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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2102989

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2102989

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2102989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCUNIQUE PIERRE-PHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 21 et 31 août 2021, M. B A, représenté par Me Cunique, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Mayotte a rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 12 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous une astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Mayotte la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Me Cunique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions du 1° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour par le préfet ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les prescriptions de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il méconnait les dispositions du 2° et du 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions du 1er alinéa de l'article 21-13-2 du code civil.

Le préfet de Mayotte, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations en défense malgré une mise en demeure du 14 avril 2022.

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 février 2023.

Vu :

- la lettre du 18 août 2022 par laquelle M. A maintient sa requête ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Merlus a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étaient ni présentes et ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant comorien né le 2 août 1998 à Lingoni (Union des Comores), a sollicité, le 12 avril 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de Mayotte a refusé d'y faire droit.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 14 avril 2022 par le greffe du tribunal par l'application Télérecours, le préfet de Mayotte n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai de 30 jours qui lui été imparti et, en tout état de cause, avant la clôture de l'instruction fixée, par une ordonnance du 17 janvier 2023, au 3 février 2023. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui fait valoir être entré en France avec ses parents et ses sœurs, est présent sur le territoire français depuis au moins l'âge de deux ans, en 2001, date à laquelle est né son petit frère qui a obtenu la nationalité française. Il a été scolarisé en France, sans interruption, jusqu'à l'obtention en juillet 2019 d'un baccalauréat technologique spécialité sciences physiques et chimiques en laboratoire. Le requérant, qui avait déjà déposé une première demande de titre de séjour le 25 août 2017 à laquelle le préfet de Mayotte n'avait pas répondu, indique, sans être contesté, vouloir poursuivre ses études à l'Université et être à la charge de sa grande sœur, dont il ressort des pièces du dossier qu'elle est en situation régulière à la date de la décision attaquée et qu'elle est la mère d'une fille de nationalité française née le 3 mars 2014. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à la durée de son séjour, à l'intensité de ses liens familiaux en France et à son parcours depuis son arrivée sur le territoire français, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet de Mayotte a ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Mayotte de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née du silence gardé par le préfet de Mayotte sur la demande présentée par M. A le 12 avril 2021 par laquelle il a refusé de lui délivrer un titre de séjour est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. A un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cornevaux, président,

M. Banvillet, premier conseiller.

M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 24 octobre 2023.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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