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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2105013

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2105013

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2105013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre Bis
Avocat requérantTESOKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2021, Mme B, représentée par Me Tesoka, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2021 par laquelle le maire de Chirongui a retiré le permis de construire qu'il lui avait accordé le 6 juillet 2021 sur un terrain cadastré AT 129 situé rue de la Maternité, au lieu-dit Mramadoudou, pour la construction d'une maison individuelle, ainsi que la décision implicite du 4 décembre 2021 rejetant son recours gracieux du 4 octobre 2021 ;

2°) de condamner la commune de Chirongui à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune n'a pas respecté la procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- aucune illégalité ne justifie, en application de l'article L.424-5 du code de l'urbanisme, le retrait du permis qui lui a été accordé.

Par lettre du 13 juillet 2022, la commune de Chirongui a été mise en demeure de présenter ses observations, en application de l'article R.612-3 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 12 septembre 2022, le président du tribunal a prononcé la clôture de l'instruction au 10 octobre 2022.

Vu :

- la lettre du 31 janvier 2023 par laquelle Mme A a confirmé le maintien de sa requête ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Legrand, première conseillère,

- et les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a déposé en avril 2021 une demande de permis de construire une maison individuelle sur un terrain cadastré AT 129 situé rue de la Maternité, au lieu-dit Mramadoudou, à Chirongui. Par un arrêté du 6 juillet 2021, notifié le 15 juillet 2021, le maire lui a accordé le permis sollicité, avant de retirer celui-ci, le 8 septembre 2021, " pour tentative d'usurpation de terrain destiné à la réalisation d'ouvrage public ". Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux du 4 octobre 2021.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 13 juillet 2022 par le greffe du tribunal par l'application Télérecours, la commune de Chirongui n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai de 30 jours qui lui été imparti et, en tout état de cause, avant la clôture de l'instruction fixée, par une ordonnance du 12 septembre 2022, au 10 octobre 2022. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction à la requérante.

Sur les conclusions à fin d'annulation du retrait de permis de construire :

4. Aux termes de l'article L.424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire (). ". Aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L.122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. / () "

5. En premier lieu, la décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire. Le respect du caractère contradictoire de la procédure constitue une garantie pour le titulaire du permis que l'autorité administrative entend rapporter.

6. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de l'arrêté du 8 septembre 2021 portant retrait du permis de construire accordé le 6 juillet 2021, la commune de Chirongui ait informé Mme B de ce qu'elle envisageait de rapporter le permis de construire et lui impartissait un délai pour présenter ses observations. La commune, qui est réputée avoir acquiescé aux faits, ne conteste pas les allégations sérieuses de la requérante sur l'absence de procédure contradictoire mise en œuvre avant l'édiction de la décision de retrait du 8 septembre 2021. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être regardé comme établi.

7. En second lieu, pour retirer le permis de construire délivré le 6 juillet 2021 à Mme B, le maire s'est fondé sur les circonstances, d'une part, que la parcelle d'assiette de la construction projetée ne lui appartenait pas, mais appartenait au Département de Mayotte, d'autre part, que le permis d'aménager du lotissement prévoyait une place publique sur cet emplacement. La requérante conteste à la fois la tentative d'usurpation, qui lui est reprochée en faisant valoir que le terrain appartient à son époux, et le projet de réalisation d'un ouvrage public, qui ne reposerait sur aucun fondement applicable et opposable. La commune, qui est réputée avoir acquiescé aux faits, ne conteste pas les allégations sérieuses de la requérante et n'a, au demeurant, pas à vérifier la qualité de propriétaire du demandeur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le maire doit être accueilli.

8. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 8 septembre 2021 doit être annulé, ainsi que la décision du 4 décembre 2021 rejetant le recours gracieux du 4 octobre 2021.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la commune de Chirongui à verser à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 8 septembre 2021 par laquelle le maire de Chirongui a retiré le permis de construire accordé à Mme B le 6 juillet 2021, ainsi que la décision implicite du 4 décembre 2021 rejetant son recours gracieux du 4 octobre 2021 sont annulées.

Article 2 : La commune de Chirongui versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la commune de Chirongui.

Copie en sera en outre adressée au préfet de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

Mme Legrand, première conseillère,

M. Caille, premier conseiller.

Rendu public par mise au disposition au greffe le 28 avril 2023.

La rapporteure,

I. LEGRAND

Le président,

Ch. BAUZERAND

La greffière,

A. MADHOINE

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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