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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400215

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400215

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantPIALOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2024, M. B A, représenté par Me Pialou Aurélie, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence ;

- il a été adopté au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas justifié du respect des dispositions de l'article R.40-29 du code de procédure pénale ;

- il est entaché d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'OQTF est entachée de défaut de base légale ;

- il méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré en France en 2007, à l'âge de 11 ans ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors notamment qu'il s'occupe de ses quatre filles et qu'il est en lien constant avec les autres membres de sa famille présents en France et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2400214 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de M. C, les observations de Me Pialou, pour M. A ; M. D pour le préfet de la Guyane.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte du premier alinéa de l'article L.521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sur le fondement de ces dispositions, M. A, ressortissant guyanien, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

2. Alors que l'urgence doit, en principe, être constatée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour, le préfet de la Guyane ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption.

3. Né le 10 mars 1996 à Georgetown (Guyana), M. A est entré en France en 2007, à l'âge de onze ans. L'intéressé est père de quatre enfants, nés en 2014, 2016, 2019 et 2022, dont deux sont de nationalité française. Il a bénéficié de deux titres de séjour et en a sollicité le renouvellement sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Le préfet de la Guyane relève que M. A a été condamné le 28 janvier 2020 par le tribunal correctionnel de Cayenne à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence aggravés par deux circonstances et est inscrit au fichier des traitements des antécédents judiciaires pour plusieurs autres infractions. Toutefois, compte tenu notamment du jeune âge, à savoir 11 ans, auquel M. A est entré en France et de ses attaches en Guyane où résident son épouse de nationalité française, ainsi que ses quatre enfants, dont deux sont français, et pour lesquels il est attesté qu'il contribue à l'entretien et l'éducation, les moyens tirés de l'atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale garanti par les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité du refus de séjour.

5. Les deux conditions prévues par l'article L.521-1 du code de justice administrative étant réunies, M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.

6. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement la délivrance à

M. A d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Guyane de délivrer ce récépissé dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à payer à M. A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français, est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision, une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 900 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. C

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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