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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301860

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301860

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301860
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBARRIQUAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2023, Mme B D, représentée par Me G, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'arrêté du 20 mars 2023, par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé son pays d'origine pour destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- l'urgence est présumée dès lors que la mesure d'éloignement peut être mise en œuvre à tout moment ;

- plusieurs moyens sont susceptibles de faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision à savoir, l'incompétence du signataire de la décision attaquée, l'erreur de fait, la violation de l'article 423-23 du CESEDA et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors notamment que son compagnon et père de son enfant est malade et qu'il bénéficie d'un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2301859 par laquelle Mme D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 24 octobre 2023 à 10 heures 30, en présence de Mme Prosper, greffière d'audience, M. F, statuant en qualité de juge des référés, a lu son rapport et entendu les observations de Me Seube, substituant Mme G, pour Mme D et celles de M. C, pour le préfet de la Guyane.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. Mme D, ressortissante haïtienne née le 15 septembre 1989, demande au juge des référés de suspendre l'exécution, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, de l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français.

4. D'une part, la condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation de la requérante ou aux intérêts qu'elle entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'étranger.

5. La décision attaquée fait obligation à Mme D de quitter le territoire français. La perspective d'une mise en œuvre à tout moment de la mesure d'éloignement ainsi décidée est de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Ainsi, la condition de l'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code précité doit être regardée comme remplie.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est arrivée sur le territoire français en août 2020 avec son compagnon M. E et que leur enfant commun, le jeune A, est né à Saint-Laurent du Maroni le 7 octobre suivant. M. E, porteur du VIH et pris en charge à l'hôpital de Cayenne, s'est vu délivrer un titre de séjour vie privée et familiale valable du 18 novembre au 17 novembre 2023. A la date de la décision attaquée, soit le 20 mars 2023, le compagnon de la requérante et celle-ci, ainsi que l'enfant, ont leur domicile à la Croix Rouge selon une attestation de la directrice de la domiciliation du 22 décembre 2023. Ces éléments sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées au regard tant des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, Mme D est fondée à demander la suspension de l'exécution, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal, de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 20 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La présente ordonnance implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Guyane procède au réexamen de la situation administrative de Mme D dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'il la munisse sous quinze jours, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu d'admettre provisoirement Mme D à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pierre, avocat de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pierre de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à Mme D.

O R D O N N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à Mme D.

Article 2 : L'arrêté du 20 mars 2023 du préfet de la Guyane obligeant Mme D à quitter le territoire français est suspendu jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation dirigée contre la même décision.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la situation de Mme D dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente et sous quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me G renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me G, avocate de Mme D, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à Mme D.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 27 octobre 2023.

Le président,

Signé

O. F

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

S. PROSPER

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