jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2100379 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre ter |
| Avocat requérant | CUNIQUE PIERRE-PHILIPPE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 février 2021, Mme B C, représentée par Me Cunique, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2020 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte et de la publication régulière de sa délégation de signature ;
- l'arrêté contesté méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des critères de régularisation posés par la circulaire du 28 novembre 2012 dite circulaire Valls ;
- le préfet a méconnu son pouvoir général d'appréciation et commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des 1° et 2° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il pouvait procéder à la régularisation de sa situation sur le fondement du dernier alinéa de l'article L. 313-10 du même code ;
- le préfet s'est, en outre, mépris sur ses conditions d'existence, dès lors qu'elle n'a pas le droit de travailler.
Par une lettre du 9 février 2022, Mme C a déclaré maintenir sa requête.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête, tardive, est irrecevable ;
- aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ramin, premier conseiller,
- et les observations de M. A, représentant le préfet de Mayotte.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante malgache née le 22 décembre 2000 à Morafeno Bobatsirevo (Madagascar), selon ses déclarations, est entrée en France au cours de l'année 2014, à l'âge de onze ans, sur le territoire de Mayotte où elle réside avec sa mère. Par un arrêté du 14 octobre 2020, le préfet de Mayotte a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois. Par la présente requête, Mme C, dont le recours gracieux a été implicitement rejeté, demande au tribunal d'annuler cet arrêté et d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable au litige : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le document de notification joint à l'arrêté du 14 octobre 2020 rejetant la demande de titre de séjour de Mme C et l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai d'un mois mentionne la possibilité pour l'intéressée, soit de former " dans le délai de deux mois suivant la notification du présent arrêté " un recours gracieux ou hiérarchique, dont il ne précise pas s'ils sont dépourvus d'effet suspensif, soit de former, dans le même délai de deux mois, un recours contentieux devant la juridiction administrative. Si ce document précise qu'en application de l'article L. 514-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le " recours contentieux n'est pas suspensif de l'exécution de la présente décision ", cette absence d'effet suspensif ne concerne que les conditions d'exécution de la décision et reste sans incidence sur l'éventuelle prolongation du délai de recours contentieux. Ainsi, le document de notification de l'arrêté contesté, faute d'indiquer à l'intéressée que son recours gracieux ne prorogerait pas le délai de recours contentieux, a pu l'induire en erreur sur la portée de ce recours. Or l'arrêté en litige a été notifié à Mme C le 23 octobre 2020. Par un courrier recommandé avec accusé de réception en date du 17 novembre 2020, l'intéressée a présenté un recours gracieux, reçu par le préfet de Mayotte le 23 novembre 2020, soit avant l'expiration du délai de recours. Dans ces conditions, ce recours gracieux a, conformément aux règles de droit commun, prorogé le délai de recours contentieux ouvert à l'intéressée. Si la demande d'annulation de l'acte attaqué n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Mayotte que le 16 février 2021, le préfet de ce département ne soutient, ni même n'allègue avoir adressé à l'intéressée un avis de réception de son recours gracieux portant mention des voies et délais de recours applicables à la décision implicite de rejet qui allait naître en cas de non réponse à ce recours. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Mayotte, tirée de la tardiveté de la requête, doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".
6. Si le passeport qui lui a été délivré par les autorités malgaches le 13 mai 2019 mentionne une adresse à Madagascar, Mme C, par les pièces versées au dossier et en particulier des certificats de scolarité, ses relevés de notes et les diplômes qu'elle a obtenus, justifie sa présence continue à Mayotte depuis 2015. Elle y a suivi sa scolarité à compter de la classe de troisième et effectué plusieurs stages. Sa mère, ressortissante malgache qui l'a précédée dans ce département où elle séjourne régulièrement, sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'en 2025, y est mariée à un ressortissant français. Compte tenu de la durée du séjour de Mme C à Mayotte, où elle est arrivée à l'âge de quatorze ans, de la nature et de la stabilité de ses attaches familiales et de son insertion dans la société française, les décisions contestées portent à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été édictées. Dans ces conditions et alors même qu'elle ne dispose d'aucune ressource depuis la fin de ses études, Mme C, qui ne peut régulièrement travailler en l'absence de titre de séjour, est fondée à soutenir que ces décisions ont été prises en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2020 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
9. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme C dans un délai de deux mois.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 octobre 2020 refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme C et lui faisant obligation de quitter le territoire français est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à Mme C un titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Mme C, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application des dispositions de l'article R. 751-8 du code de justice administrative
Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cornevaux, président,
M. Ramin, premier conseiller,
M. Seroc, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.
Le rapporteur,
V. RAMIN
Le président,
G. CORNEVAUX
La greffière,
F. DAROUSSI DJANFAR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026