jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2301821 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2023, Mme B A C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, puis de lui délivrer le titre de séjour sollicité, subsidiairement de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir.
Mme A C soutient que :
- le refus de l'admettre au séjour est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ; il est pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions des articles L.423-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la mesure d'éloignement et la décision fixant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence.
Par un courrier du 18 novembre 2024, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi, décisions inexistantes.
La requête a été communiquée le 27 septembre 2023 au préfet de la Guyane, qui n'a pas produit d'observations. Il a produit une pièce le 22 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante dominicaine, conteste l'arrêté du
1er août 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui aurait fait obligation de quitter le territoire français et aurait fixé le pays de renvoi.
Sur l'étendue du litige :
2. L'arrêté versé au dossier se borne à refuser l'admission au séjour de
Mme A C. Il en résulte que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi, décisions inexistantes, ne sont pas recevables.
Sur la légalité du refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, si le préfet n'a pas fait état de la précédente admission au séjour de Mme A C en qualité de conjoint de Français, ce qui n'est d'ailleurs pas établi, cette circonstance ne révèle pas le défaut d'examen sérieux de la demande.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.
5. Née le 17 août 1967, Mme A C allègue être entrée irrégulièrement en France en mars 2017 à l'âge de quarante-neuf ans, mais n'en justifie pas. Si elle invoque la présence de sa fille majeure de nationalité française, elle peut poursuivre sa vie privée et familiale hors de France, notamment en République Dominicaine où elle a vécu l'essentiel de sa vie. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu en outre, des conditions de séjour de l'intéressée qui n'a pas déféré à une précédente obligation de quitter le territoire prononcée en 2018, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En dernier lieu, il ressort du formulaire signé le 20 septembre 2022 que
Mme A C a sollicité son admission au séjour sur le seul fondement des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que les dispositions de l'article L.423-1 du même code fixant les conditions d'admission au séjour du conjoint d'un ressortissant français ne peuvent utilement invoquées, dès lors que le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur ce fondement.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er août 2023. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
Mme Topsi, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
M.T. LACAULe président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
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