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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2103632

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2103632

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2103632
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCHAGNAUD CHABAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 23 et 27 septembre 2021, Mme B C, représentée par Me Chagnaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis à son encontre le 29 octobre 2019 par la direction départementale des finances publiques de Moselle pour un montant de 9 250,32 euros ;

2°) d'annuler le titre d'annulation partielle du 20 avril 2021 par lequel la direction départementale des finances publiques de Moselle a ramené sa créance à la somme de 4 141,93 euros ;

3°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur émise le 14 juin 2021 par la direction départementale des finances publiques de Moselle en recouvrement d'une somme de 4 555,93 euros ;

4°) de mettre à la charge de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre d'annulation partielle est entaché d'un défaut de motivation ;

- la créance est prescrite en application des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 dès lors que le titre de perception lui a été notifiée au-delà du délai de prescription biennal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable, la direction régionale des finances publiques n'étant pas compétente en matière d'opposition à exécution.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le recteur de l'académie de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°2000-321 du 12 avril 2000

- la loi n° 2011-1978 du 28 décembre 2011

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 201- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- les observations de Mme A, représentant le recteur de l'académie de Mayotte, le directeur régional des finances publiques de Mayotte et Mme C n'étant ni présents et ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, en détachement au rectorat de Mayotte jusqu'au 24 août 2017, a été destinataire d'un titre de perception émis à son encontre le 29 octobre 2019 par la direction départementale des finances publiques de Moselle au titre de salaires indument perçus sur la période du 24 août 2017 au 30 octobre 2017 pour un montant de 9 250,32 euros. Après réception d'une mise en demeure de payer la somme due, s'élevant, après majoration, à un montant de 10 175,32 euros, Mme C a formé un recours gracieux. La direction départementale des finances publiques de Moselle a émis un titre d'annulation partielle le 7 mai 2021 à hauteur d'une somme de 5 108,39 euros, ramenant la créance due à une somme de 4 141,93 euros. Le 14 juin 2021, elle a émis une saisie administrative à tiers détenteur à l'encontre de Mme C en recouvrement de la somme due, pour un montant, après majoration, de 4 555,93 euros. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation du titre de perception émis le 29 octobre 2019 et rectifié le 7 mai 2021 ainsi que de l'acte de poursuite émis le 14 juin 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, dans sa rédaction issue de l'article 94 de la loi du 28 décembre 2011 portant loi de finances rectificative pour 2011, dispose que : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de modifications de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale. / Les deux premiers alinéas ne s'appliquent pas aux paiements ayant pour fondement une décision créatrice de droits prise en application d'une disposition réglementaire ayant fait l'objet d'une annulation contentieuse ou une décision créatrice de droits irrégulière relative à une nomination dans un grade lorsque ces paiements font pour cette raison l'objet d'une procédure de recouvrement ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Dans les deux hypothèses mentionnées au deuxième alinéa de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, la somme peut être répétée dans le délai de droit commun prévu à l'article 2224 du code civil. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération, y compris les avances et, faute d'avoir été précomptées sur la rémunération, les contributions ou cotisations sociales. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil. Il en résulte que tant la lettre par laquelle l'administration informe un agent public de son intention de répéter une somme versée indûment qu'un ordre de reversement ou un titre exécutoire interrompent la prescription à la date de leur notification. La preuve de celle-ci incombe à l'administration.

4. La direction départementale des finances publiques ayant émis un titre d'annulation partielle à hauteur d'une somme de 5 108,39 euros, le trop-perçu, qui ne porte plus que sur le versement du salaire mis en paiement au mois d'octobre 2017, s'élève à un montant de 4 141,93 euros. Il résulte de l'instruction que les trop-perçus de rémunération dont le reversement a été demandé à Mme C lui ont été versés au mois d'octobre 2017. En application des dispositions précitées, l'administration avait donc jusqu'au 1er novembre pour les répéter. Or, le titre de perception lui a été notifié le 19 novembre 2019, soit au-delà du délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement de la somme indûment versée. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que les créances correspondant aux sommes dont le remboursement lui a été réclamé par le titre de perception émis le 29 octobre 2019 et rectifié le 7 mai 2021 étaient prescrites.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que le titre de perception émis le 29 octobre 2019 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, le titre d'annulation partielle du 7 mai 2021 et la saisie administrative à tiers détenteur du 14 juin 2021 doivent être annulés.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du recteur de l'académie de Mayotte une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception émis le 29 octobre 2019 ainsi que le titre d'annulation partielle du 7 mai 2021 et la saisie administrative à tiers détenteur du 14 juin 2021 sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au recteur de l'académie de Mayotte.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Banvillet, premier conseiller.

M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 9 avril 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

Le président,

T. SORIN

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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