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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400066

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400066

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMORAGA ROJEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 19 janvier 2024 et le 22 mai 2024, M. A B, représenté par Me Moraga Rojel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine assortie d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît le principe général du droit européen du droit d'être entendu ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen préalable et particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 7 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 22 février 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deleplancque ;

- et les observations de Me Moraga Rojel, représentant M. B.

Le préfet de la Guyane n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né en 1994, est entré en France en 2006 selon ses déclarations. Le 4 janvier 2024, alors que l'intéressé était placé sous écrou et libérable à compter du 13 janvier 2024, le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour obliger M. B à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et lui interdire le retour sur le territoire pour une durée de trois ans, le préfet de la Guyane s'est notamment fondé sur la circonstance selon laquelle il serait entré irrégulièrement sur le territoire français en 2016. Toutefois, l'intéressé justifie de sa présence en France au moins depuis l'année 2007, date à laquelle il a débuté sa scolarité au sein du collège Gérard Holder à Cayenne. Dès lors qu'il repose sur des faits matériellement inexacts, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du préfet de la Guyane du 4 janvier 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de M. B, dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans l'attente de ce réexamen, il est également enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

5. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement, au titre des dispositions précitées, d'une somme de 900 euros à Me Moraga Rojel, qui renoncera à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 janvier 2024 du préfet de la Guyane est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

Article 3 : L'Etat versera à Me Moraga Rojel la somme de 900 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Moraga Rojel renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Guyane.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. DELEPLANCQUE

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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