jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2302086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Pigneira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, puis une carte de séjour temporaire, subsidiairement de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles
L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. B soutient que :
- le refus de séjour et la mesure d'éloignement sont insuffisamment motivés ; ils ont été pris sans qu'il ait reçu l'information prévue par l'article R.311-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L.423-23 du code et s'est livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences des décisions sur sa situation personnelle ;
- la mesure d'éloignement est fondée sur des faits matériellement inexacts.
La requête a été communiquée le 23 novembre 2023 au préfet de la Guyane, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
2. En premier lieu, les dispositions de la loi du 11 juillet 1979, abrogées à compter du 2 janvier 2016, ne peuvent être utilement invoquées. Celles du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisent le prononcé d'une mesure d'éloignement à l'encontre de l'étranger dont la demande d'asile a été rejetée par une décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile. Le préfet a visé ces dispositions, qui font référence aux articles L.542-1 et L.542-2 du même code, d'où il résulte que le droit du demandeur d'asile de se maintenir en France prend fin à compter du rejet de sa demande par la Cour nationale du droit d'asile. Il a fait état du rejet de la demande d'asile présentée le
20 décembre 2022 par M. B par une décision rendue le 30 janvier 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides notifiée le 1er février suivant, puis a indiqué que l'intéressé n'avait pas sollicité de titre de séjour sur un autre fondement. Le préfet a ainsi mis à même M. B de connaître les éléments de fait et de droit fondant tant le refus de séjour, dont la motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, que la mesure d'éloignement, dont la motivation est conforme aux prescriptions du premier alinéa de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'argumentation relative au bien-fondé des décisions en cause est sans incidence sur la régularité de ces actes.
3. En deuxième lieu, les dispositions de l'article R.311-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogées à compter du 1er mai 2021, ne peuvent être utilement invoquées. Le requérant peut, toutefois, être regardé comme ayant entendu se prévaloir de celles de l'article L.431-2 du même code aux termes desquelles : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile () l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret () ".
4. A la supposer établie, la méconnaissance de l'obligation d'information prévue par ces dispositions, qui a seulement pour effet de rendre inopposables les délais prévus par l'article D.431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour déposer une demande d'admission au séjour sur d'autres fondements, est sans incidence sur la légalité des décisions en litige.
5. En troisième lieu, à l'appui du moyen tiré de l'erreur de fait, le requérant se borne à faire valoir qu'il n'a pas été mis à même d'exposer les éléments de sa situation personnelle, alors que le préfet, qui se bornait à tirer les conséquences du rejet de sa demande d'asile, n'était pas tenu de prendre en compte d'autres éléments. Il ne ressort ni des mentions de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet se serait fondé sur des faits matériellement inexacts.
6. En quatrième lieu, en vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.
7. M. B invoque la présence de " son concubin et de son fils de 4 ans scolarisé en France ", mais n'en justifie pas. Il n'apporte en tout état de cause aucune précision sur la situation et le cas échéant sur le droit au séjour de la mère de son enfant. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant fait une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'ailleurs inopérantes à l'encontre du refus d'admission au séjour, qui n'est pas pris sur ce fondement.
8. En cinquième lieu, dans les circonstances exposées aux points précédents, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences du refus de séjour et de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. En dernier lieu, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant le droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ne peuvent être utilement invoquées par M. B à l'encontre de la décision refusant de l'admettre au séjour et de la mesure d'éloignement, qui n'ont par elles-mêmes ni pour objet ni pour effet de le renvoyer dans son pays d'origine.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 février 2023. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
Mme Lebel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
M.T. LACAULe président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
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