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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400036

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400036

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Pépin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 20 septembre 2019 sur sa demande d'admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale, subsidiairement de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, puis de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre dau titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B invoque le défaut de motivation, l'irrégularité de la procédure, puis la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles des dispositions des articles L.423-23 et L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Le préfet de la Guyane, à qui la requête a été communiquée le 12 janvier 2024, n'a pas produit d'observations en dépit de la mis en demeure adressée par un courrier du

9 septembre suivant sur le fondement de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes des dispositions de l'article R.311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance () de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Il résulte des dispositions combinées des articles R. 311-12 et R. 311-12-1 alors en vigueur du même code que le silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur les demandes de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet.

2. Suite à l'enregistrement de sa demande de carte de séjour portant la mention "vie privée et familiale", M. B, ressortissant haïtien, a bénéficié d'un récépissé le 20 mai 2019. En l'absence de réponse dans un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet est née le

20 septembre suivant, alors même que l'intéressé s'est vu délivrer plusieurs autres récépissés les

11 décembre 2020, 13 septembre 2021, 13 juin 2022, 13 mars 2023, 19 septembre 2023 et

20 décembre 2023. M. B conteste cette décision implicite de rejet.

3. En vertu des dispositions combinées des articles L.112-6 et R.112-5 du code des relations entre le public et l'administration, les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande adressée à l'administration en l'absence d'un accusé de réception comportant la mention de la date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée, la désignation et les coordonnées du service chargé du dossier, puis l'indication selon laquelle la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite d'acceptation ou à une décision implicite de rejet et dans ce dernier cas, la mention des délais et les voies de recours.

4. En vertu de l'article L.211-2 du même code, les personnes ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables les concernant, notamment des mesures de police administrative. L'article L.211-5 dudit code prévoit que cette motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. Aux termes de l'article L.232-4 : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. ".

5. Par un courriel du 11 janvier 2024 resté sans réponse, adressé dans le délai de recours contentieux, qui n'a pu courir en l'absence d'accusé de réception, M. B a sollicité la communication des motifs de la décision implicite née le 20 septembre 2019. En l'absence de réponse, le refus de séjour implicitement opposé est entaché d'un défaut de motivation. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision.

6. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée implique seulement, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, la délivrance d'un récépissé à M. B en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le réexamen de sa demande d'admission au séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans des délais respectifs de quinze jours et deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir ces injonctions d'une astreinte. En revanche, compte tenu du fondement de la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, ni l'article R.431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant non invoqué, établissant la liste des titres de séjour dont le récépissé autorise le titulaire à travailler, ni aucun autre texte ne font obligation au préfet d'assortir le récépissé d'une autorisation de travail.

7. Le requérant ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 14 août 2023, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en l'espèce, de condamner l'Etat à payer à Me Pépin la somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née le 20 septembre 2019 du silence gardé par le préfet de la Guyane sur la demande d'admission au séjour de M. B enregistrée le 20 mai 2019 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer un récépissé à M. B, puis de réexaminer sa demande dans des délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pépin la somme de 900 euros au titre des articles 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Rolin, présidente-assesseure,

Mme Lacau, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

4

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