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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301917

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301917

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMORAGA ROJEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 14 octobre 2023 et

19 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Moraga Rojel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros au titre des articles

L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- le refus de séjour et la mesure d'éloignement sont insuffisamment motivés ; ils ont été pris en méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le refus de séjour est fondé sur des faits matériellement inexacts et pris en méconnaissance des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense et une pièce, enregistrés les 12 décembre 2023 et

1er juillet 2024, le préfet de la Guyane représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Le préfet de la Guyane a présenté une pièce le 21 novembre 2024.

Par un courrier du 22 novembre 2024, les parties ont été informées que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement sont privées d'objet compte tenu de la délivrance d'un récépissé valable du 25 octobre 2024 au 24 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau et les observations de Me Moraga Rojel ont été entendus au cours de l'audience publique, le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. Il ressort des pièces du dossier que postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet a délivré à Mme A un récépissé valable du 25 octobre 2024 au 24 mars 2025. Cette décision a eu pour effet d'abroger l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, les conclusions de Mme A dirigées contre cette décision et ses conclusions tendant au réexamen de sa situation sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer. En revanche, la délivrance de ce document n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions dirigées contre le rejet de la demande de carte de séjour.

2. Si le préfet indique avoir pris en compte les déclarations de l'intéressée " de telle sorte qu'elle ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ", la légalité d'un acte administratif s'appréciant de manière objective, la révélation ex post d'un fait contemporain de cet acte peut conduire à le regarder comme illégal, quand bien même l'administration pouvait légitimement l'édicter au vu des informations dont elle disposait alors.

3. Mme A a une fille née le 12 septembre 2019 de sa relation avec un ressortissant haïtien. Pour rejeter sa demande de carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", le préfet a notamment relevé que le père de l'enfant résidant en Haïti, la cellule familiale pouvait se reconstituer hors de France. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que ce ressortissant haïtien, qui réside à Saint-Laurent du Maroni, bénéficiait, à la date de l'arrêté contesté d'une carte de séjour pluriannuelle pour la période du 7 janvier 2023 au 6 janvier 2025. Mme A produit notamment une attestation circonstanciée établie par le père le

26 septembre 2023, des attestations de prise en charge de l'assurance scolaire de l'enfant, une attestation d'ouverture d'un livret A à son nom, une attestation du pédiatre certifiant la présence du père lors des consultations, la carte familiale d'admission du père à l'aide médicale de l'Etat et des attestations de droits à l'assurance maladie mentionnant l'enfant au nombre des bénéficiaires. Compte tenu de la nature du titre sollicité, le refus d'admission au séjour est entaché d'une erreur de fait au caractère déterminant. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, Mme A est fondée à demander l'annulation de cette décision.

4. Eu égard à son motif, l'annulation prononcée n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à Mme A. Les conclusions à fin d'injonction présentées à cette fin ne peuvent, dès lors, être accueillies.

5. La requérante ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le

18 août 2023, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à payer à Me Moraga Rojel, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A dirigées contre la mesure d'éloignement prise à son encontre le 7 avril 2023 par le préfet de la Guyane et ses conclusions à fin d'injonction de réexamen de sa situation.

Article 2 : L'article 1er de l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé d'admettre Mme A au séjour est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Moraga Rojel la somme de 900 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Topsi, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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