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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301740

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301740

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2023, M. B A, représenté par

Me Constant, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail et de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, d'une part, la somme de 1.500 euros à lui payer sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, d'autre part, la somme de 1.500 euros à payer à Me Constant en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

- le refus de séjour est entaché d'incompétence et insuffisamment motivé ; il est pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont entachés d'une appréciation manifestement erronée de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire est fondée sur un refus de séjour illégal ;

- la décision fixant le pays de renvoi est fondée sur une mesure d'éloignement illégale et prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée le 14 septembre 2023 au préfet de la Guyane, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Né le 7 février 1992, M. A justifie par les mentions de son carnet de vaccination être entré en France au plus tard en juillet 2016, à l'âge de vingt-quatre ans. Il vit maritalement avec une Française et leur fille née en 2019. La communauté de vie des concubins, leur domiciliation commune rue des Maracudja à Matoury et les liens entre M. A et sa fille sont établis par le courrier circonstancié adressé au préfet le 13 juillet 2023 par la mère, l'attestation d'hébergement depuis le 5 mai 2018, le certificat rédigé par un médecin le 22 août 2023, puis par plusieurs factures et pièces administratives. Dans les circonstances de l'affaire, en dépit des attaches de M. A en Haïti où réside à tout le moins son père, le refus de séjour et la mesure d'éloignement portent une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de ces décisions et, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

4. Si M. A demande qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour par application des dispositions de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce texte n'est, en vertu de l'article L.651-4 du même code, pas applicable en Guyane. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée implique nécessairement, sur le fondement des dispositions de l'article L.911-1 du code de justice administrative, la délivrance à M. A d'une autorisation provisoire de séjour, puis d'un titre de séjour. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet d'y procéder dans des délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

5. La possibilité d'obtenir le versement d'une somme sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, réservée à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, suppose que l'étranger ou son avocat ait effectivement demandé l'aide et que cette aide lui ait été accordée. En l'espèce, alors qu'aucune demande d'aide juridictionnelle n'a été présentée, les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent être accueillies. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros à payer à M. A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté pris le 3 juillet 2023 par le préfet de la Guyane à l'encontre de M. A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour, puis un titre de séjour, dans les délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1.200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULa présidente,

Signé

E. ROLIN

La greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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