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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2104176

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2104176

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2104176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 octobre 2021 et 14 octobre 2022, Mme E B D, représentée par Me Blanchot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2020 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois à destination des Comores ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Blanchot sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve pour cette dernière de se désister du bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé.

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la mesure d'éloignement est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'illégalité de la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire sont devenues sans objet ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller ;

- et les observations de Me Ducassou, substituant Me Blanchot, pour Mme B D.

- - le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B D, ressortissante comorienne née le 6 septembre 2001, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 août 2020 par lequel le préfet de Mayotte a refusé sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 25 août 2020 du préfet de Mayotte a été remplacé par un arrêté du 20 septembre 2022 faisant suite au réexamen de la situation de Mme B D. L'arrêté du 20 septembre 2022, en tant qu'il retire l'arrêté attaqué, a acquis un caractère définitif à la date à laquelle le tribunal est amené à statuer. Dans ces conditions, les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 25 août 2020 du préfet de Mayotte refusant de délivrer à Mme B D un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français à destination des Comores ont perdu leur objet et il n'y a lieu pour le tribunal de ne statuer que sur de les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 20 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 2 de l'arrêté préfectoral n° SG-DIIC-579 du 2 juin 2022, publié au recueil des actes administratifs n° 110 du 13 juin 2022, que M. C A, directeur adjoint de l'immigration, de l'intégration et de la citoyenneté, a reçu délégation à l'effet notamment de signer les arrêtés portant refus de séjour, obligation de quitter avec délai le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

5. En deuxième lieu les décisions attaquées comportent l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de Mayotte pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B D, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai d'un mois à destination des Comores. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En l'espèce, si Mme E B D soutient qu'elle réside sur le territoire français depuis 2015 et qu'elle a suivi une scolarité continue depuis cette date, elle ne justifie toutefois pas de la poursuite de ses études depuis l'année 2020-2021, année au cours de laquelle sa candidature en licence AES à l'université Aix-Marseille avait été acceptée. Il ressort également des pièces du dossier que ses deux parents ont fait l'objet de deux refus de séjour et de deux obligations de quitter le territoire français en 2018 et qu'ils sont en situation irrégulière sur le territoire. Par ailleurs, la requérante ne démontre pas entretenir des liens avec ses sœurs présentes à Mayotte et à Marseille. Enfin, elle ne justifie pas davantage de son intégration sur le territoire par la production d'un engagement associatif, d'une formation et de l'accomplissement d'un stage dans plusieurs associations en 2020 et 2021. Dans ces conditions, Mme B D n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris en méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de la motivation retenue par le préfet de Mayotte dans son arrêté, qu'il n'aurait pas été procédé à un examen particulier de la situation de Mme B D préalablement à l'édiction de la décision de refus de titre en litige.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 8 que Mme B D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour attaqué à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen doit donc être écarté.

10. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre serait disproportionnée et méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En septième lieu, le refus de séjour et la mesure d'éloignement n'étant pas entachés d'illégalité, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de ces décisions au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

12. Il résulte tout de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B D tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2022 du préfet de Mayotte doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B D n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14 les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par Mme B D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 25 août 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B D et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sorin, président,

- M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

Le président,

T. SORIN

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2104176

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