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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301885

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301885

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHARLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Charlot, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision préfectorale du 18 aout 2023, par laquelle le Préfet de Guyane rejette sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Guyane de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention vie privée et familiale, dans le délai de 2 mois du jugement à intervenir, et sous huit jours un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-1 du Code de justice administrative.

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement ;

- plusieurs moyens sont susceptibles de faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, à savoir :

le défaut de motivation, le défaut d'examen approfondi de sa situation ;

la méconnaissance des articles L. 423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors notamment qu'il réside sur le territoire français depuis 2011, qu'il est père d'un enfant français orphelin de mère et qu'il travaille dans le cadre d'un CDI ;

La décision est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le Préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2301746 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 24 octobre 2023 en présence de Mme Prosper, greffière, le rapport de M. Guiserix, juge des référés, et les observations de Me Charlot pour M. B, qui précise qu'il s'agit bien d'un renouvellement de titre, et celles de M. A, pour le préfet de la Guyane.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; qu'enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

Sur la demande de suspension :

2. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. M. B, ressortissant haïtien né en 1990, présent sur le territoire depuis 2011 selon ses déclarations, demande au juge des référés de suspendre l'exécution jusqu'à ce qu'il soit statué au fond de l'arrêté du 18 août 2023, par lequel le préfet de la Guyane a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

3. D'une part, la condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'étranger. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

4. M. B a été titulaire de plusieurs récépissés successifs, le dernier ayant été valable jusqu'au 23 août 2023. Le refus de titre de séjour place le requérant en situation irrégulière et le prive de la possibilité de poursuivre l'intégration entamée depuis son arrivée sur le territoire français, ainsi que des revenus tirés de son activité professionnelle, étant précisé qu'il est le seul représentant légal de son enfant français. Ainsi, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code précité doit dans les circonstances particulières de l'espèce, être regardée comme remplie.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B doit être regardé comme justifiant résider en France depuis l'année 2011. Il est père d'un enfant français né le 9 décembre 2013 à Cayenne et dont la mère est décédée le 14 janvier 2023. L'intéressé travaille au sein de l'entreprise Construction modulaire indépendant (CMI) en qualité d'ouvrier polyvalent dans le cadre d'un CDI. Si, ainsi qu'il est relevé, le requérant est connu des services de gendarmerie pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et assurance et pour recel de bien provenant d'un vol en 2015, cette circonstance, qui n'est à l'origine d'aucune condamnation, doit être examinée au regard des éléments invoqués par le requérant, à savoir la durée continue de son séjour en France, son intégration par le travail, les liens de famille, à savoir son fils, qu'il a sur le territoire.

6. Par ailleurs, il est dans l'intérêt supérieur de l'enfant français vivant en France, dont M. B est le père, qu'il soit tenu compte de la présence de celui-ci sur le territoire français.

7. Dans ces conditions, ces éléments sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal, du refus de délivrance de titre de séjour, prononcée à son encontre le 18 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente ordonnance implique, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Guyane procède à un nouvel examen de la situation administrative de M. B dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'il le munisse sous huit jours, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La décision portant refus de titre de séjour prise le 18 août 2023 par le préfet de la Guyane à l'encontre de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande au principal.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente et sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : l'Etat versera à M. B la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet de la Guyane.

Rendue publique part mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

Le juge des référés,

Signé

O. Guiserix

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

S. PROSPER

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