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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2001452

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2001452

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2001452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre ter
Avocat requérantEKEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2020, Mme A D B, représentée par Me Ekeu, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 novembre 2020 par laquelle le président de la chambre de commerce et d'industrie de Mayotte l'a exclue temporairement de ses fonctions pour une durée de deux mois ;

2°) de condamner la chambre de commerce et d'industrie de Mayotte à lui verser une somme de 10 000 euros, en réparation des préjudices subis du fait de cette procédure disciplinaire ;

3°) de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie de Mayotte une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la sanction :

- la commission paritaire régionale, dans sa formation disciplinaire réunie pour émettre un avis sur son cas, a été irrégulièrement constituée ;

- le délai de convocation, trop court, et le refus de reporter la séance ont préjudicié aux droits de la défense ;

- l'avis de la commission a été émis en méconnaissance du principe du contradictoire, en l'absence de confrontation entre les parties ;

- les mêmes faits, pour lesquels elle a déjà été suspendue de ses fonctions à compter du 9 octobre 2020, ne peuvent donner lieu à une nouvelle sanction ;

En ce qui concerne la réparation des préjudices subis :

- elle a subi un préjudice moral du fait, d'une part, de sa suspension de fonctions entre le 9 et le 27 octobre 2020, qui lui a été signifiée oralement et sans débat contradictoire, d'autre part, de la méconnaissance de ses droits à la défense et de l'humiliation ressentie face à la commission qui a exigé qu'elle présente des excuses à la partie adverse ;

- la privation de salaire depuis le 9 octobre 2020 est à l'origine d'un préjudice financier ;

- l'ensemble de ses préjudices doivent être réparés à hauteur de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2021, la chambre de commerce et d'industrie de Mayotte, représentée par Me De Freitas et le cabinet d'avocats Toinette et Saïd Ibrahim, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie, des chambres de commerce et d'industrie et des groupements consulaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ramin, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D B, agent statutaire de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Mayotte, exerce les fonctions de secrétaire régisseur au marché couvert de Mamoudzou. A la suite d'un incident survenu sur son lieu de travail le 9 octobre 2020, l'intéressée a été suspendue de ses fonctions à compter de cette même date et a fait l'objet d'une procédure disciplinaire. Par une décision du 5 novembre 2020, le président de la CCI a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions, sans rémunération, pour une durée de deux mois successifs. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner la CCI à la réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 37 du statut du personnel administratif des chambres régionales de commerce et d'industrie, approuvé par l'arrêté du 25 juillet 1997 visé ci-dessus : " Les sanctions prévues à l'article 36-2°, 3°, 4°, 5° et 6° sont prononcées par le Président de la Compagnie Consulaire ou son délégataire. Toutefois, l'exclusion temporaire sans rémunération pour une durée de seize jours à six mois maximum, la rétrogradation et la révocation doivent être prononcées après consultation de la Commission Paritaire Régionale. Cette commission est également consultée au cas où une nouvelle mesure d'exclusion temporaire est envisagée dans un délai d'un an. / Avant toute sanction prévue à l'article 36-2°, 3°, 4°, 5° et 6°, l'agent doit pouvoir prendre connaissance de son dossier, être informé des faits qui lui sont reprochés et pouvoir présenter sa défense devant le Président de la Commission Paritaire Régionale. Il peut se faire assister de tout défenseur de son choix. / Toute sanction doit être motivée et notifiée à l'agent par écrit ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6.2.5 du même statut, relatif au fonctionnement la commission paritaire régionale (CPR) : " Dans le respect des règles nationales ci-dessous, chaque Commission Paritaire Régionale élabore ses propres règles de fonctionnement, annexées au règlement intérieur du personnel de la CCI ". Aux termes de l'article 6.2.5.1.5 de ce statut : " La CPR doit avoir une composition paritaire lorsqu'elle est convoquée mais elle peut se réunir valablement même si elle n'est pas paritaire au moment de la délibération. / La CPR est présidée par le Président de la CCIR ou son représentant qui siège avec voix délibérative mais pas prépondérante. / Le Directeur Général de la CCIR siège de droit à la CPR avec voix consultative. / Le directeur général des ressources humaines siège de droit à la CPR en tant que conseiller technique. / Sauf disposition statutaire ou règlementaire contraire, les avis et votes sont rendus à la majorité simple des membres présents et représentés. Tout représentant du personnel qui ne peut participer à une réunion peut se faire remplacer par un suppléant qui pourra voter à sa place, sans avoir à produire un pouvoir. Tout membre du personnel qui ne peut participer à une réunion peut établir un pouvoir en faveur d'un autre membre présent qui le remettra au Président de la CPR ; ce pouvoir sera produit en CPR, en début de réunion. Le nombre de pouvoirs que pourra détenir un membre de la CPR sera déterminé en CPR. / Tout membre de la CPR directement concerné ne peut siéger au cours de la séance où la CPR examine son cas. La CPR peut également prévoir que des réunions préparatoires et groupes de travail techniques seront institués ".

4. Mme B, qui joint à sa requête le procès-verbal du 27 octobre 2020 de la formation disciplinaire de la commission paritaire régionale de la CCI, sur lequel sont mentionnés les noms et qualités de tous les membres présents, affirme que cette commission a été irrégulièrement constituée. Toutefois, ce moyen, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, au regard notamment des dispositions précitées de l'article 6.2.5 du statut applicable au personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aucune disposition du statut du personnel des chambres régionales de commerce et d'industrie ne prévoit un délai minimal de convocation de l'agent devant la commission paritaire régionale statuant en formation disciplinaire. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que, dès le 9 octobre 2020, Mme B a été suspendue de ses fonctions à titre conservatoire et informée de la procédure disciplinaire engagée à son encontre, en raison de l'agression dont elle a été l'auteure ce jour-là, sur la personne de Mme C, commerçante au marché couvert, élue de la CCI de Mayotte et membre de la commission " marché couvert de la CCI Mayotte ". Dans ces conditions, le délai de sept jours qui s'est écoulé entre la réception, le 21 octobre 2020, de sa convocation et la tenue de la séance du 27 octobre 2020, doit être regardé comme suffisant.

6. Par ailleurs, une demande de report de séance peut être admise si l'agent poursuivi justifie d'un motif non dilatoire qui ne lui est pas imputable. Or en l'espèce, Mme B, qui par le courrier de convocation a été informée de la possibilité de se faire assister, a sollicité un report de séance en raison de l'absence du département du conseil de la collaboratrice à qui elle avait demandé de l'assister. Eu égard au motif invoqué, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le refus de report qui lui a été opposé par la commission paritaire régionale aurait méconnu le respect de ses droits à la défense.

7. En troisième lieu, si le respect du principe du caractère contradictoire de la procédure disciplinaire impose à la commission paritaire régionale, lorsqu'elle est consultée préalablement au prononcé d'une sanction à l'encontre d'un agent de la CCI, de prendre en considération les observations de l'administration et de l'agent concerné, et le cas échéant d'entendre, si elle l'estime utile, le témoignage de toute autre personne, aucune disposition du statut relatif au fonctionnement de la commission ne prévoit l'obligation de confronter l'agent avec le tiers qui serait, comme au cas présent, concerné par l'incident à l'origine de cette procédure.

8. En outre, il ressort du procès-verbal de la séance du 27 octobre 2020 qu'après avoir entendu le rapport du directeur administratif de la CCI, la commission paritaire régionale a d'abord entendu le témoignage de Mme C, victime de l'agression de Mme B, puis invité cette élue, membre de la commission, à se retirer, dès lors qu'elle était directement concernée par l'affaire. A son entrée en séance, Mme B, sans contester les faits d'agression, a accepté, sur demande du président de la commission, de présenter ses excuses à Mme C, qui a été rappelée dans la salle uniquement à cette fin. Les observations de Mme B ont ensuite été entendues, en l'absence de la victime. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'avis de la commission paritaire régionale aurait été émis à l'issue d'une procédure irrégulière.

9. En quatrième lieu, il est constant que Mme B a, dès le jour de l'altercation, fait l'objet d'une suspension de fonctions à compter du 9 octobre 2020, avec maintien de sa rémunération. Toutefois, cette mesure, qui ne constitue pas en elle-même une sanction disciplinaire, a été prise à titre conservatoire, dans l'attente de l'issue de la procédure disciplinaire engagée à l'encontre de l'intéressée. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle aurait été sanctionnée deux fois pour les mêmes faits.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. Il ressort des pièces du dossier que le 9 octobre 2020, Mme Chakila secrétaire régisseur au marché couvert de Mamoudzou, a refusé de confier la clé des toilettes à Mme C, commerçante. Les mots que celle-ci a employés pour manifester son mécontentement, malgré leur caractère vexatoire, ne sauraient justifier les deux gifles que Mme B a alors données à cet usager du service public qui est, par ailleurs, élue de la chambre consulaire. La requérante a en outre brusquement retiré la chaise sur laquelle Mme C, alors enceinte, allait s'asseoir pour reprendre ses esprits, et sa chute n'a été évitée que par l'intervention du collègue présent dans le bureau. Dans les circonstances de l'espèce, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la mesure de suspension à titre conservatoire dont elle a fait l'objet ou que les excuses qu'elle a dû adresser à la victime devant les membres de la commission paritaire régionale n'étaient pas justifiées. Elle ne démontre pas davantage le caractère disproportionné de la sanction d'exclusion temporaire de fonctions émise à son encontre, pour une durée de seulement deux mois. Elle ne peut donc se prévaloir d'un quelconque préjudice moral, à ce titre.

12. Dès lors et pour les mêmes motifs, Mme B ne peut se prévaloir du préjudice financier allégué, dont le montant n'est d'ailleurs pas établi, au titre de sa suspension à titre conservatoire entre le 9 et le 27 octobre 2020, laquelle était au demeurant assortie d'un maintien de rémunération, ou de son exclusion temporaire de fonctions.

13. Par suite, les conclusions indemnitaires de Mme B, dont elle ne justifie pas, au demeurant, qu'elles auraient été précédées d'une demande indemnitaire susceptible de lier le contentieux, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CCI de Mayotte, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B et à la chambre de commerce et d'industrie de Mayotte.

Copie en sera adressée au préfet de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cornevaux, président,

M. Ramin, premier conseiller,

M. Seroc, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur,

V. RAMIN

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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