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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2000980

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2000980

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2000980
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre ter
Avocat requérantCERVEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 septembre 2020 et le 26 avril 2022, la société GTA Mayotte, représentée par Me Cerveaux, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer, aux torts exclusifs du syndicat mixte d'eau et d'assainissement de Mayotte (SMEAM), la résiliation du lot n° 2 du marché de travaux de renforcement des réseaux d'adduction d'eau potable du sud dans le village de Sada, relatif à la création d'une station de pompage, conclu le 25 mars 2015 ;

2°) de condamner le SMEAM à lui verser la somme de 44 628,35 euros, au titre des retenues de garantie prélevées sur les situations de travaux nos 1 à 6 ;

3°) d'enjoindre au SMEAM de procéder à la constatation contradictoire et à la réception des travaux exécutés, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner le SMEAM à verser aux sociétés IBS et Mayotte armature industrie les sommes respectives de 55 000 euros et 22 000 euros, en exécution des cessions de créances acceptées par le maître de l'ouvrage, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du prononcé du jugement ;

5°) de condamner le SMEAM à lui verser une somme de 21 055,69 euros et à ses sous-traitants MA Route, Etanchéité australe, Société mahoraise de rénovation (SMR) et Alizé métal, les sommes respectives de 1 413,93 euros, 240,72 euros, 139,55 euros et 593,08 euros, à parfaire, au titre des intérêts moratoires arrêtés au 15 juillet 2020 et des indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement dus suite au paiement tardif des situations de travaux nos 1 à 5 ;

6°) de condamner le SMEAM à verser à la société Hydrotech une somme de 19 903,01 euros, à parfaire, au titre des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement dus suite au paiement tardif à ce sous-traitant de la situation n° 6 ;

7°) de mettre à la charge de du SMEAM une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- tandis que les travaux sont interrompus depuis le 31 août 2018, du fait du maître de l'ouvrage, le SMEAM n'a, ni décidé leur arrêt ou ajournement, ni opposé de motif d'intérêt général à la demande de résiliation qu'elle a formulée le 30 janvier 2020, réitérée le 15 juillet 2020 ; en l'absence de clause contractuelle prévoyant une dérogation à l'article 48 du CCAG-Travaux et à défaut d'accord entre les parties, la résiliation du marché à la demande du titulaire, justifiée par les manquements fautifs du maître de l'ouvrage à ses obligations contractuelles, ne peut être prononcée que par le juge du contrat ;

- il appartient au SMEAM, qui a accepté des cessions de créances au profit des sociétés IBS et Mayotte armature industrie (MAI), fournisseurs de GTA Mayotte, de leur régler les sommes respectives de 55 000 euros et 22 000 euros, au titre des situations nos 3, 4 et 5 ;

- en raison des retards de paiement des situations de travaux n° 1 à 5, le SMEAM lui est redevable des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement qui s'élèvent au 15 juillet 2020 à un total de 21 055,69 euros, sauf à parfaire ;

- en raison des retards de paiement des mêmes situations de travaux, le SMEAM est redevable aux sous-traitants MA Route, Etanchéité australe, Société mahoraise de rénovation (SMR) et Alizé métal, des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement qui, au 15 juillet 2020 s'élèvent respectivement à 1 413,93 euros, 240,72 euros, 139,55 euros et 593,08 euros, sauf à parfaire ;

- le SMEAM est redevable à la société Hydrotech, sous-traitant des travaux de fourniture et de pose des équipements électromécaniques, d'une somme de 19 903,01 euros au titre des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement en raison du paiement tardif de sa facture du 13 novembre 2018 de 100 000 euros, qui lui a été réglée le 4 janvier 2021.

Une mise en demeure de produire a été adressée le 8 février 2021 au syndicat mixte d'eau et d'assainissement de Mayotte, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 2 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ramin, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 25 mars 2015, le syndicat intercommunal d'eau et d'assainissement de Mayotte (SIEAM) a confié à la société GTA Mayotte le lot n° 2 du marché de travaux de renforcement des réseaux d'adduction d'eau potable du sud dans le village de Sada, relatif à la " création d'une station de pompage ". Le SIEAM n'ayant pas fait procéder à la réalisation de travaux distincts nécessaires à la poursuite de l'exécution du marché, celle-ci a été interrompue au mois d'août 2018. En l'absence d'évolution depuis cette date, la société GTA Mayotte a, par deux courriers des 30 janvier et 15 juillet 2020, demandé au syndicat mixte d'eau et d'assainissement de Mayotte (SMEAM), venu aux droits du SIEAM depuis le 1er janvier 2020, de prononcer la résiliation du marché, en l'état d'achèvement des travaux. Dans le silence du maître de l'ouvrage, la société GTA Mayotte demande au tribunal de prononcer la résiliation du contrat aux torts exclusifs du SMEAM et de le condamner au paiement des sommes restant dues au titulaire et aux sous-traitants en exécution du contrat.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 8 février 2021 par le greffe du tribunal, le SMEAM n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction à la requérante.

Sur la résiliation du contrat :

4. Le cocontractant lié à une personne publique par un contrat administratif est tenu d'en assurer l'exécution, sauf en cas de force majeure, et ne peut notamment pas se prévaloir des manquements ou défaillances de la personne publique pour se soustraire à ses propres obligations contractuelles ou prendre l'initiative de résilier unilatéralement le contrat. Il est toutefois loisible aux parties de prévoir, dans un contrat qui n'a pas pour objet l'exécution même du service public, les conditions auxquelles le cocontractant de la personne publique peut résilier le contrat en cas de méconnaissance par cette dernière de ses obligations contractuelles. Cependant, dans ce cas, le cocontractant ne peut procéder à la résiliation sans avoir mis à même, au préalable, la personne publique de s'opposer à la rupture des relations contractuelles pour un motif d'intérêt général, tiré notamment des exigences du service public. Lorsqu'un motif d'intérêt général lui est opposé, le cocontractant doit poursuivre l'exécution du contrat. Un manquement de sa part à cette obligation est de nature à entraîner la résiliation du contrat à ses torts exclusifs. Il est toutefois loisible au cocontractant de saisir le juge, dans le silence de la personne publique ou lorsqu'il conteste le motif d'intérêt général qui lui est opposé, afin d'obtenir la résiliation du contrat. Il appartient alors au juge, lorsqu'il constate l'existence de manquements fautifs de la personne publique, d'en apprécier l'importance et les conséquences, après avoir vérifié qu'ils sont de ceux que le cocontractant peut, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, invoquer devant lui. Il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces manquements et en tenant compte de l'objectif de stabilité des relations contractuelles, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, éventuellement sous réserve de mesures de régularisation prises par la personne publique ou convenues entre les parties, soit de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, la résiliation du contrat.

5. Aux termes de l'article 49.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 : " 49.1.1. L'ajournement des travaux peut être décidé par le représentant du pouvoir adjudicateur. Il est alors procédé, suivant les modalités indiquées à l'article 12, à la constatation des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés et des matériaux approvisionnés. / Le titulaire, qui conserve la garde du chantier, a droit à être indemnisé des frais que lui impose cette garde et du préjudice qu'il aura éventuellement subi du fait de l'ajournement. / Une indemnité d'attente de reprise des travaux peut être fixée suivant les modalités prévues aux articles 14.3. et 14.4. / 49.1.2. Si, par suite d'un ajournement ou de plusieurs ajournements successifs, les travaux ont été interrompus pendant plus d'une année, le titulaire a le droit d'obtenir la résiliation du marché, sauf si, informé par écrit d'une durée d'ajournement conduisant au dépassement de la durée d'un an indiquée ci-dessus, il n'a pas, dans un délai de quinze jours, demandé la résiliation. ".

6. Aux termes de l'article 49.2 du même cahier : " 49.2.1. Au cas où deux acomptes successifs n'auraient pas été payés, le titulaire peut, trente jours après la date de remise du projet de décompte pour le paiement du deuxième de ces acomptes, prévenir, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, le représentant du pouvoir adjudicateur de son intention d'interrompre les travaux au terme d'un délai d'un mois. / Si, dans ce délai, il n'a pas été notifié au titulaire, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une décision ordonnant la poursuite des travaux, le titulaire peut les interrompre. / () 49.2.3. Au cas où le titulaire a régulièrement interrompu les travaux en application de l'article 49.2.1, les délais d'exécution des prestations sont de plein droit prolongés du nombre de jours compris entre la date de l'interruption des travaux et celle du paiement des acomptes en retard. Si le paiement du premier au moins des acomptes en retard n'est pas intervenu dans le délai de six mois après l'interruption effective des travaux, le titulaire a le droit de ne pas les reprendre et de demander par écrit la résiliation du marché. ".

7. En application de l'article 7 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) relatif aux pièces constitutives du marché en cause, le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-Travaux) approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 est applicable au marché conclu entre le SIEAM et la société GTA Mayotte. L'article 47 du CCAP précise que ses clauses ne dérogent pas au CCAG-Travaux en ce qui concerne les modalités de résiliation du marché. Or, si en vertu de l'article 46.2.1 de ce CCAG, la résiliation du fait du représentant du pouvoir adjudicateur ne peut être refusée au titulaire du contrat qui la sollicite en raison de la tardiveté de l'ordre de service de démarrage des travaux, le marché ne peut, en cours d'exécution, être résilié à la demande du titulaire qu'après ajournement ou interruption des travaux décidés par le représentant du pouvoir adjudicateur, ou interruption régulière des travaux par le titulaire, dans les conditions prévues à l'article 49 de ce cahier. Selon les stipulations précitées de l'article 49.1, en cas d'ajournement ou de plusieurs ajournements successifs, ouvrant droit à indemnité, les travaux ont été interrompus pendant plus d'une année, la résiliation est obtenue de droit, sauf si elle n'est pas demandée dans un délai de quinze jours suivant l'information écrite d'un ajournement conduisant au dépassement de la durée d'un an. Selon les stipulations de l'article 49.2 du même cahier, le titulaire peut, en cas d'acomptes successifs impayés et sous certaines conditions, interrompre les travaux puis, à défaut de paiement dans un délai de six mois, s'abstenir de toute reprise et demander la résiliation du marché.

8. Le lot n° 2 du marché conclu le 25 mars 2015 entre le SIEAM et la société GTA Mayotte prévoyait une durée d'exécution de huit mois, à compter de la date figurant sur l'ordre de service qui lui a été notifié le 12 octobre 2015. Une partie des terrains concernés ayant été vendue par la commune de Sada, le projet de station a été déplacé sur un autre site et le début de la phase préparatoire retardé. Le chantier de construction a ensuite démarré le 2 mai 2018. Les acomptes correspondant aux situations de travaux des mois de décembre 2017, mai et juin 2018 ne lui ayant pas été réglés, la société GTA Mayotte a, par mise en demeure du 31 juillet 2018, concomitante à l'envoi de sa situation du mois de juillet 2018, annoncé son intention d'arrêter le chantier au terme d'un délai d'un mois. En l'absence d'ordre de poursuite notifié dans ce délai, elle a régulièrement interrompu les travaux le 31 août 2018, tandis que l'émission de la situation de travaux du mois d'août, compte tenu du dépassement du montant initial du marché ne pouvait être dressée avant la validation de l'avenant relatif au changement du site d'implantation, qui a dû être différée au mois d'octobre 2018 en raison de retards du maître de l'ouvrage. Le SMEAM ne conteste pas que le paiement tardif de ces acomptes successifs est intervenu entre le 11 mars 2019 et le 30 avril 2019, soit dans un délai supérieur à six mois après l'interruption effective des travaux. Les conditions prévues à l'article 49.2 du CCAG-Travaux étant ainsi réunies, la société GTA Mayotte a demandé la résiliation du contrat, qui dans ce cas toutefois, n'est pas de droit. Le SMEAM, qui n'a pas répondu à sa demande présentée le 30 janvier 2020 et réitérée le 15 juillet 2020, ne lui a opposé aucun motif d'intérêt général.

9. Il résulte de l'instruction que les travaux de construction de la station de pompage n'ont pu se poursuivre depuis la fin de l'année 2018, malgré la signature de l'avenant nécessaire, le SMEAM n'ayant pas fait procéder à la réalisation de la partie électrique de la station, qui n'était pas incluse dans le marché en cause, au raccordement au réseau d'alimentation en eau potable (AEP) et à la pose d'une nouvelle conduite de refoulement en PN25 sur 800 mètres linéaires. S'il appartient au pouvoir adjudicateur, en vertu des stipulations précitées de l'article 49.1 du CCAG-Travaux, de décider de l'ajournement des travaux, le SMEAM s'est abstenu de prendre une telle décision, alors même que, plus d'un an après l'interruption des travaux, il n'était toujours pas en mesure d'envisager la date de lancement des opérations annexes nécessaires. En l'absence d'ajournement ou d'ajournements successifs qui auraient pu ouvrir au titulaire le droit d'obtenir la résiliation du marché, et à défaut de clauses contractuelles dérogeant au CCAG-Travaux, le maître de l'ouvrage a implicitement rejeté la demande de résiliation que la société GTA Mayotte a réitérée près de deux ans après l'interruption des travaux. Le silence persistant du SMEAM quant à la possibilité de reprendre les travaux et à l'échéance d'une telle éventualité, son inertie à l'origine d'une prolongation de l'interruption au-delà d'un délai raisonnable, ainsi que ses retards importants et récurrents dans le paiement des situations de travaux, contreviennent à l'exigence de loyauté des relations contractuelles. Ces manquements fautifs du maître de l'ouvrage sont susceptibles de générer des préjudices financiers pour le titulaire et ses sous-traitants, du fait des immobilisations de retenues de garantie, de trésorerie et de matériels, outre le risque que les sous-traitants et cessionnaires recherchent le paiement de leurs créances auprès de la société GTA Mayotte.

10. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu notamment de l'état d'avancement des travaux, et eu égard à l'intérêt général qui s'attache au renforcement du réseau d'adduction d'eau potable dans la zone concernée et à la bonne gestion des deniers publics, la poursuite de l'exécution des travaux reste possible, sous réserve que le SMEAM, d'une part, accomplisse impérativement toutes diligences nécessaires en vue de faire procéder aux aménagements distincts indispensables à cette poursuite, d'autre part, s'accorde avec les entreprises sur la fixation d'un calendrier de reprise ou, à défaut, décide de l'ajournement des travaux. Par suite, il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, de prononcer la résiliation du marché en cause.

11. Par voie de conséquence, les conclusions de la société GTA Mayotte tendant, d'une part, à la condamnation du SMEAM à lui verser la somme de 44 628,35 euros au titre des retenues de garantie prélevées sur les situations de travaux n° 1 à 6, d'autre part, à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, au maître de l'ouvrage de procéder à la constatation contradictoire et à la réception des travaux exécutés, doivent être rejetées.

Sur les sommes restant dues par le SMEAM :

En ce qui concerne les créances cédées :

12. Il résulte de l'instruction que par deux actes du 19 avril 2018, la société GTA Mayotte a cédé, d'une part, une créance de 22 000 euros à la société Mayotte armature industrie (MAI), au titre de la fourniture d'aciers et treillis soudés pour le chantier du marché de construction de la station de pompage, d'autre part, une créance de 55 000 euros à la société IBS, au titre de la fourniture de béton prêt à l'emploi pour le même chantier. Si le SMEAM ne conteste pas avoir accepté ces cessions de créances, la société GTA Mayotte n'apporte aucun élément de nature à démontrer que les quantités de matériaux livrés et les factures et quittances émises au titre des situations de travaux nos 3, 4 et 5 justifieraient le paiement de l'intégralité des créances cédées. Par suite, les conclusions de la société GTA Mayotte tendant à la condamnation du maître de l'ouvrage à verser les sommes respectives de 22 000 euros et 55 000 euros aux sociétés MAI et IBS doivent être rejetées.

En ce qui concerne les intérêts moratoires et les indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement :

13. Aux termes de l'article 33 du CCAP du marché en cause : " Le paiement des sommes dues est effectué dans un délai global maximum de 60 jours. / Les conditions de mise en œuvre du délai maximum de paiement sont celles énoncées par la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 et le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013. / Le taux des intérêts moratoires prévu à l'article 8 du décret précité est égal au taux d'intérêt de la principale facilité de refinancement appliquée par la Banque Centrale Européenne à son opération de refinancement principal la plus récente, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. / En vertu de l'article 40 de la loi du 28 janvier 2013, le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros conformément à l'article 9 du décret du 29 mars 2013 ".

14. Aux termes de l'article 40 de la loi du 28 janvier 2013 portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière : " Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par décret. ". L'article 9 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique fixe le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement à 40 euros.

15. La société requérante réclame, au titre des intérêts moratoires arrêtés au 15 juillet 2020 et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement dus en raison du paiement tardif de ses situations de travaux nos 1 à 6, les sommes respectives de 21 055,69 euros, 1 413,93 euros, 240,72 euros, 139,55 euros et 593,08 euros, à son profit et pour ses sous-traitants MA Route, Etanchéité australe, Société mahoraise de rénovation (SMR) et Alizé métal. Il résulte de l'instruction que les sommes dues au principal sur les situations de travaux transmises au maître d'œuvre ont été payées au-delà du délai global de paiement. Il résulte des dispositions précitées de la loi du 28 janvier 2013 et du décret du 23 mars 2013, auxquels renvoie le CCAP du marché en cause, que ce retard fait courir des intérêts moratoires et fait naître pour chaque créance impayée une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dus de plein droit et sans autre formalité, qu'il appartient au pouvoir adjudicateur de verser au débiteur, en principe en même temps que le principal. Le SMEAM ne conteste, ni les dates de réception et de règlement de ces situations de travaux, ni leurs montants, tels qu'ils figurent dans le tableau de calculs produit par la société requérante, ni s'être abstenu de régler ces intérêts et indemnités. Par suite, il y a lieu de condamner le SMEAM à verser aux sociétés GTA Mayotte, MA Route, Etanchéité australe, SMR et Alizé métal, les intérêts moratoires et les indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement (IFFR) qui au 15 juillet 2020 leur sont dus respectivement à hauteur des sommes totales de 20 919,36 euros (dont 240 euros d'IFFR), 1 425,91 euros (dont 40 euros d'IFFR), 275,62 euros (dont 40 euros d'IFFR), 176,59 euros (dont 40 euros d'IFFR) et 620,52 euros (dont 40 euros d'IFFR), au titre des situations nos 1 à 6.

16. Par ailleurs, la société requérante demande, au titre des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement dus en raison du paiement tardif de la situation de travaux du mois d'octobre 2018 de la société Hydrotech, s'élevant à 100 000 euros, le versement à ce sous-traitant d'une somme de 19 903,01 euros que celui-ci réclame. Le SMEAM ne conteste pas les dates de réception et de règlement de la facture du 13 novembre 2018, ni son montant, ni s'être abstenu de régler les intérêts et indemnité payables de droit et sans autre formalité. Compte tenu des éléments portés à la connaissance du tribunal, le montant des intérêts moratoires dus en raison du paiement tardif de cette créance s'élève à 15 824,66 euros, auxquels s'ajoute l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le SMEAM à verser la somme totale de 15 864,66 euros à la société Hydrotech, à ce titre.

Sur les frais liés au litige :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du SMEAM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société GTA Mayotte et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le SMEAM est condamné à verser aux sociétés GTA Mayotte, MA Route, Etanchéité australe, Société mahoraise de rénovation et Alizé métal, les sommes respectives de 20 919,36 euros, 1 425,91 euros, 275,62 euros, 176,59 euros et 620,52 euros au titre des intérêts moratoires et des indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement qui leur sont dus en raison du paiement tardif des situations de travaux nos 1 à 6.

Article 2 : Le SMEAM est condamné à verser à la société Hydrotech la somme de 15 864,66 euros, au titre des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement qui lui sont dus en raison du paiement tardif de sa situation de travaux du mois d'octobre 2018.

Article 3 : Le SMEAM versera une somme de 1 500 euros à la société GTA Mayotte, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société GTA Mayotte est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société GTA Mayotte et au syndicat mixte d'eau et d'assainissement de Mayotte (SMEAM).

Copie en sera adressée au préfet de Mayotte, au directeur régional des finances publiques de Mayotte, au maire de la commune de Sada, et aux sociétés Hydrotech, MA Route, Etanchéité australe, Société mahoraise de rénovation (SMR), Alizé métal, IBS et Mayotte armature industrie (MAI).

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cornevaux, président,

M. Ramin, premier conseiller,

M. Seroc, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur,

V. RAMIN

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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