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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2100287

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2100287

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2100287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDUGOUJON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2021, Mme B A, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 juillet 2020 par laquelle le préfet de Mayotte a rejeté sa demande de versement de la deuxième fraction de l'indemnité de sujétion géographique, ensemble la décision du 8 décembre 2020 rejetant implicitement son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'Etat à lui verser la somme de 17 175, 24 euros correspondant au montant de la deuxième fraction de l'indemnité de sujétion géographique due au titre de la période allant du 1er juin 2019 au 31 mai 2020, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er juin 2019.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article 7 du décret n° 2013-314 du 15 avril 2013 ;

- elles créent une discrimination entre les fonctionnaires affectés à Mayotte et méconnaissent le principe d'égalité de traitement.

La procédure a été communiquée au préfet de Mayotte qui n'a pas produit dans cette instance, malgré une mise en demeure du 17 septembre 2021.

Par ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2013-314 du 15 avril 2013 ;

- le décret n° 2013-965 du 28 octobre 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Banvillet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- les observations de Me Dugoujon représentant Mme A,

- le préfet de Mayotte n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 17 juillet 2020 par laquelle le préfet de Mayotte lui a refusé le bénéfice de la deuxième fraction de l'indemnité de sujétion géographique, ensemble la décision du 8 décembre 2020 rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. "

3. En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 17 septembre 2021 par le greffe du tribunal, le préfet de Mayotte n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2013-314 du 15 avril 2013 portant création d'une indemnité de sujétion géographique, dans sa rédaction applicable au litige : " Une indemnité de sujétion géographique est attribuée aux fonctionnaires de l'Etat et aux magistrats, titulaires et stagiaires affectés en Guyane, à Saint-Martin, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Saint-Barthélemy ou à Mayotte, s'ils y accomplissent une durée minimale de quatre années consécutives de services. " Aux termes de l'article 4-1 du même décret, désormais abrogé : " () pour les fonctionnaires de l'Etat et les magistrats affectés à Mayotte, l'indemnité de sujétion géographique est versée en quatre fractions annuelles égales : / - une première lors de l'installation du fonctionnaire ou du magistrat sur son nouveau poste ; / - une deuxième à la fin de la deuxième année de service ; / - une troisième à la fin de la troisième année de service ; / - une quatrième au bout de quatre ans de service. " Aux termes de l'article 7 du même décret, dans sa rédaction applicable au litige : " L'agent mentionné à l'article 1er qui, sur sa demande, cesse ses fonctions avant une durée de quatre ans ne peut percevoir les fractions, principal et majorations, non encore échues de l'indemnité de sujétion géographique. / En outre, il est retenu sur ses émoluments ultérieurs une fraction, calculée au prorata de la durée des services effectués, des sommes déjà perçues au titre de l'indemnité de sujétion géographique. () ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article 4-1 du décret du 15 avril 2013 que l'indemnité de sujétion géographique est payable en quatre fractions versées respectivement, pour la première fraction, lors de l'affectation du fonctionnaire, et au terme des deuxième, troisième et quatrième années de service pour les trois autres fractions. Par ailleurs, cette indemnité a non seulement pour objet de prendre en compte les contraintes et sujétions de natures diverses auxquelles sont confrontés les fonctionnaires durant leur séjour dans les collectivités visées par le décret du 15 avril 2013 mais également d'y pourvoir les postes vacants et améliorer la stabilité des effectifs par un mécanisme d'incitation financière. Par conséquent, le fonctionnaire qui, sur sa demande, cesse ses fonctions avant la période de quatre ans ne peut, en application des dispositions précitées de l'article 7 de ce même décret, voir retenue de ses émoluments ultérieurs qu'une fraction des sommes déjà perçues calculée au prorata de la durée des services effectués depuis la dernière fraction échue au jour de son départ.

6. Pour rejeter la demande de Mme A tendant au versement de la deuxième fraction de l'indemnité de sujétion géographique, le préfet de Mayotte a relevé que l'intéressée n'ayant effectué que deux années de service à Mayotte, une retenue de 50 % devait en conséquence être effectuée sur le montant global qu'elle aurait pu percevoir au cours de son séjour d'une durée de quatre ans. Le préfet, après avoir constaté que la première fraction avait précédemment été versée à l'intéressée, a considéré qu'elle ne pouvait prétendre au versement de la deuxième fraction de l'indemnité de sujétion géographique. Toutefois, il est constant que la requérante a été affectée à Mayotte du 1er juin 2018 au 30 juin 2020, soit durant 25 mois. Par suite et pour les motifs exposés au point précédent, elle pouvait prétendre au versement de la deuxième fraction de l'indemnité de sujétion géographique. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir que les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance des dispositions précitées du décret n° 2013-314 du 15 avril 2013.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, que la décision du 17 juillet 2020 refusant à Mme A le versement de la deuxième fraction de l'indemnité de sujétion géographique, ensemble la décision du 8 décembre 2020 rejetant implicitement son recours gracieux, doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au versement de la deuxième fraction de l'indemnité de sujétion géographique à Mme A, évaluée au montant non contesté de 17 175,24 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par l'administration de sa demande préalable. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

DECIDE :

Article 1 : Les décisions du 17 juillet 2020 et du 8 décembre 2020 du préfet de Mayotte sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de procéder, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, au versement à Mme A de la somme de 17 175,24 euros au titre de la deuxième fraction de l'indemnité de sujétion géographique. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par l'administration de sa demande préalable.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

-M. Cornevaux, président,

-M. Banvillet, premier conseiller,

-M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 25 octobre 2023.

Le rapporteur,

M. BANVILLETLe président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100287

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