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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2103816

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2103816

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2103816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMOUSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 5 octobre 2021, 5 janvier 2022 et 13 juin 2022, M. C A, représenté par Me Moussa, demande au tribunal :

1°) d'annuler le rapport d'inspection du 20 mai 2021, ensemble la décision implicite de rejet de sa demande de retrait de ce rapport du 27 mai 2021 ;

2°) d'annuler la décision l'affectant au collège de Dembéni pour l'année scolaire 2021-2022 ;

3°) d'annuler le protocole d'accompagnement prévoyant son tutorat pour l'année scolaire 2021-2022 ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation du harcèlement moral qu'il estime subir ;

5°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Mayotte de prendre les dispositions nécessaires pour faire cesser la répétition de toute situation de harcèlement et de discrimination à son égard ;

6°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Mayotte de modifier son contrat à durée indéterminée par un avenant harmonisant ses coordonnées et adresses ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du rapport d'inspection et de la décision implicite rejetant sa demande de retrait :

- la décision implicite rejetant sa demande de retrait est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle constitue une rupture d'égalité devant la loi entre agent publics ;

- le rapport d'inspection et la décision implicite rejetant sa demande de retrait méconnaissent les dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-2 du CJA dès lors qu'elles ne mentionnent pas les voies et délais de recours ;

- elles méconnaissent le processus juridique consistant à lui octroyer un CDI en application des lois n°83-634 du 13 juillet 1983 et n°84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- elles sont entachées d'erreurs d'appréciation dès lors que le rapport est contredit par les précédents rapports d'inspection qui comportaient de bonnes appréciations ainsi que par ses diplômes et expériences qui attestent de ses qualifications et compétences ;

- elles présentent un caractère discriminatoire.

S'agissant de la décision l'affectant au collège de Dembéni :

- elle constitue une mutation d'office ;

- elle constitue une sanction déguisée ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commission administrative paritaire n'a pas été saisie ;

- elle méconnait les dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-2 du CJA dès lors qu'elle ne mentionne pas les voies et délais de recours ;

- elle méconnait ses garanties statutaires et notamment ses perspectives de carrière ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir.

S'agissant du protocole d'accompagnement prévoyant son tutorat pour l'année 2021-2022 :

- il constitue une sanction déguisée ;

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commission administrative paritaire n'a pas été saisie ;

- il méconnait les dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-2 du CJA dès lors qu'il ne mentionne pas les voies et délais de recours ;

- il méconnait ses garanties statutaires et notamment ses perspectives de carrière ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le recteur de l'académie de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable :

- les conclusions dirigées contre le rapport d'inspection sont irrecevables dès lors qu'il ne constitue pas un acte décisoire faisant grief ;

- les conclusions dirigées contre la décision d'affectation au collège de Dembéni sont irrecevables dès lors que le lieu de sa nouvelle affectation se trouve à seulement 13 kilomètres du lieu de son ancienne affectation ;

- les conclusions dirigées contre le protocole d'accompagnement prévoyant son tutorat pour l'année 2021-2022 sont irrecevables dès lors qu'il n'a pas intérêt à agir contre cette décision qui ne lui cause aucune lésion ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors que sa demande manque en fait ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 12 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé, d'une part, sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires faute pour le requérant d'avoir présenté une demande préalable indemnitaire en ce sens et, d'autre part, sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'injonction présentées à titre principal à l'encontre de l'administration en dehors des cas prévus par la loi.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- les observations de Mme B, représentant le recteur de l'académie de Mayotte, M. A n'étant ni présent et ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, agent contractuel de catégorie A, a été recruté sur un emploi de professeur d'histoire-géographie, d'abord sous le couvert de contrats à durée déterminée à compter du 25 août 2014 puis sous le couvert d'un contrat à durée indéterminée depuis le 20 août 2020. Le 15 avril 2021, M. A a fait l'objet d'une inspection académique qui a donné lieu à l'édiction d'un rapport en date du 20 mai 2021. Par un recours gracieux formé le 27 mai 2021 qui a été implicitement rejeté, il a demandé au recteur de l'académie de Mayotte le retrait de ce rapport d'inspection. En outre, le 30 août 2021, l'inspectrice d'académie à l'origine du rapport d'inspection a proposé de mettre en place un tutorat au bénéfice de M. A pour l'année scolaire 2021-2022. Enfin, l'intéressé, alors affecté au collège de Mgombani a fait l'objet d'un changement d'affectation au collège de Dembéni à compter du 8 septembre 2021. Par la présente requête, il demande l'annulation du rapport d'inspection ainsi que de la décision refusant le retrait de ce rapport, du protocole d'accompagnement prévoyant son tutorat et de la décision l'affectant au collège de Dembéni. Il demande également la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 30 000 euros au titre du harcèlement moral qu'il estime subir.

Sur les conclusions dirigées contre le rapport d'inspection et la décision implicite refusant son retrait :

2. L'inspection d'un enseignant et le rapport qui en découle constituent des mesures qui ne sont pas susceptibles d'être directement attaquées par la voie du recours pour excès de pouvoir. Leur éventuelle irrégularité ne peut être invoquée qu'à l'appui de conclusions à fin d'annulation des mesures prises à l'égard de l'enseignant intéressé au vu de ce rapport. Par suite, M. A n'est pas recevable à contester devant le juge de l'excès de pouvoir le rapport d'inspection dont il a fait l'objet en date du 20 mai 2021 et la décision du recteur de l'académie de Mayotte refusant de le retirer. Les conclusions de la requête présentées à cette fin doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre le protocole d'accompagnement prévoyant son tutorat pour l'année scolaire 2021-2022 :

3. Par un protocole d'accompagnement, l'inspectrice d'académie à l'origine du rapport d'inspection dont a fait l'objet M. A a proposé de mettre en place un tutorat au bénéfice de l'intéressé pour l'année scolaire 2021-2022. Ainsi, il s'agit d'une simple proposition d'accompagnement qui ne saurait constituer une décision faisant grief, insusceptible de recours contentieux. Par suite, M. A n'est pas recevable à contester devant le juge de l'excès de pouvoir ce protocole d'accompagnement. Les conclusions de la requête présentées à cette fin doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la décision l'affectant au collège Dembéni à compter du 8 septembre 2021 :

4. D'une part, les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination, un harcèlement moral ou une sanction, est irrecevable.

5. D'autre part, un changement d'affectation revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné, et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A, qui était alors affecté au collège de Mgombani, a été affecté au collège de Dembéni à compter du 8 septembre 2021. Cette décision n'avait pas à être précédée de la saisine de la commission administrative paritaire. Contrairement à ce que l'intéressé soutient, cette nouvelle affectation, qui se situe à moins de 20 kilomètres de son domicile, n'implique aucun changement de résidence. Si le requérant fait valoir que cette décision porterait atteinte à ses garanties statutaires et notamment à ses perspectives de carrière, il ne produit aucun élément en ce sens. En outre, la circonstance que son volume horaire diminuerait de 18 heures à 15 heures n'est pas de nature à caractériser une dégradation de ses fonctions dès lors que cette nouvelle affectation n'implique aucune perte de responsabilité ni baisse de rémunération.

7. Par ailleurs, si le requérant soutient que la décision révèle l'intention de l'administration de le sanctionner personnellement pour avoir demandé le retrait du rapport d'inspection du 20 mai 2021 et faisant suite au signalement d'une de ses collègues avec lequel il a des difficultés relationnelles et qu'il a accusée, auprès de sa hiérarchie, de harcèlement moral, il ressort des pièces du dossier que ce changement d'affectation a été décidé par l'autorité hiérarchique en raison des relations conflictuelles de l'agent avec l'équipe pédagogique et avec l'équipe de direction du collège de Mgombani afin de le placer dans des conditions d'exercice plus optimales. Ainsi, la décision attaquée, qui n'emporte pas de dégradation de la situation professionnelle de l'intéressé, ainsi qu'il a été dit au point précédent, ne révèle aucune volonté de le sanctionner mais constitue une mesure d'organisation du service prise dans l'intérêt de celui-ci, et qui n'avait donc pas à être précédée d'une procédure disciplinaire. En outre, elle ne traduit pas l'existence d'un harcèlement moral ou d'une discrimination.

8. Dans ces conditions, cette mesure de changement d'affectation, prise dans l'intérêt du service et qui n'a pas porté atteinte aux droits que M. A tient de son statut, présente le caractère d'une mesure d'ordre intérieur qui ne fait pas grief et n'est donc pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Les conclusions de la requête présentées à cette fin doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

10. Il résulte de l'instruction que M. A n'a pas formé de demande indemnitaire préalable auprès de l'administration. Par suite, ses conclusions indemnitaires sont, en tout état de cause, irrecevables faute de liaison du contentieux et doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. M. A demande d'enjoindre au recteur de l'académie de Mayotte de prendre les dispositions nécessaires pour faire cesser la répétition de toute situation de harcèlement et de discrimination à son égard et de modifier son contrat à durée indéterminée par un avenant harmonisant ses coordonnées et adresses. Toutefois, en dehors des cas prévus par la loi, il n'appartient pas au juge administratif de prononcer des injonctions à titre principal à l'encontre de l'administration. Par suite, ces conclusions aux fins d'injonction sont irrecevables et doivent être rejetées, en toute hypothèse.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au recteur de l'académie de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Banvillet, premier conseiller.

M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 9 avril 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

Le président,

T. SORIN

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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