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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2104707

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2104707

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2104707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 29 novembre 2021 et 21 décembre 2022, Mme D épouse C, représentée par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement refusé de lui délivrer le document de circulation pour étranger mineur sollicité pour le compte de Mme B A ;

3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer le document de circulation pour étranger mineur sollicité ou à défaut, de réexaminer sa situation sous astreinte de 150 euros et dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 321-4 et D. 321-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de Mayotte a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure litigieuse sur la vie personnelle de l'intéressé ;

- il n'a pas procédé à un réel examen de sa situation.

Par un mémoire enregistré le 26 décembre 2023, le préfet de Mayotte conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir que Mme B A, n'est plus éligible à la délivrance du document de circulation pour étranger mineur sollicité dès lors qu'elle a atteint la majorité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 12 juillet 2021, Mme C, de nationalité comorienne, née le 21 avril 1976, a sollicité la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur pour le compte de sa nièce, Mme B A, née le 12 août 2005 à Mayotte, en sa qualité de tutrice. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de Mayotte :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Mayotte aurait retiré ou abrogé le refus de délivrance du document de circulation pour étranger mineur sollicité pour Mme B A. La circonstance que l'intéressée soit devenue majeure en cours d'instance ne prive pas la requête de son objet. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet de Mayotte ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. ".

4. Si Mme C fait valoir que la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement refusé de lui délivrer un document de circulation pour étranger mineur au profit de sa nièce, Mme B A, est entachée d'un défaut de motivation, il lui appartenait, suite à l'intervention de la décision implicite attaquée, de demander la communication des motifs de cette décision, diligence à laquelle il est établi que la requérante n'a pas procédé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Mayotte aurait entaché la décision litigieuse d'un défaut d'examen sérieux de la situation de Mme C.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile se substituant à compter du 1er mai 2021 à l'article L. 321-4 du même code : " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : /1° Dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ; / 2° Qui est l'enfant étranger d'un ressortissant français ou un descendant direct d'un citoyen de l'Union européenne, d'un ressortissant de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1 ou qui est l'enfant à charge d'un ressortissant d'un de ces mêmes Etats satisfaisant aux conditions énoncées au 3° du même article L. 233-1 ; / 3° Qui est un descendant direct à charge du conjoint d'un citoyen de l'Union européenne, d'un ressortissant de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 223-1 ; / 4° Dont au moins l'un des parents a acquis la nationalité française ; / 5° Qui relève, en dehors de la condition de majorité, des prévisions de l'article L. 423-22 ; / 6° Qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire ; / 7° Qui est entré en France sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois en qualité d'enfant de Français ou d'adopté ; / 8° Qui est entré en France avant l'âge de treize ans sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois délivré en qualité de visiteur et qui justifie avoir résidé habituellement en France depuis. / Le document de circulation pour étranger mineur est délivré dans des conditions fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article D. 414-1 du même code se substituant à compter du 1er mai 2021 à l'article D. 321-9 du même code : " Le document de circulation pour étranger mineur est délivré par le préfet du département où réside habituellement le mineur et, lorsque ce dernier réside à Paris, par le préfet de police, sur demande de la personne exerçant l'autorité parentale ou de son mandataire. / Le demandeur est tenu de se présenter, à la préfecture de département ou à la sous-préfecture, ou, à Paris, à la préfecture de police, pour y souscrire une demande de document de circulation pour étranger mineur. Toutefois, le préfet peut prescrire que les demandes de document de circulation pour étrangers mineurs lui sont adressés par voie postale ou par voie dématérialisée. ".

7. D'une part, il résulte de ces dispositions que seuls les enfants mineurs dont l'un des parents légitimes, naturels ou adoptifs appartient aux catégories limitativement énumérées par les dispositions susmentionnées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, peuvent bénéficier, sur demande de celui ou de ceux de ses père et mère qui exercent l'autorité parentale, de la délivrance d'un document de circulation. Un certificat de tutelle ne crée aucun lien de filiation. Il n'a ni le caractère d'une mesure d'adoption, ni pour objet de modifier le lien de filiation qui unit l'enfant à ses parents naturels. Un tel acte n'est donc pas susceptible d'être pris en compte pour l'application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au document de circulation délivré à l'étranger mineur.

8. D'autre part, il résulte également de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que pour se voir délivrer un document de circulation à Mayotte, l'étranger mineur doit avoir au moins un de ses parents titulaire d'un titre de séjour et soit être né sur le territoire français, soit être entré à Mayotte, en dehors du regroupement familial, avant l'âge de treize ans sous couvert des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est née aux Comores avant l'âge de treize ans. Il n'est pas contesté que l'intéressée est entrée régulièrement à Mayotte grâce un laisser-passer et donc sous couvert des documents et des visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur. Toutefois, Mme C, en sa qualité de tutrice et de tante de l'intéressée, n'a pas la qualité de parent légitime ni de parent naturel ou adoptif. Par suite, en dépit de sa qualité de tutrice conférée par un certificat de tutelle du 19 avril 2018 du tribunal de première instance de Mutsamadu et dès lors qu'aucun des parents de l'intéressée ne réside à Mayotte, la demande effectuée par le courrier du 12 juillet 2021 tendant à la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur pour le compte de Mme B A n'est pas conforme aux dispositions de l'article L. 414-4 et D. 414-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions précitées.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. Si la qualité de tutrice de Mme C ressort des pièces du dossier, la présente requête ne comporte pas d'éléments circonstanciés, propres à la situation personnelle de la requérante, de nature à permettre au juge d'apprécier, sur la base de ses écritures, une atteinte au respect de son droit à une vie privée et familiale. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure litigieuse sur la vie personnelle de l'intéressée.

12. Il résulte de tout ce qui précède, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de Mme C. Il y a également lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et celles tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D épouse C et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

-M. Sorin, président,

-M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,Le président,

X. MONLAÜT. SORIN

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2104707

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