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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2103138

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2103138

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2103138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantKOURAVY MOUSSA-BE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 août 2021 et 14 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Kouravy Moussa-Bé, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2019 par laquelle le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans cette attente ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Mayotte la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué, qui méconnait les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- la lettre du 12 septembre 2022 par laquelle M. B maintient sa requête ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Merlus a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étaient ni présentes et ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant comorien né le 17 décembre 1985 à Hombo-Anjouan (Union des Comores), a demandé au préfet de Mayotte la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 octobre 2019 produit dans la présente instance par le préfet de Mayotte, celui-ci a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. B, qui sollicite l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement refusé de faire droit à sa demande, doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

3. En l'absence de décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, une décision expresse étant intervenue le 11 octobre 2019, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, la décision du 11 octobre 2019 mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Elle vise notamment l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. D'autre part, aux termes de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si M. B soutient résider sur le territoire français depuis 2011, les pièces qu'il produit ne permettent pas d'établir sa présence continue depuis cette date. Bien que son père, âgé de 77 ans à la date de la décision, soit de nationalité française et que sa mère bénéficie d'une carte de résidant, il n'établit pas les assister quotidiennement, contrairement à ce qu'il fait valoir. S'il déclare que ses frères et sœurs sont français et résident en métropole et à la Réunion et entretenir des liens familiaux très intenses avec ses demi frères et sœurs résidant à Mayotte, il ne produit aucune pièce permettant de fonder ses allégations. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il est marié depuis le 16 mars 2016 avec une ressortissante comorienne. Toutefois, si cette dernière est en situation régulière, les pièces qu'il produit consistant en un avis d'impôt sur leurs revenus de 2020 et en une facture d'électricité de 2020 sont postérieures à la décision attaquée et ne permettent pas d'établir une communauté de vie. Enfin, s'il fait valoir vivre des ressources qui lui sont envoyées par ses frères et sœurs ainsi que des revenus mensuels qui lui sont assurés par les terrains agricoles dont il a hérité, il ne produit aucune pièce permettant de l'établir. Dans ces conditions, le requérant ne produit pas suffisamment d'éléments permettant d'apprécier l'intensité de ses liens familiaux et personnels sur le territoire français. Dès lors, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté méconnait les dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2019 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. En outre, il déclare, d'une part, que toute sa famille se trouve en France, notamment son père, qui est de nationalité française et chez lequel il vit, et ses frères et sœurs, qui ont aussi la nationalité française, ainsi que sa mère, et d'autre part, n'entretenir aucun lien avec son pays d'origine. Il fait également valoir assister son père et sa mère quotidiennement et vivre des ressources envoyées par ses frères et sœurs ainsi que des revenus mensuels qui lui sont assurés par les terrains agricoles dont il a hérité. Le requérant, qui se contente de produire une attestation, ne produit toutefois aucune pièce permettant de fonder ses allégations et d'apprécier l'intensité des liens familiaux et personnels qu'il aurait lié sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il est marié depuis le 16 mars 2016 avec une ressortissante comorienne.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cornevaux, président,

M. Banvillet, premier conseiller.

M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 24 octobre 2023.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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