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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2101340

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2101340

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2101340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGENESIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 mai 2021, 4 août 2021 et 1er avril 2022, la société Szelest Sécurité, représentée par Me du Manoir de Juaye, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Mamoudzou à lui verser la somme de 196 811,71 euros au titre du solde des prestations de surveillance et de gardiennage de bâtiments municipaux qu'elle a assurées, augmentée des intérêts moratoires ;

2°) de condamner la commune de Mamoudzou à lui verser la somme de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mamoudzou une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle ne peut être regardée comme s'étant désistée de sa requête ;

- sa requête est recevable ;

- la décision de rejet de sa réclamation a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et est entachée d'erreurs de fait et de droit ;

- la résiliation du marché est intervenue sans préavis ni respect des clauses du marché ;

- les décomptes de résiliation du marché n'ont pas été établis contradictoirement ;

- les prestations de gardiennage et de surveillance dont elle a demandé le paiement par les factures nos F2020-0059, 0060, 0061, 0062, 0063, 0064, 0067, 0068, 0069, 0070, 0071 et 0072 et qui figurent dans les décomptes de résiliation du marché établis le 4 décembre 2020 ne lui ont pas été réglées. Elle est dès lors fondée à demander la condamnation de la commune de Mamoudzou à lui verser une somme totale de 117 651,35 euros à ce titre ;

- elle est également fondée, à titre principal sur un fondement contractuel à être indemnisée de la somme de 79 160,36 euros correspondant au montant des prestations qu'elle a effectuées et qui ont donné lieu à l'établissement des factures nos F2020-0057, 0065, 0066, 0073, 0074, 0075, 0076, 0077, 0078 et 0079 ;

- la somme globale de 196 811,71 euros à laquelle elle peut prétendre doit être assortie des intérêts moratoires ;

- elle est, enfin, en droit de voir la commune de Mamoudzou condamnée à lui verser la somme de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2022, la commune de Mamoudzou, représentée par Me Benjamin, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requérante doit être regardée comme s'étant désistée de sa requête en application des dispositions de l'article L. 776-12 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, la requête de la société Szelest Sécurité est irrecevable. En effet, elle ne comporte pas l'exposé de moyens pourtant exigé par l'article R. 411-1 du code de justice administrative. En outre, l'intéressée ne lui a pas adressé de mémoire de réclamation dans le délai de deux mois courant à compter de la notification du décompte de liquidation le 25 février 2021 conformément aux stipulations de l'article 37.2 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de fournitures courantes et services et, pour le surplus de ses demandes indemnitaires, ne justifie pas lui avoir adressé de réclamation préalable en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture de l'instruction a, en dernier lieu, été fixée au 2 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de fournitures courantes et services annexé à l'arrêté du 19 janvier 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Banvillet, premier conseiller ;

- les observations de Me Diallo Le Camus, représentant la commune de Mamoudzou, la société Szelest Sécurité n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Mamoudzou a confié à la société Szelest Sécurité un marché de prestations de gardiennage et de surveillance de divers bâtiments municipaux. L'exécution de ce marché, réparti en six lots et d'une durée d'un an renouvelable trois fois, a débuté le 9 mars 2020. Par décision du 30 juin 2020, motivée par la circonstance que la société Szelest Sécurité ne disposait pas de l'autorisation d'exercer requise par l'article L. 612-9 et L. 622-9 du code de la sécurité intérieure, la commune a prononcé la résiliation pour faute de ce marché à compter du 1er août 2020. La société Szelest Sécurité a, par la facture n° F2020-0057 du 12 juin 2020, les factures nos F2020-0059 à F2020-0065 du 10 juillet 2020, les factures nos F2020-0066 à F2020-0072 et les factures nos F2020-0073 à F2020-0079, demandé le paiement des prestations effectuées pour un montant global de 196 811,71 euros. Les décomptes de résiliation des six lots du marché, d'un montant total de 117 651,35 euros, ont été établis le 4 décembre 2020. Par courrier du 1er mars 2021, la commune de Mamoudzou, après avoir informé l'intéressée de ce que les décomptes de résiliation des six lots du marché lui avaient été notifiées le 25 février 2021, a rejeté la demande du 20 octobre 2020 tendant au paiement de certaines factures. Par la présente requête, la société Szelest Sécurité demande la condamnation de la commune de Mamoudzou à lui verser la somme de 196 811,71 euros.

Sur le désistement :

2. Aux termes de l'article R. 612-5 du code de justice administrative : " Devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, si le demandeur, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, n'a pas produit le mémoire complémentaire dont il avait expressément annoncé l'envoi ou, dans les cas mentionnés au second alinéa de l'article R. 611-6, n'a pas rétabli le dossier, il est réputé s'être désisté. "

3. Si, par une requête sommaire enregistrée le 4 mai 2021, la société Szelest Sécurité a exprimé l'intention de produire un mémoire complémentaire, ce mémoire a été enregistré au greffe du tribunal le 4 août 2021 dans le délai d'un mois imparti à cet effet dans la mise en demeure qui lui a été adressée le 15 juillet 2021. Ainsi, contrairement à ce que soutient la commune de Mamoudzou, la requérante ne doit pas être réputée s'être désistée de sa requête. Il n'y a, dès lors, pas lieu de donner acte de son désistement.

Sur la légalité de la résiliation du marché et de la décision du 1er mars 2021 :

4. Dans sa requête introductive d'instance, la société Szelest Sécurité soutenait, d'une part, que la décision de rejet de sa réclamation a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et est entachée d'erreurs de fait et de droit et, d'autre part, que la résiliation est intervenue sans préavis, ni respect des clauses du marché, que les décomptes de résiliation du marché n'ont pas été établis contradictoirement et qu'enfin, les montants retenus seraient constitutifs d'un enrichissement sans cause. Toutefois, ces moyens, qui n'ont pas été repris dans son mémoire complémentaire ni dans ses écritures ultérieures, ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

Sur la demande de règlement du solde des décomptes de résiliation :

5. Aux termes de l'article 37 du CCAG-FCS : " 37.1 Le pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. 37.2 Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire de réclamation exposant les motifs et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Ce mémoire doit être communiqué au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. 37.3 Le pouvoir adjudicateur dispose d'un délai de deux mois, courant à compter de la réception du mémoire de réclamation, pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation ".

6. Il résulte des stipulations précitées de l'article 37 du cahier des clauses administratives générales que, lorsqu'intervient, au cours de l'exécution d'un marché, un différend entre le titulaire et l'acheteur, résultant d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de ce dernier et faisant apparaître le désaccord, le titulaire doit présenter, dans un délai de deux mois, un mémoire de réclamation, à peine d'irrecevabilité de la saisine du juge du contrat.

7. La société Szelest Sécurité entend, par la présente requête, non pas contester le solde des décomptes de résiliation des six lots du marché établis le 22 septembre 2020 mais en obtenir le paiement. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que la société requérante ait, conformément aux stipulations précitées de l'article 37 du CCAG FCS, invoquées en défense, adressé à la commune de Mamoudzou de mémoire en réclamation préalablement à la saisine du tribunal. Dans ces conditions, les conclusions tendant à la condamnation de la commune de Mamoudzou à lui verser la somme de 117 651,35 euros sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur la demande de règlement des factures nos F2020-0057, 0065, 0066, 0073, 0074, 0075, 0076, 0077, 0078 et 0079 :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Mamoudzou.

En ce qui concerne les factures nos F2020-0057, 0065, 0066 et 0073 :

8. Selon l'article 1.2 du cahier des clauses particulières du marché, la commune de Mamoudzou a entendu allotir le marché de gardiennage et de surveillance confié à la société Szelest Sécurité et répartir les prestations entre l'école primaire Foundi Ade-Tsoundzou 1 (lot n° 1), l'école élémentaire Cavani Stade (lot n° 2), l'école élémentaire Cavani Sud (lot n° 3), l'école élémentaire Doujani 2 (lot n° 4), l'école élémentaire Manguie (lot n° 5) et le centre administratif situé place Zaka Madi (lot n° 6). Il résulte toutefois de l'instruction que les factures nos F2020-0057, 0065, 0066 et 0073 ont, selon les mentions qui y figurent, été établies pour avoir paiement de prestations de gardiennage et de surveillance réalisées à la mairie annexe de Kaweni en mai, juin, juillet et août 2020. De telles prestations ne relevant pas du marché, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune de Mamoudzou aurait manqué à ses obligations contractuelles en ne s'acquittant pas des montants ainsi facturés. Les conclusions de la société Szelest Sécurité tendant à être indemnisée de la somme totale de 29 818,74 euros à ce titre ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

En ce qui concerne les factures n° 0074, 0075, 0076, 0077, 0078 et 0079 :

9. Il ne résulte pas des pièces versées aux débats que la commune de Mamoudzou aurait demandé à la société Szelest Sécurité de poursuivre des prestations de gardiennage et de surveillance au-delà de la date d'effet de la résiliation du marché. Par conséquent, dans la mesure où les factures dont il s'agit portent sur des prestations réalisées du 1er au 19 août 2020, la société requérante n'est pas fondée, sur le seul fondement contractuel qu'elle invoque, à demander la condamnation de la commune de Mamoudzou à lui verser la somme de 49 341,62 euros.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la société Szelest Sécurité doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, tendant au paiement de sommes au titre d'intérêts moratoires et au versement de dommages et intérêts.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Mamoudzou, qui n'est pas la partie perdante, le versement à la société Szelest Sécurité d'une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Szelest Sécurité une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Mamoudzou et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la société Szelest Sécurité est rejetée.

Article 2 : La société Szelest Sécurité versera à la commune de Mamoudzou une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Szelest Sécurité et à la commune de Mamoudzou.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sorin, président,

- M. Banvillet, premier conseiller,

- M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024

Le rapporteur,Le président,

M. A

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101340

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