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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2102036

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2102036

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2102036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJORION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 15 juin 2021, le 16 août 2021 et le 8 octobre 2021, la société Sud BTP, représentée par Me Jorion, avocat, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler le titre exécutoire du 25 mars 2021 émis par le département de Mayotte pour avoir paiement de la somme de 143 420 euros et de prononcer la décharge de la somme réclamée ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de la somme à rembourser à hauteur de 71 710 euros et d'annuler en conséquence le titre exécutoire en tant qu'il excède cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- le titre exécutoire est insuffisamment motivé ;

- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- le département ne peut demander le remboursement de la subvention, dès lors qu'elle est créatrice de droit, et que son retrait ne peut qu'être opéré dans le cas du non-respect des conditions de son octroi. En l'espèce, il ne peut pas exiger le remboursement de la totalité de la somme mais seulement de 71 710 euros, dès lors que ce montant a été utilisé en application de l'article 1er de la convention de subvention.

Par un mémoire, enregistré le 22 juillet 2021, le directeur de la paierie départementale de Mayotte, a présenté ses observations.

Il soutient que la requête de la société Sud BTP est tardive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2021, le département de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Banvillet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- les observations de M. A représentant le département de Mayotte,

- la société Sud BTP n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention signée le 22 décembre 2014, le département de Mayotte a attribué à la société Sud BTP une aide financière d'un montant de 143 420 euros pour le développement de son activité. Par un titre exécutoire du 25 mars 2021, le département de Mayotte a demandé à la société Sud BTP de rembourser l'intégralité de cette subvention. La société Sud BTP demande au tribunal, à titre principal, l'annulation de ce titre et la décharge de la somme réclamée et, à titre subsidiaire, son annulation en tant que la somme dont le remboursement est poursuivi par ce titre excède le montant de 71 710 euros.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. En premier lieu, le titre exécutoire en litige n'est pas au nombre des décisions individuelles devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, organisant une procédure contradictoire préalable à l'intervention des décisions individuelles, ne sont applicables qu'aux décisions qui doivent être motivées sur le fondement de l'article L. 211-2 du même code. Dès lors, la société Sud BTP n'est pas fondée à soutenir que le titre attaqué, qui, ainsi qu'il a été dit au point précédent, n'entre dans aucune des catégories d'actes devant être obligatoirement motivés en vertu de ces dispositions, devait être précédé de la procédure contradictoire organisée par les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leur relations avec les administrations : " Constituent des subventions, au sens de la présente loi, les contributions facultatives de toute nature, valorisées dans l'acte d'attribution, décidées par les autorités administratives et les organismes chargés de la gestion d'un service public industriel et commercial, justifiées par un intérêt général et destinées à la réalisation d'une action ou d'un projet d'investissement, à la contribution au développement d'activités ou au financement global de l'activité de l'organisme de droit privé bénéficiaire. Ces actions, projets ou activités sont initiés, définis et mis en œuvre par les organismes de droit privé bénéficiaires. / Ces contributions ne peuvent constituer la rémunération de prestations individualisées répondant aux besoins des autorités ou organismes qui les accordent ". Aux termes de l'article 10 de cette même loi : " () / L'autorité administrative ou l'organisme chargé de la gestion d'un service public industriel et commercial mentionné au premier alinéa de l'article 9-1 qui attribue une subvention doit, lorsque cette subvention dépasse un seuil défini par décret, conclure une convention avec l'organisme de droit privé qui en bénéficie, définissant l'objet, le montant, les modalités de versement et les conditions d'utilisation de la subvention attribuée. () ". Aux termes de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : / () 2° Retirer une décision attribuant une subvention lorsque les conditions mises à son octroi n'ont pas été respectées. ".

5. L'attribution d'une subvention par une personne publique crée des droits au profit de son bénéficiaire. Toutefois, de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention.

6. Aux termes de l'article 1er de la convention portant attribution d'une aide financière en faveur de l'entreprise SARL UNIPERSONNELLE SUD BTP " HAMADA SOUFFOU " pour son projet de développement d'activité établie le 22 décembre 2014 : " La présente convention a pour objet de définir les modalités d'attribution d'une aide financière de 143 420 € () à la SARL Unipersonnelle Sud BTP " Hamada Souffou " pour son projet d'investissement. / L'aide octroyée par le département de Mayotte prévoit de financer partiellement un investissement estimé à hauteur de 478 066 euros () " Aux termes de l'article 2 de cette même convention relatif au versement de la subvention : " En contrepartie de la réalisation des actions visées à l'article 1er de la convention, la subvention de 143 420 euros fera l'objet de deux versements, déduction faite, le cas échéant, des créances du département sur l'organisme visé à l'article 1er, selon les modalités suivantes : / - 50% à la signature de la présente convention, et ce après sa notification, soit 71 710 €, / - le solde de 71 710 euros dans le délai de vingt-quatre mois sur présentation des factures attestant au moins 75% des investissements prévus. () " Aux termes de l'article 4 de cette convention portant sur les " engagements du bénéficiaire " : " le bénéficiaire s'engage à : [] présenter à la Direction du développement économique et touristique (DDET) représentant le Conseil général de Mayotte les justificatifs et factures relatifs à l'utilisation de l'aide accordée au titre de la présente convention ; fournir à la DDET, pendant les quatre premiers exercices, les documents comptables obligatoires ainsi que l'état du personnel de l'entreprise. ". Aux termes de l'article 5 de cette convention : " La réalisation de l'action précitée à l'article 1er court à partir du 17 novembre 2014, date de la délibération du Conseil général de Mayotte, et doit être achevée au plus tard vingt-quatre mois après la notification de la présente convention. () " Aux termes de l'article 8 de la même convention : " En cas de non-respect de l'objet inscrit à l'article 1er de la présente convention, celle-ci pourra être résiliée de plein droit par l'une ou l'autre des parties à l'expiration d'un délai de deux mois suivant l'envoi d'une lettre recommandée avec accusé de réception valant mise en demeure. Le Conseil général de Mayotte peut, par ailleurs, sur simple commandement de payer, exiger le reversement partiel ou total des sommes versées en tenant compte du niveau réel de l'exécution de la présente convention ".

7. Si la requérante soutient avoir réalisé 75% des investissements prévus par la convention, il résulte toutefois de l'instruction, et en particulier des factures versées aux débats, que leur réalisation est, à l'exception de l'acquisition, au cours de l'année 2015 et pour un montant total de 123 500 euros, d'une rampe, d'un chargeur avec godet et d'une mini-pelle avec godet, intervenue au-delà du délai de vingt-quatre mois prévu par les stipulations précitées de l'article 5 de la convention du 22 décembre 2014. Par conséquent, la requérante, qui ne peut, compte tenu du montant des investissements réalisés dans le délai imparti - représentant 25% environ du montant total des investissements attendus-, davantage se prévaloir du droit à conserver la somme 71 710 euros, n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le département de Mayotte a demandé le reversement de l'intégralité de la subvention en litige.

8. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir présentée par le département de Mayotte et la paierie départementale de Mayotte que la société Sud BTP n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision litigieuse. Par voie de conséquence les conclusions à fin de décharge présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département de Mayotte, qui n'est pas la partie perdante, le versement à la société Sud BTP d'une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la société Sud BTP est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Sud BTP et au département de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Cornevaux, président,

- M. Banvillet, premier conseiller,

- M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 25 octobre 2023

Le rapporteur,

M. BANVILLET

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

A. THORAL

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