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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2104534

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2104534

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2104534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantARVIS & KOMLY-NALLIER , Avocats Associés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 19 novembre 2021 et le 7 septembre 2022, M. C D, représenté par Me Arvis, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020-2021, ensemble la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Mayotte a rejeté son recours hiérarchique du 19 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Mayotte de 2019 d'adopter un nouveau compte rendu dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le compte rendu d'entretien professionnel attaqué est entaché d'un vice de procédure tenant à sa convocation irrégulière à l'entretien, en méconnaissance de l'article 2 du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010, dès lors qu'il a été privé du délai de prévenance de huit jours ;

- il est entaché d'un autre vice de procédure tenant à la conduite de l'entretien à la fois par le proviseur et par le proviseur adjoint, en méconnaissance de l'article 55 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 ;

- cet acte a été adopté par une autorité incompétente pour ce faire ;

- le compte rendu d'entretien professionnel ne reflète pas fidèlement sa valeur professionnelle du fait de l'hostilité entretenue par le proviseur à son encontre ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation sur ses compétences professionnelles et ses capacités professionnelles.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2022, le recteur de l'académie de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête ne peut qu'être regardée comme tendant à la réformation du compte rendu d'entretien professionnel et non à son annulation ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 3 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Banvillet, rapporteur,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- les observations de M. D et les observations de Mme B représentant le recteur de l'académie de Mayotte.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, attaché principal d'administration, exerce des fonctions d'agent comptable et de gestionnaire au lycée du Nord à M'Tsamboro, depuis le 1er avril 2016. Il a fait l'objet d'une évaluation professionnelle au titre de l'année 2020-2021, dont le compte rendu faisant suite à un entretien du 29 juin 2021 a été établi par le proviseur du lycée, M. A, et signé par l'intéressé le 7 juillet suivant. M. D a exercé un recours hiérarchique le 19 juillet 2021 en vue d'obtenir la révision de ce compte rendu. Il demande l'annulation de ce compte rendu et de la décision implicite de rejet de son recours en révision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur : " Par dérogation à l'article 17 du titre Ier du statut général, l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance. " Aux termes de l'article 3 de ce décret : " L'entretien professionnel porte principalement sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des perspectives d'évolution des conditions d'organisation et de fonctionnement du service ; / 3° La manière de servir du fonctionnaire ; / 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; / 5° Le cas échéant, la manière dont il exerce les fonctions d'encadrement qui lui ont été confiées ; / 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ; / 7° Ses perspectives d'évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier. / Il est communiqué au fonctionnaire qui le complète, le cas échéant, de ses observations. / Il est visé par l'autorité hiérarchique qui peut formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations. / Le compte rendu est notifié au fonctionnaire qui le signe pour attester qu'il en a pris connaissance puis le retourne à l'autorité hiérarchique qui le verse à son dossier. " Aux termes de l'article 6 du même décret : " L'autorité hiérarchique peut être saisie par le fonctionnaire d'une demande de révision du compte rendu de l'entretien professionnel. / Ce recours hiérarchique est exercé dans un délai de quinze jours francs à compter de la date de notification à l'agent du compte rendu de l'entretien. L'autorité hiérarchique notifie sa réponse dans un délai de quinze jours francs à compter de la date de réception de la demande de révision du compte rendu de l'entretien professionnel () ".

3. En premier lieu, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. M. D soutient que le compte rendu de l'entretien professionnel du 29 juin 2021 est entaché d'un vice de procédure du fait du non-respect du délai de convocation de huit jours prévu au troisième alinéa de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été convoqué à cet entretien par un courriel du 26 juin 2021 du proviseur du lycée. Le délai réglementaire de huit jours entre la convocation et la tenue de l'entretien a donc été méconnu. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la méconnaissance de ce délai de prévenance aurait eu des incidences sur la préparation et le déroulement de son entretien professionnel, le privant ainsi d'une garantie, ou sur la teneur du compte rendu qui en est résulté. Il suit de là que le moyen tiré de ce vice de procédure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. D soutient qu'en méconnaissance du deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010, son entretien professionnel a été mené à la fois par le proviseur du lycée et son adjoint, ce qui l'a privé d'une garantie dès lors qu'il n'a pu bénéficier d'un entretien serein réalisé en tête à tête et que l'un de ses deux supérieurs hiérarchiques lui est particulièrement hostile. Toutefois, s'il est constant que l'entretien s'est effectivement déroulé en présence du proviseur et de son adjoint, la participation de ce dernier s'explique par l'existence d'un climat de défiance entre M. A et M. D lié à des accusations de harcèlement moral empreint de discrimination. Or il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué par le requérant qu'il se serait opposé à la présence du proviseur adjoint, dont il n'est pas établi qu'il serait intervenu pendant la durée de l'entretien ni, en tout état de cause, qu'une telle intervention, sur la nature de laquelle aucune précision n'est fournie, aurait été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou aurait privé M. D d'une garantie. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la procédure d'évaluation serait entachée d'irrégularité en raison de la présence d'une tierce personne à l'entretien d'évaluation, laquelle n'est au demeurant pas, par elle-même, proscrite par l'article 2 du décret du 28 juillet 2010. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une telle irrégularité de la procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte de l'article 4 du décret du 28 juillet 2010 que l'autorité hiérarchique doit viser le compte rendu annuel d'entretien professionnel et qu'elle peut, si elle l'estime utile, formuler ses observations, avant notification définitive du compte rendu à l'agent concerné. Il appartient à cette même autorité hiérarchique de statuer sur le recours prévu à l'article 6 de ce décret. Il ressort des pièces du dossier que si le compte rendu d'entretien professionnel de l'année 2020 - 2021 de M. D ne comporte pas le visa de l'autorité hiérarchique, le recteur de l'académie de Mayotte a manifesté sa connaissance de ce compte rendu en refusant de faire droit à la demande de révision présentée par l'intéressé. L'autorité hiérarchique a, dès lors, exercé sa compétence en intervenant ainsi dans le processus d'évaluation de M. D. Par suite, le défaut de visa par le recteur de l'académie de Mayotte du compte rendu d'évaluation litigieux n'est pas de nature à entacher cet acte d'incompétence de son auteur. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, dès lors, être écarté.

7. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, en raison de la relation conflictuelle existant entre M. A et M. D, le proviseur a sollicité la présence de son adjoint à l'entretien professionnel. La seule circonstance que le requérant a porté des accusations de harcèlement moral et déposé une plainte pénale à l'encontre de M. A, ne suffit pas, en l'absence de tout autre élément, à démontrer qu'en sa qualité de supérieur hiérarchique, ce dernier était dans l'incapacité de porter une appréciation objective et impartiale sur la valeur professionnelle de son subordonné. A cet égard, il ne ressort ni du compte-rendu de l'entretien professionnel du 29 juin 2021 ni d'aucune autre pièce du dossier qu'une telle appréciation serait fondée sur des considérations étrangères à la manière de servir de l'agent.

8. En cinquième lieu, M. D soutient qu'en retenant la valeur : " maîtrise " plutôt que : " expert " au titre de la " contribution à l'activité du service ", sa notation ne reflète pas sa valeur professionnelle. Toutefois, d'une part, l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires présentant un caractère annuel et ne conférant aux intéressés aucun droit acquis à ce que leur évaluation soit maintenue ou rendue plus favorable d'une année à l'autre, le requérant ne peut utilement se prévaloir de son évaluation comme expert sur ce critère les années précédentes et l'année suivante. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. D a été noté comme expert au titre des " compétences professionnelles et technicité ", des " capacités professionnelles et relationnelles " et de " l' aptitude à l'encadrement et/ou à la conduite de projets ". Si la valeur : " maîtrise " a été retenue au titre de sa contribution à l'activité du service, le compte rendu précise, dans cette rubrique, que " La gestion est un élément essentiellement de la vie de l'établissement et M. D a assuré pleinement ses missions : suivi du budget, mise en place du budget prévisionnel pour 2021 " mais également que l'intéressé " a aussi assuré le suivi de certains travaux même si cela manque parfois de régularité ". Si le requérant conteste fermement cette dernière appréciation, il ne ressort pas néanmoins des pièces du dossier qu'elle serait manifestement erronée et que la notation comme expert retenue à ce titre serait décorrélée de cette appréciation. Par ailleurs, M. D soutient que son compte rendu ne pouvait pas comporter de critique sur ses compétences professionnelles et ses capacités professionnelles et relationnelle, dès lors qu'elles ont été notées comme expert. Toutefois, la notation de l'intéressé comme expert, qui est la valeur la plus élevée, n'interdit pas à l'évaluateur de porter toute appréciation critique ou d'indiquer ses marges de progression encore possibles dans le compte rendu, dès lors que celle-ci ne dénature pas la portée et la cohérence de l'ensemble constitué de la valeur retenue et de l'appréciation littérale. En l'espèce, en indiquant, au titre respectivement de ces deux rubriques, que " même si c'est un travail d'équipe, il est essentiel que M. D contrôle régulièrement le travail et les comptes du lycée " et qu'" il faudrait que M. D prenne plus d'initiative notamment dans le volet sécurité de l'établissement ", l'évaluateur a porté des appréciations qui ne sont pas manifestement décorrélées de la valeur retenue et concernent les marges de progression qu'il a estimé devoir indiquer à l'intéressé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son compte rendu serait entaché de partialité en raison de l'hostilité de son auteur à son endroit ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En sixième et dernier lieu, en vertu de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur, aucune mesure ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération le fait qu'il ait subi ou refusé de subir des faits et agissements constitutifs de harcèlement moral. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier et compte tenu de ce qui a été dit précédemment que l'évaluation de M. D au titre de l'année 2020 - 2021 serait constitutive d'un agissement supplémentaire de harcèlement moral de son supérieur hiérarchique ou de son administration. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que sa notation s'inscrit dans une démarche de harcèlement moral prohibée par les dispositions mentionnées ci-dessus.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de son compte rendu d'entretien professionnel de l'année scolaire 2020 - 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser au requérant une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée pour information au recteur de l'académie de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Cornevaux, président,

- M. Banvillet, premier conseiller,

- M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

Le rapporteur,

M. BANVILLET

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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