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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301743

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301743

jeudi 24 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2023, M. B A C, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler et, dans l'attente, sans délai de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A C soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence de sa signataire ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Topsi, conseillère.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant brésilien, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 1987. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 mars 2023, le préfet de la Guyane a opposé un refus à sa demande. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance./ Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. (). ".

3. D'autre part, aux termes de L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "

4. M. A C, ressortissant brésilien, né le 17 novembre 1987, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 1987. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Guyane a fondé son refus de renouveler son titre de séjour sur l'unique motif tiré de ce que sa présence constituerait une menace pour l'ordre public dès lors que l'intéressé a été condamné le 20 février 2018 par le tribunal correctionnel de Cayenne pour des faits datés de 2016, d'atteinte sexuelle par un majeur sur mineur de quinze ans et de soustraction d'enfant par un tiers sans fraude ni violence, à un an d'emprisonnement avec sursis. L'atteinte portée par la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour, au droit à la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être appréciée au regard de la nature et de l'intensité de la vie privée et familiale de l'intéressé sur le territoire national. A cet égard, M. A C justifie de sa présence sur le territoire à compter de 1992, date à compter de laquelle il a été scolarisé sur le territoire français, jusqu'en 2004. Il a bénéficié de titres de séjour et de récépissés à de multiples reprises à compter de l'année 2009. En outre, M. A C est célibataire et sans enfant. Il fait valoir que sa mère est présente sur le territoire, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, accompagnée de son beau-père, ressortissant français, avec lesquels il a grandi. Il fait valoir être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine qu'il a quitté alors qu'il était bébé. Enfin, il démontre avoir exercé plusieurs activités professionnelles à compter de 2009, notamment en intérim en tant que magasinier ou manutentionnaire. Il travaille en qualité d'ouvrier polyvalent au sein d'une entreprise de construction depuis le mois d'avril 2021. Son contrat a été prolongé pour une durée indéterminée en septembre 2021. Compte tenu de la durée de sa présence sur le territoire, en situation régulière, de l'ancienneté des faits pour lesquels il a été condamné et de ses efforts de réinsertion, M. A C est fondé à soutenir que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être accueillis.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que la décision du 6 mars 2023 par laquelle le préfet de la Guyane a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B A C doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à M. B A C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux semaines à compter de cette même date.

Sur les frais liés à l'instance

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 mars 2023 du préfet de la Guyane est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A C dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux semaines à compter de cette même date.

Article 3 : L'Etat versera à M. A C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2025 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Topsi, conseillère,

Mme Lebel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2025.

La rapporteure,

Signé

M. TOPSILe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

S. PROSPER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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