mercredi 27 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2001542 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ARCHYS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 décembre 2020, 17 novembre 2021, 14 avril 2022, 18 octobre 2022, 14 novembre 2022 et 6 octobre 2023, la société d'exercice libéral par actions simplifiées (SELAS) Pharmacie des Ylangs, représentée par Me Courage, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mars 2020 par laquelle la directrice générale de l'agence régionale de santé (ARS) de Mayotte a autorisé la création d'une officine de pharmacie sous forme d'une société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) dénommée Pharmacie Vanille, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours hiérarchique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le dossier de demande de création de l'officine est incomplet ;
- la décision litigieuse ne définit pas le quartier concerné et ne comporte pas le nom des voies, limites naturelles ou infrastructures de transport circonscrivant le quartier, en méconnaissance de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique ;
- l'emplacement choisi ne permet pas une desserte en médicaments optimale, dès lors qu'il se situe dans une zone industrielle faiblement peuplée, qu'il est situé à 550 mètres d'une autre officine de pharmacie et qu'il y a déjà quatre officines de pharmacie dans le canton de Mamoudzou 3 ;
- l'accès à la nouvelle officine n'est pas aisé ou facilité, en méconnaissance de l'article L. 5125-3-2, 1° du code de la santé publique ;
- les locaux de la nouvelle officine ne remplissent pas les conditions d'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, en méconnaissance de l'article L. 5125-3-2, 2° du code de la santé publique ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que l'implantation d'une nouvelle officine à Kawéni n'est pas nécessaire et que la directrice générale de l'ARS aurait dû faire usage de ses prérogatives pour implanter l'officine dans les cantons de Mamoudzou 1 ou 2.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 août 2021, 11 février 2022 et 28 octobre 2022, l'agence régionale de santé (ARS) de Mayotte, représentée par le cabinet Akilys Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SELAS Pharmacie des Ylangs le versement de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2023, la SELARL Pharmacie Vanille, représentée par Me Malet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SELAS Pharmacie des Ylangs le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre des solidarités et de la santé, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
La requête a été communiquée au préfet de Mayotte, qui n'a pas produit d'observations.
Un mémoire présenté pour la SELARL Pharmacie Vanille a été enregistré le 7 décembre 2023 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem ;
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public ;
- les observations de Me Rahmani, pour la pharmacie des Ylangs ;
- les observations de M. A, pour l'agence régionale de santé de Mayotte ;
- et les observations de Me Harmand, pour la pharmacie Vanille.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 5 mars 2020, la directrice générale de l'agence régionale de santé (ARS) de Mayotte a autorisé la création d'une officine de pharmacie sous forme d'une société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) dénommée Pharmacie Vanille à Mamoudzou. Par un courrier daté du 10 août 2020, reçu le 14 août 2020, la société d'exercice libéral par actions simplifiées (SELAS) Pharmacie des Ylangs a adressé au ministre des solidarités et de la santé un recours à l'encontre de cette décision. Par la présente requête, la SELAS des Ylangs demande au tribunal d'annuler la décision du 5 mars 2020, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours adressé au ministre des solidarités et de la santé.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1 () sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes: / () / 2° L'ouverture d'une officine par voie de création, si les conditions démographiques prévues à l'article L. 5125-4 sont remplies depuis deux ans à compter de la publication du dernier recensement mentionné au même article et si aucune décision autorisant cette ouverture par voie de transfert ou regroupement n'a été prise dans ce délai dans les zones suivantes : / a) Dans les zones franches urbaines-territoires entrepreneurs mentionnés à l'article 42 de la loi n° 95-115 du 4 février 1995 d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire ; / b) Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville définis à l'article 5 de la loi n° 2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine ; / c) Dans les zones de revitalisation rurale définies par l'article 1465 A du code général des impôts. ". Aux termes de l'article L. 5125-3-1 du même code : " Le directeur général de l'agence régionale de santé définit le quartier d'une commune en fonction de son unité géographique et de la présence d'une population résidente. L'unité géographique est déterminée par des limites naturelles ou communales ou par des infrastructures de transport. / Le directeur général de l'agence régionale de santé mentionne dans l'arrêté prévu au cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier. ". Aux termes du cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 dudit code : " () La décision d'autorisation ou de refus de la demande est prise par arrêté du directeur général de l'agence régionale de santé. ". Aux termes de l'article L. 5511-2-1 du même code : " Pour son application à Mayotte, l'article L. 5125-18 est ainsi rédigé : / " Art. L. 5125-18.-I.-Toute création d'une nouvelle officine, tout transfert d'une officine d'un lieu dans un autre et tout regroupement d'officines sont subordonnés à l'octroi d'une licence délivrée par le directeur général de l'agence régionale de santé de Mayotte selon les conditions prévues aux articles L. 5125-3 à L. 5125-5. La licence fixe l'emplacement où l'officine sera exploitée. / " II.- Lorsqu'il est saisi d'une demande de création, de transfert ou de regroupement, le directeur général de l'agence régionale de santé de Mayotte, consulte le représentant local désigné par chaque syndicat représentatif de la profession au sens de l'article L. 162-33 du code de la sécurité sociale et le conseil central de la section E de l'Ordre national des pharmaciens. / " Il peut déterminer le ou les secteurs de la commune dans lequel l'officine devra être située. La décision d'autorisation ou de refus de la demande est prise par arrêté du directeur général de l'agence régionale de santé de Mayotte. ".
3. Il résulte des dispositions précitées que le directeur général de l'agence régionale de santé doit mentionner expressément dans sa décision le nom des voies, limites naturelles ou infrastructures de transports qui circonscrivent l'unité géographique et la population résidente qui déterminent les limites du quartier d'accueil du projet de création de l'officine.
4. En l'espèce, en se bornant à indiquer que le projet se situe " dans l'immeuble Djouma au niveau de l'intersection route nationale 1 et de l'avenue de l'Europe " et " à proximité immédiate des voies d'accès au village de Kawéni dont la population a fortement évolué ", la décision litigieuse ne définit pas le quartier pertinent dans lequel est autorisée la création de l'officine. Or, il appartenait à la directrice générale de l'ARS de rechercher spécialement la délimitation du quartier pertinent, et d'en faire apparaitre explicitement les limites, selon les règles de forme imposées par la loi, qui exige que soient spécialement précisées de façon concrète et intelligible les limites du quartier retenu. Par suite, en ne définissant pas le quartier concerné et en ne mentionnant pas dans sa décision le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier, la directrice générale de l'ARS a méconnu les dispositions précitées du code de la santé publique.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la directrice générale de l'ARS de Mayotte en date du 5 mars 2020 doit être annulée.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes demandées par l'ARS de Mayotte et par la SELARL Pharmacie Vanille au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens soient mises à la charge de la SELAS Pharmacie des Ylangs, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu en revanche de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à la SELAS Pharmacie des Ylangs.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la directrice générale de l'ARS de Mayotte du 5 mars 2020 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à la SELAS Pharmacie des Ylangs une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par l'ARS de Mayotte et la SELARL Pharmacie Vanille au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SELAS Pharmacie des Ylangs, à la SELARL Pharmacie Vanille, à l'agence régionale de santé de Mayotte, au préfet de Mayotte et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer conformément aux dispositions de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND
La greffière,
A. THORAL
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026