans expirant le 31 janvier 2020, suivie de récépissés valables jusqu'au 24 janvier 2023, elle justifie d'un séjour d'une douzaine d'années en situation régulière. Ses deux filles majeures et son frère en situation régulière résident en Guyane. Son fils né le 28 août 2009 à Cayenne, a été reconnu par un Français. Dans les circonstances de l'affaire, en dépit de celle au demeurant non établie que ce Français aurait fait l'objet d'un signalement au Procureur de la République pour avoir procédé à de nombreuses de reconnaissances frauduleuses de paternité, compte tenu notamment de la durée du séjour régulier en France de Mme B, le refus de séjour porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête,

Mme B est fondée à demander l'annulation de cette décision.

4. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée implique nécessairement, eu égard au motif qui en constitue le soutien, la délivrance à Mme B d'une autorisation provisoire de séjour, puis d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet d'y procéder dans des délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir ces injonctions d'une astreinte. Conformément à l'article R.431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ", le récépissé délivré à

Mme B, qui bénéficiait d'une carte de séjour pluriannuelle l'autorisant à travailler, sera assorti d'une autorisation de travail.

5. La possibilité d'obtenir le versement d'une somme sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, réservée à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, suppose que l'étranger ou son avocat ait effectivement demandé l'aide et que cette aide lui ait été accordée. En l'espèce, la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de Mme B a été constatée par une décision du 29 mars 2024. Il en résulte que la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire et les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du

10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté pris le 6 avril 2023 par le préfet de la Guyane à l'encontre de Mme B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à Mme B un récépissé l'autorisant à travailler, puis un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans des délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULa présidente,

Signé

E. ROLIN

La greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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